30 ans du CNSMDP à la Villette : « On forme une génération d'artistes qui inventent leurs carrières »

A l'occasion des 30 ans de l'installation du Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris à la Cité de la Musique à La Villette, Emilie Delorme, sa directrice récemment nommée, était l'invitée de la Matinale de Jean-Baptiste Urbain.

30 ans du CNSMDP à la Villette : « On forme une génération d'artistes qui inventent leurs carrières »
CNSMDP fête les 30 ans à la Villette, © Ferrante-Ferranti/CNSMDP

Un anniversaire que l'institution célèbre en plein reconfinement à cause de la crise sanitaire et qui a du s'adapter aux conditions exceptionnelles : en lieu et place des concerts et représentations publics, le CNSMDP a déployé les moyens numériques, à travers plusieurs jours de diffusions des captations des concerts et des débats avec les professionnels et partenaires du monde musical. « C'est une grande déception de ne pas pouvoir présenter nos artistes sur scène, mais on a essayé d'y répondre par la création audiovisuelle et du débat. On a capté un certain nombre d'événements visant à montrer nos jeunes artistes sur scène, les danseurs, les compositeurs, les interprètes.  [...] C'était important pour moi qu'il y ait du débat, parce qu'en arrivant à la tête d'une institution la première chose que l'on fait c'est de réfléchir à son avenir collectivement, » disait la directrice au micro de Jean-Baptiste Urbain.

La parité et la diversité dans la création et l'interprétation

Parmi les principaux axes de son projet pour l'institution qui compte près de 1400 étudiants, cette première femme directrice du CNSM depuis sa fondation en 1795 place la parité dans la création et dans l'interprétation. Un chantier au long cours :

« On ne va pas faire de miracles du jour au lendemain, mais on doit agir à tous les niveaux, c'est à dire agir dans les modèles que l'on présente aux étudiants, dans les personnalités présentes au jury, dans les gens invités au master class, dans les outils de communication que l'on utilise. Et puis après, je pense qu'il y en a une discussion de fond à avoir avec tous les établissements d'enseignement initial, sur comment susciter des vocations. » Et la directrice de citer en exemple le concours La Maestra des cheffes d'orchestre à la Philharmonie de Paris : 

«Tout d'un coup, on en parle. On voit que les programmateurs s'emparent du sujet et ça change finalement d'un coup, assez rapidement. Maintenant, il faut que l'on arrive à accompagner toute une génération pour qu'il y ait assez de femmes formées pour pouvoir être présentes sur les scènes françaises et internationales. »

Autre question primordiale est la question de la diversité. Les jeunes issus de l'immigration sont peu représentés dans l'enseignement supérieur musical en France.

«Ce qui est important, c'est que le débat est ouvert, que c'est un désir qui semble largement partagé dans l'institution. Hier encore, on était en débat sur notre site et j'en ai discuté avec Alexander Neef, directeur de l'Opéra de Paris, qui lui aussi est très volontaire sur le sujet. Là aussi, il y a un contexte qui fait qu'il y a suffisamment de personnes qui veulent s'emparer de la question pour que l'on puisse avancer collectivement de façon assez rapide. »

Priorité à l'insertion professionnelle

Evidemment l'un des axes principaux de la réflexion sur l'avenir du CNSMDP, c'est l'insertion professionnelle des jeunes artistes, et notamment dans le contexte de la crise sanitaire. Alors qu'il était pendant longtemps une 'école à solistes', à quoi le Conservatoire national supérieur de musique de Paris sert-il aujourd'hui, demande Jean-Baptiste Urbain.

« Je pense que l'on forme une génération d'artistes qui eux mêmes font des carrières vraiment protéiformes. On a un département qui forme des ingénieurs du son. On forme des instrumentistes qui ont des carrières de soliste, des carrières de musiciens d'orchestre, des pédagogues. On forme des gens qui vont aller faire de la médiation. On forme des chanteurs d'opéra, les danseurs, les notateurs de mouvement... avecune insertion professionnelle de l'ensemble des étudiants du Conservatoire très rapidement après leur sortie », répond la directrice. Une insertion facilitée par une collaboration étroite avec le Conservatoire supérieur de musique et de danse de Lyon et avec les pôles supérieurs partout en France : le Conservatoire de Paris vient de rejoindre l'ANESCAS, l'association qui regroupe les pôles d'enseignement supérieur et les deux conservatoires supérieurs, « pour réflechir ensemble aux enjeux importants au niveau de la politique culturelle française ».

Ainsi, parmi les projets pour l'avenir du CNSMDP, la directrice cite un ensemble des mesures pour intensifier la préparation des étudiants à l'insertion professionnelle, aussi bien au cours de leur formation, qu'à la sortie des études. Notamment « par la mise en place d'un bureau des carrières en interne, mais aussi par des dispositifs de formation continue qui permettent aux anciens élèves de revenir.» 

Faire face à la crise

Mais dans l'immédiat, le CNSMDP fait surtout face aux contraintes et aux conséquences de la crise sanitaire et du reconfinement. D'une part en autorisant l'accès partiel et limité sur le site, afin de permettre aux étudiants d'accéder aux instruments de musique et aux salles de travail :

« Depuis le mois de novembre, on autorise une heure de cours de présentiel sur site, ce qui fait que sur les 1400 élèves, on a entre 300 et 400 élèves qui sont présents chaque jour au moins un court moment pour travailler dans l'établissement.» 

Et d'autre part, en assistant les étudiants en difficulté financière dont le nombre va en augmentant, et dont parfois même les parents restent sans revenus, avec un système de bourses d'urgence. « On aide à quasiment un tiers de nos étudiants par le système de bourses. Les présidents d'université ont largement interpellé le gouvernement sur la précarité étudiante, mais c'est assez urgent pour nous de trouver des solutions plus structurelles, » souligne la directrice.

Transcription réalisée à partir de l'entretien à réécouter ici :