Donald Trump se « tire une balle dans le pied » en s'attaquant à la culture

Comme promis dans son programme, Donald Trump a décidé de s’attaquer à la culture en la faisant tout simplement disparaître de son budget 2018. Une décision plus politique qu’économique qui prouve la méconnaissance du président américain dans le fonctionnement de la culture de son pays.

Donald Trump se « tire une balle dans le pied » en s'attaquant à la culture
Donald Trump souhaite supprimer les deux agences fédérales qui financent les arts et l'audiovisuel public, © AFP / Nicholas Kamm

Donald Trump ne porte pas la culture dans son cœur. On le savait depuis le lancement de sa campagne, et encore plus lorsque que la quasi-majorité du milieu artistique a apporté son soutien à Hillary Clinton, majorité qui continue à le défier depuis son élection. Le président américain veut désormais plus que jamais prendre sa revanche. Deux agences fédérales sont dans le viseur de Donald Trump : le National Endowment for the Arts et le National Endowment for the Humanities. Avec un budget de 150 millions d’euros (0,004% du budget global) pour la première et 500 millions d’euros (0,001% du budget global) pour la deuxième, leur rôle est quasi-symbolique. A titre de comparaison, le budget de la ville de Paris pour la culture est de 377 millions d’euros. En moyenne, le gouvernement fédéral américain intervient à hauteur de 2% dans les budgets des structures et institutions culturelles. On peut donc se demander : pourquoi Trump tient-il tant à couper les vivres de ces deux agences ?

Le rôle du NEA est celui d’une sorte de label. Lorsque cette agence fédérale décide de financer un projet culturel, cela lui confère une légitimité. L’Etat, le Comté et la Ville vont alors lui emboîter le pas, ainsi que les philanthropes, les fondations et les entreprises. Le NEA s’implique particulièrement dans les structures qui agissent dans les quartiers défavorisés, luttent contre l’exclusion sociale ou contre l’illettrisme. « Le Moma ou le Guggenheim n’ont pas besoin de légitimité pour attirer les financeurs, explique Frédéric Martel, chercheur, auteur de De la Culture en Amérique et producteur de l'émission Soft Power sur France Culture dont la dernière émission évoquait ce sujet. Le rôle et la marge de manœuvre du gouvernement fédéral américain dans la culture sont très faibles. Quoique Trump décide de faire, cela n’aura pas beaucoup d’importance. Mais ce sont les structures culturelles à vocation sociale qui seront les plus pénalisées ».

Vouloir supprimer ces deux agences est donc purement politique et symbolique. Cela s’inscrit dans le discours « anti-élite » que Trump tient depuis le début de sa campagne présidentielle. Dans une tradition purement républicaine, le président reproche au milieu artistique d’être trop marqué « démocrate ». Mais rien n’est joué pour autant. Aux Etats-Unis, c’est le congrès qui vote le budget et celui-ci est totalement indépendant de la présidence. Et même si les républicains y sont majoritaires, il est probable selon le chercheur Frédéric Martel que le congrès ne valide pas le budget proposé par Trump. « Je pense qu’il y aura une forte opposition et contrairement à ce que l’on peut croire depuis la France, elle viendra des rangs des républicains. Le NEA intervient essentiellement au niveau des collectivités locales américaines et ce sont principalement les comtés qui reçoivent l’argent. Ces comtés sont à grande majorité républicains. Il est fort probable qu’ils montent au créneau pour défendre le NEA. C’est également le cas des membres des conseils d’administration des structures culturelles qui souvent sont républicains. Si la polémique enfle et qu’elle provient de sa majorité, Donald Trump pourrait rapidement décider d’abandonner cette idée ».

Dans l’histoire politique des Etats-Unis, de nombreux présidents républicains avaient eux aussi tenté de s’attaquer au financement fédéral de la culture. « Nixon, Carter, Reagan et Bush père, ont eu les mêmes réflexes initiaux et souhaitaient supprimer ces agences. Et à chaque fois, le congrès n’a pas laissé faire et les présidents ont changé d’avis en comprenant que ce n’était pas dans leur intérêt. Il n’est pas exclu que cela se reproduise avec Trump ». La seule différence cette fois-ci, c’est que Trump en veut réellement aux différentes chaînes de télévision et radios publiques qui dépendent en partie des financements fédéraux. Il les accuse de lui être hostile et de diffuser les fameuses « fake news ». Le président devrait donc tout tenter pour leur couper les vivres même si l’argent fédéral compte à peine pour 15% de leur budget en moyenne.

« Cela prouve une totale méconnaissance de ces institutions de la part de Trump. Il va très rapidement s’apercevoir qu’en réalité, ceux qui perçoivent l’argent fédéral de ces agences sont de tous petits musées, des orchestres de petites villes dans des endroits reculés. Les populations et les élus qui vivent dans ces zones géographiques, sont en grande partie ceux qui ont voté pour lui », analyse Frédéric Martel. Pour résumer, Trump se « tire une balle dans le pied » pour le chercheur. Par conséquent, si Trump souhaitait réellement s’en prendre aux artistes et aux institutions qui s’opposent à lui, il devrait s’attaquer à Hollywood, Broadway, les villes de New York, San Francisco ou Los Angeles, par exemple. Problème, Trump n’a aucun pouvoir sur ces entités. « Ce qui aurait beaucoup plus d’impact serait qu’il décide de réformer ces agences fédérales et de modifier les conditions de soutien à la culture. C’est d’ailleurs ce qu’ont réussi à faire les républicains sous la présidence de Clinton et de Bush fils ».

Le budget 2018 de la présidence Trump doit être prochainement examiné par le congrès et déjà plusieurs voix républicaines ont fait entendre leur désaccord. Un budget qui créé la polémique puisque le président souhaite augmenter la part allouée à la défense de 9%, soit près de 620 milliards d'euros pour ce ministère. Un journaliste américain du Washington Post a calculé que cela revenait à 183 années de financement du NEA, l'agence fédérale de soutien de la culture.