Elle avait participé à la fondation de France Musique : la mélomane Micheline Banzet-Lawton est décédée

Amoureuse de la grande musique, Micheline Banzet-Lawton avait produit pendant 35 ans des émissions sur France Musique. Ses entretiens, dans « Trois jours avec », de Karajan à Maria Callas restent marqués dans la mémoire de la radio. Micheline Banzet-Lawton avait 97 ans.

Elle avait participé à la fondation de France Musique : la mélomane Micheline Banzet-Lawton est décédée
Micheline Banzet aux côtés de Maïté dans La Cuisine des Mousquetaires sur France 3. L'émission avait popularisé la cuisine traditionnelle auprès de toutes les générations., © Getty / Christophe Russeil

Il faut avouer que si le visage de Micheline Banzet-Lawton est resté gravé dans l’inconscient collectif, c’est avant tout grâce à l’iconique duo qu’elle composait avec Maïté dans La Cuisine des Mousquetaires. Pendant plus de 15 ans, de 1983 à 1999, et plus de 300 émissions, ces deux bonnes vivantes, armées de leur tablier et d’une panoplie d’ustensiles de cuisine, ont fait souffrir anguilles et canards, mais surtout donné goût à la cuisine traditionnelle, sur une heure de grande écoute, sur France 3.

Personnage aux mille facettes, Micheline Banzet-Lawton n’a pas chômé, durant toute sa vie. Des concours de violon qu’elle gagnait les uns après les autres durant sa jeunesse parisienne – elle est notamment premier prix de violon, d’harmonie et de fugue du conservatoire de Paris - à son travail d’entretiens à la radio. « Je suis née un dimanche et ma mère m’a toujours répété : « Tu n’as pas de chance car le dimanche naissent les gens paresseux ». Toute ma vie, je n’ai cessé de lui prouver qu’elle avait tort », s’amusait Micheline Banzet-Lawton devant une journaliste du quotidien Sud-Ouest, en 2010.

Du violon à la radio

Jeune, elle rêve de concerts. Mais la guerre va écourter les espoirs. Son mari, un jeune Bordelais, part pour l’Espagne, combattre aux côtés des forces de la France Libre. Plus tard, le même sera terrassé par la polio en moins d’une semaine, laissant Micheline Banzet avec deux enfants sur les bras et enceinte d’un petit troisième. « J’ai abandonné le violon pour trouver un travail à la radio, se souvient-elle. Il fallait gagner sa vie. » 

Dans les années 1950, elle met ses compétences musicales à profit. Elle devient notamment chercheuse au groupe de musique concrète de Pierre Schaeffer. Mais c’est à la radio que ses premiers pas sont très remarqués. Productrice au Club d’essai et au « Programme spécial en modulation de fréquence » à France Musique, elle collabore en parallèle sur une recherche concernant les aspects sociologiques de la musique à la radio. 

La musique comme meilleure recette

Dès 1953, son rêve de devenir « journaliste mélomane » se concrétise. Elle entame une longue série d’entretiens, qui durera 17 ans. Avec son émission Trois jours avec, elle reçoit les plus grandes personnalités de la musique. Jusqu’en 1970, pas moins de 1200 émissions sont produites avec les grands solistes, chefs d’orchestre, compositeurs. Avec ce rendez-vous incontournable de la grille de France Musique, elle obtient les premiers entretiens en français d’Herbert von Karajan et de Maria Callas.

À travers ces entretiens, elle se distingue par sa curiosité. Une curiosité que l’on retrouve chez elle, où les livres historiques, encyclopédies, mais surtout les innombrables vinyles et autres disques envahissent chaque pièce de sa maison bordelaise. « Je possède jalousement des choses qui n’existent plus. Des pièces rares. Des vinyles qui datent des débuts du vinyle », avouait-elle à Sud-Ouest.

Des festivals et des projets plein la tête

Avec son deuxième mariage, elle tombe amoureuse d’un résistant, Hugues Lawton, et de la région de son époux : le Bordelais. À partir de 1970, elle tient une place importante dans la vie musicale de la ville et de la région. Elle fait profiter le coin de l’incroyable réseau de concertistes classiques qu’elle côtoie, tutoie et écoute à l’infini. Elle participe en 1978 à la fondation du mai Musical de Bordeaux qui réveille la Belle endormie, ainsi qu’à la création du festival Musiques en côte de basque. 

Pendant des années, elle accompagne ses créations, donne vie à ses projets et éclaire de ses connaissances les jeunes générations. Dernièrement, la mélomane travaillait toujours à découvrir de nouveaux talents. Avec toujours la même envie et la même curiosité. Elle profitait également de son temps libre pour parcourir les salles du monde entier, au gré des voyages. 

Sur France Musique, Micheline Banzet-Lawton laisse derrière elle des trésors d’archives, avec ses interviews uniques. De Francis Poulenc à Olivier Messiaen, en passant par Pierre Boulez, Elisabeth Schwarzkopf et George Szell, sans oublier Karajan et la Callas, ses Trois jours avec resteront parmi les plus importantes ressources documentaires des années 1950 et 1960 en radio. Micheline Banzet-Lawton, décédée le week-end dernier, avait 97 ans.