Elle découvre que son piano a appartenu à la famille Berlioz

En postant une annonce sur Le bon coin, une femme a découvert que son piano Érard a appartenu à la famille Berlioz.

Elle découvre que son piano a appartenu à la famille Berlioz
VISUEL Piano Berlioz - mea 603 380

C’est en postant une annonce sur le site Internet Le bon coin pour vendre son encombrant piano à queue Érard, qu’une femme a découvert que son instrument a appartenu à la famille Berlioz; à Marie Recio plus précisément, la maîtresse - et future épouse - du compositeur français Hector Berlioz qui en avait fait l’acquisition le 6 novembre 1847.

Deux jours après la publication de son annonce, un acheteur potentiel lui propose l’envoi d’un chèque et la récupération express de l’instrument. Puis, des collectionneurs français, des magasins de pianos allemands ou encore des facteurs et restaurateurs de pianos hollandais répondent à l’annonce. Etonnée par l’engouement que suscite son offre, la propriétaire du piano entreprend quelques recherches pour connaître l’origine de son bien.

Pour seul indice, elle dispose du numéro de série du piano - 19972 - gravé à la plume sur l’instrument. Sur Internet, elle contacte l’association Fan d’Érard, qui l’éclaire quelque peu sur le modèle dont elle dispose. Mais ce sont les fonds d’archives des maisons Érard, Pleyel et Gaveau récemment acquis par le musée de la Cité de la Musique, qui la renseigne définitivement.

Sur les registres d’atelier des Archives Érard, on peut lire que le piano n°19972 a été acheté par une certaine Madame Berlioz. « Tiens c’est drôle, c’est le même nom que le compositeur » pense spontanément la vendeuse du Bon coin**. Derrière ce nom se cache en fait Marie Recio, la maîtresse et future épouse du compositeur, chef d’orchestre et critique français, Hector Berlioz**.

Le même registre d’atelier indique que le piano a été vendu le 6 novembre 1847 à Paris; or on sait qu’à cette époque, le couple Berlioz a résidé dans un appartement situé au 41 rue de Provence dans le 9ème arrondissement de la capitale.
Si l'acte de vente n’est pas signé par la main de Monsieur, c’est parce qu'il est en séjour à Londres depuis le 4 novembre 1847. En atteste cette correspondance entre Berlioz et son père.

Par son propre aveu, on sait que Berlioz ne jouait pas de piano - à quelques exceptions près -. « Mon père n’avait pas voulu me laisser entreprendre l’étude du piano. Sans cela il est probable que je fusse devenu un pianiste redoutable, comme quarante mille autres » écrira t-il dans ses Mémoires. Aussi, d’après Antoine Troncy, Adjoint au directeur du Musée Hector-Berlioz à La Côté Saint-André (Isère), « Marie Recio, cantatrice de métier, aurait peut-être acheté ce piano pour ses répétitions ». Antoine Troncy insiste toutefois : « Ce n’est là qu’une hypothèse ».

Sur le Bon coin, l'instrument était initialement vendu à 800 euros. La propriétaire du piano avoue toutefois que depuis les rebondissements de son annonce, il est difficile pour elle d’estimer le prix de vente. L’instrument est abîmé; la table d’harmonie en bois est notamment fendue. « D’après mes sources, la restauration, si tant est qu’elle soit envisageable, coûterait entre 8 000 et 10 0000 euros ». Concernant la vente, les prix s’envolent : « Un collectionneur estime que dans une salle des ventes, les enchères pourraient monter jusqu’à 50 000 euros » explique t-elle.

Le Musée Hector-Berlioz, qui envisage d’acheter le piano, assure toutefois que le piano en l’état « ne vaut pas grand-chose ». Antoine Troncy d’ajouter : « Pour nous, la valeur de ce piano est surtout historique ».
Le piano à queue Érard de 1847 doit faire l’objet d’une expertise « rationnelle » très prochainement.