Disparition du géant de l’accordéon Marcel Azzola

Marcel Azzola est décédé le lundi 21 janvier 2019 à l’âge de 91 ans. Entré notamment dans la légende de l’accordéon avec le célèbre « Chauffe Marcel, Chauffe ! » de Jacques Brel, il avait donné en France un nouveau souffle à l’instrument, le promenant entre le jazz, le classique et la chanson.

Disparition du géant de l’accordéon Marcel Azzola
Marcel Azzola, © Radio France / Christophe Abramowitz

L’accordéoniste Marcel Azzola est mort le lundi 21 janvier 2019, à l’âge de 91 ans. « Son cœur a lâché », chez lui à Villennes-sur-Seine dans les Yvelines, a annoncé à l'Agence France Presse sa compagne, de vie et de scène, Lina Bossati.

Le musicien était entré de plain-pied dans la légende avec son chorus d'accordéon sur Vesoul de Jacques Brel en 1968, et le  « Chauffe Marcel, Chauffe ! » survolté que lui avait lancé le chanteur pendant l'enregistrement.

Durant sa carrière, Marcel Aazzola a contribué à faire progresser l'accordéon d'un point de vue technique et lui a offert un souffle nouveau en « osant le jazz », selon l'expression de Philippe Krümm, responsable du magazine Accordéon Accordéonistes. 

« Il a toujours été un point de mire », affirme l’accordéoniste Richard Galliano, qui loue son phrasé « à la dynamique très particulière, très bepod ». Dans son jeu « on ne trouvera jamais une trace de vulgarité », ajoute Francis Varis qui déclare « Marcel, c'est une figure emblématique pour ma génération ». 

Brasseries, dancing, studios et grands orchestres

Né le 10 juillet 1927 dans le XXe arrondissement de Paris, de parents immigrés italiens installés à Pantin, le petit Marcello a été sensibilisé très tôt à la musique. Après le violon, son père, maçon et musicien amateur, l'oriente vers l'accordéon. C'est Attilio Bonhommi, son second professeur, qui lui a ensuite inoculé l'amour de cet instrument. 

Après un premier concours remporté en 1937, sa carrière est lancée lorsqu’il accompagne l'année suivante la chanteuse Fréhel pour un radio-crochet. Se perfectionnant auprès de Médard Ferrero, il a ensuite promené son piano à bretelles partout, de brasseries en dancings,  des studios aux courses cyclistes, sans oublier les tournées avec Yves Montand, les salles de jazz et les grands orchestres.

Sa culture classique, son habileté à déchiffrer, ont fait de lui dès la fin des années 40 un accordéoniste de studio très demandé. En 1949, il participe à l'enregistrement de Sous le Ciel de Paris d'Edith Piaf. Puis vinrent Gilbert Bécaud, Barbara, Boris Vian, Mouloudji, Juliette Gréco et Francis Lemarque

L'accordéon de Marcel Azzola parcourt également la bande-son de nombreux films, comme la petite mélodie accompagnant M. Hulot sur son solex dans Mon Oncle de Jacques Tati. 

« Une classe folle »

Sa technique a permis à Marcel Azzola de se glisser avec aisance dans le monde du jazz, aux côtés de Stéphane Grappelli, Dany Doriz ou Toot Thielemans. Il a ainsi été un véritable acteur du rapprochement entre jazz et musette dans les années 80.

Professeur à l'Ecole de musique d'Orsay pendant vingt ans, il a milité depuis les années 70, avec ses collègues Joe Rossi, Joss Baselli et André Astier, pour la reconnaissance de l'accordéon. En 2002, une classe d’accordéon a finalement été créée au Conservatoire national supérieur de musique de Paris (CNSM).  

Musicien de grande envergure, il était reconnu pour sa gentille et sa modestie, « il a toujours eu du respect pour les gens », assure Philippe Krümm.

Proposé pour la Légion d'Honneur qu'il avait refusée, Marcel Azzola souffrait depuis très longtemps de la maladie de Dupuytren à la main droite. Le mal s'étant accentué, son activité s'était singulièrement réduite ces dernières années. Il passait l'essentiel de son temps dans la gentilhommière de Villennes-sur-Seine qu'il partageait avec Lina Bossatti, pianiste et violoniste talentueuse.

En 2017, Benoit Duteurtre avait célébré ses 90 ans sur France Musique, avec une soirée de concert Marcel Azzola & friends. 

avec AFP