Disparition de Nicolas Joel ancien directeur de l'Opéra de Paris et du Théâtre du Capitole de Toulouse

Ancien directeur du Théâtre du Capitole de Toulouse, puis de l'Opéra national de Paris, Nicolas Joel est mort jeudi 18 juin. Il avait 67 ans.

Disparition de Nicolas Joel ancien directeur de l'Opéra de Paris et du Théâtre du Capitole de Toulouse
Nicolas Joel, ancien directeur du Théâtre du Capitole de Toulouse et de l'Opéra national de Paris, est mort jeudi 18 juin à l'âge de 67 ans, © AFP / LIONEL BONAVENTURE

C'est sur Twitter que le Théâtre du Capitole de Toulouse a annoncé la triste nouvelle. Nicolas Joel, qui fut directeur de l'opéra de la ville rose de 1990 à 2009, est mort jeudi 18 juin à l'âge de 67 ans. "Toute la maison s'associe à la douleur de ses proches" écrit le Capitole.

Nicolas Joel a passé toute sa carrière dans le monde lyrique, carrière couronnée par la direction de l'Opéra national de Paris de 2009 à 2014. A l'âge de 20 ans, il devient assistant à la mise en scène à l'Opéra du Rhin à Strasbourg, où il fera ses grands débuts en 1979 en mettant en scène le Ring de Wagner. Sa carrière internationale est lancée, Nicolas Joel est appelé dans le monde entier : Bayreuth, Milan, New York, Vienne, etc. et dirige les plus grandes stars comme Luciano Pavarotti, Placido Domingo et Jessye Norman. 

A partir de 1987, il débute une prolifique collaboration avec les Chorégies d'Orange avant de prendre la direction du Théâtre du Capitole de Toulouse où il restera 19 ans. Nicolas Joel y mettra en scène de nombreuses œuvres dont un nouveau Ring débuté en 1999. L'actuel directeur du Capitole, Christophe Ghristi, l'a bien connu puisqu'il a débuté sa carrière dans le monde lyrique en 1995 en tant que dramaturge à Toulouse. Il ne se sont par la suite plus quittés, puisqu'ils sont tous les deux partis à Paris en 2009. 

"C'était un personnage auquel j'étais profondément attaché. Je le connaissais depuis 25 ans, et nous avons travaillé quotidiennement pendant 20 ans. Ces dernières années, il continuait à venir très régulièrement au Capitole et était là à chaque première. C'était un formidable directeur, il avait un amour et une grande connaissance du répertoire. Il connaissait les voix, la technique, le plateau, etc. Il m'a énormément appris. Ce n'était pas un théoricien, il montrait, il avait un souci de l'artisanat du théâtre" explique Christophe Ghristi.

L'actuel directeur du Capitole garde un souvenir très fort de sa mise en scène de Boris Godunov en 1998 avec José van Dam. "C'était extrêmement dépouillé, il n'y avait pas de décor, la cage de scène était nue et comme il avait ce souci que l'opéra soit avant tout spectaculaire, il avait réussi à en faire quelque chose de très théâtral, avec la masse des choeurs. Il disait qu'on n'allait pas à l'opéra pour voir la vie quotidienne, il fallait que ce soit flamboyant".

A la tête du Capitole de Toulouse, Nicolas Joel a laissé un solide héritage. Christophe Ghristi lui est reconnaissant d'avoir remis une institution en état de marche. "Il a rénové la salle pour lui redonner son aspect d'opéra et a opéré une importante mise à jour technique. Mais je crois que son plus bel héritage, c'est le répertoire qu'il a inscrit dans cette maison. Nous puisons régulièrement dedans avec au moins 25 oeuvres en réserve, avec des décors de Ezio Frigerioet des costumes de Franca Squarciapino, c'est le top du top" déclare le directeur du Capitole, qui a programmé en mai 2021 une reprise de sa mise en scène de La Force du destin de Verdi, présentée pour la première fois en 1999. 

Après ses longues années à Toulouse, Nicolas Joel part en 2009 prendre la direction de l'Opéra national de Paris et succède à Gerard Mortier. Il ne restera que 5 ans à ce poste mais a su imprimer sa patte dans la maison lyrique. "Toulouse et Paris sont deux opéras qui ne se gèrent pas du tout de la même façon. A Paris, il a su éviter les conflits sociaux, il a fait entrer de nouvelles productions, a su faire grimper le niveau de fréquentation, etc. L'Opéra de Paris est une institution qui demande à être à 100% de sa forme et ses soucis de santé ne lui ont pas facilité la tâche" se souvient Christophe Ghristi. 

A Paris, Nicolas Joel joue la carte du répertoire servi par des chanteurs stars et préfère les productions sans risques aux mises en scènes audacieuses. Après le quinquennat de l'iconoclaste belge Gerard Mortier, marqué par des choix esthétiques novateurs dans une ambiance parfois festivalière, son successeur français annonce la couleur : l'Opéra de Paris doit être "une maison de répertoire".

"Ici on ne fait pas de coups, on mène un travail de fond", expliquait-il à l'AFP. Sur ses spectacles de facture traditionnelle que certains jugent timorés, Nicolas Joel répondra: "C'est une question de goûts. J'ai les miens, certains en ont d'autres. Et puis la mise en scène ne fait pas tout : il faut aussi se préoccuper de ce que l'on entend".

Quand il lui succèdera en 2014, Stéphane Lissner se félicitera de "trouver une maison en état de marche, en bonne santé". En contraste avec la grave situation d'aujourd'hui de l'Opéra de Paris, après la crise du coronavirus.