Dracula : du sang neuf pour l'Orchestre national de jazz

L'Orchestre national de jazz présente pour la première fois de son histoire un spectacle jeune public. Pour marquer le coup, il choisit l'originalité en s'inspirant de Dracula, le plus célèbre des vampires.

Dracula : du sang neuf pour l'Orchestre national de jazz
Manika Auxire et Camille Constantin dans Dracula, premier spectacle jeune public de l'ONJ, © ONJ

C'est un tournant dans l'histoire de l'Orchestre national de jazz : pour la première fois, l'ensemble présente un spectacle jeune public et familles, et amorce ainsi un projet plus vaste pour rajeunir son auditoire.  Et c'est un opéra jazz coécrit et composé par un collectif d'artistes, une création scénique doublée d'un projet pédagogique, qui se démarque par son originalité : il est inspiré par Dracula, le plus célèbre des vampires.

« Le jazz est particulièrement touché par le vieillissement du public. Une des façon d'y remédier c'est de partager cette musique avec les enfants, explique Frédéric Maurin, directeur artistique de l'ensemble. C'est un spectacle original, c'était une volonté, qui a beaucoup de niveaux de lecture différents, que ce soit pour le texte ou pour la musique, et c'est des choses que nous pouvons travailler en amont avec des classes de primaire ou de collège sur tout un tas de thématiques » , rajoute-t-il. Et si le choix s'est porté sur le mythe de Dracula, c'est qu'il permet d'aborder des thématiques avec les enfants qui ne sont pas forcément abordées dans des spectacles jeune public, précise Frédéric Maurin.

Comme par exemple la question de la représentation, de l'identité ou du genre, puisque dans cette version revisitée du sombre roman de Bram Stoker, Dracula est interprété par une comédienne : « Une des vertus du mythe, c'est qu'il est suffisamment dense pour que l'on puisse en faire une adaptation et se demander ce qu'il peut nous raconter aujourd'hui, explique Julie Bertin, metteuse en scène, qui a coécrit le texte avec les comédiennes Estelle Meyer et Milena Csergo.  Qu'est-ce que cela veut dire aujourd'hui d'être un homme ou une femme, d'être bon ou d'être méchant, d'être à la marge de la société, car Dracula est un être marginal, mais faut-il pour autant le condamner ? »

Ou encore les questions de la mort, de la relation à l'autre ou de la sexualité, rajoute Frédéric Maurin : « Même s'ils sont encore petits, les enfants s'approprient complètement ces thématiques et les retours que l'on a eus jusqu'à maintenant sont d'une richesse surprenante. »

La partition a été élaborée avec l'intention d'explorer au maximum toute la diversité du jazz. Grégoire Letouvet a cosigné la musique avec Frédéric Maurin. « On a travaillé sur plusieurs références cinématographiques, la filmographie sur les vampires est immense. Le thème de Dracula nous donnait la possibilité de puiser dans l'imaginaire, dans l'inconscient et le rêve et de jouer sur une musique nocturne, sur l'évocation, sur la transposition musicale de l'émotion, mais en même temps il nous paraissait important de traverser plusieurs styles musicaux du jazz. Des balades, de la chanson, du swing, de la valse, de la musique d'inspiration latine, de l'improvisation et du free jazz. » De quoi se faire une petite culture sur l'histoire du genre en moins d'une heure, souligne le musicien.

Une autre petite révolution dans les habitudes de l'ensemble, les neuf musiciens -interprètes ont un vrai rôle scénique : ils sont costumés et jouent des valets animaux de Dracula. « Cela permet aux enfants d'identifier un instrument à un personnage, et comme dans Pierre et le loup, les enfants font le lien entre un animal, un thème et un instrument. Du coup, après le spectacle, ils viennent découvrir le personnage et  découvrent par la même l'instrument qui lui est associé, » sourit Grégoire Letouvet.

Saxophoniste et clarinettiste, Julien Soro joue le rôle de ver luisant.  Selon lui, le fait de participer dans la mise en scène valorise les instrumentistes autrement et leur permet de faire l'expérience du jeu théâtral. D'autant plus que la partition ne manque pas de défis : « Musicalement, il y a énormément  de styles à jouer, et le challenge est de passer d'un style à un autre et d'arriver à intégrer un peu d'improvisation, et c'est très stimulant. Il y a dans cette partition quelque chose d'organique qui fait que les enfants sont captivés, et cela leur permet vraiment de découvrir l'instrumentarium, puisque les instruments sont bien mis en avant, » conclut le musicien.