Disparition de Leon Fleisher, immense pianiste américain

Immense pianiste américain et chef d'orchestre, notamment connu pour avoir perdu un temps l'usage de sa main droite, Leon Fleisher est mort ce dimanche 2 août à Baltimore à l'âge de 92 ans.

Disparition de Leon Fleisher, immense pianiste américain
Immense pianiste américain, Leon Fleisher est mort le dimanche 2 août à l'âge de 92 ans, © Getty / Susan Biddle

Pianiste américain parmi les plus importants de sa génération, Leon Fleisher est mort ce dimanche 2 août à Baltimore des suites d'un cancer. Il avait 92 ans. Annonce faite par son fils Julian qui rappelle que son père continuait à enseigner et à tenir des masterclasses de direction la semaine dernière. 

Leon Fleisher connut un début de carrière fulgurant avant d'être stoppé par la perte de l'usage de sa main droite, et de finalement le récupérer après plusieurs dizaines d'années. Enfant prodige, il donne son premier récital à l'âge de 8 ans et se produit pour la première fois au Carnegie Hall de New York à 16 ans. A 9 ans, il part en Europe où il étudie auprès du légendaire Arthur Schnabel. Le chef d'orchestre Pierre Monteux parle de lui comme étant la "trouvaille pianistique du XXe siècle".

Son premier disque, enregistré à 25 ans chez Columbia Records, est dédié à Franz Schubert. Les critiques parlent d'un "pianiste complet, dont la technique ne connaît pas la difficulté, à l'intonation ornée et expressive, une maîtrise intellectuelle sûre de la forme musicale et une sensibilité accrue, peu importe ce qu'il jouait".

Leon Fleisher brille spécifiquement dans le 1er Concerto pour piano de Brahms dont l'enregistrement avec l'Orchestre symphonique de Cleveland sous la direction de George Szell feront date. A 23 ans, il devient le premier pianiste américain à remporter le concours Reine Elisabeth à Bruxelles. Il mène une carrière prestigieuse avant d'être stoppé à l'age de 36 ans. Atteint d'une dystonie focale, il perd l'usage de l'annulaire et de l'auriculaire de sa main droite. Il est contraint d'annuler de nombreux concerts et sombre dans une profonde dépression. 

Après deux années difficiles, il se remet en question et décide d'explorer d'autres voies en lien avec la musique. Leon Fleisher intensifie son activité d'enseignant et débute la direction d'orchestre. En parallèle il poursuit son activité pianistique et se focalise sur le répertoire pour la main gauche, notamment les œuvres de Paul Wittgenstein, qui avait perdu sa main droite pendant la Première Guerre mondiale. Le célèbre Concerto pour la main gauche de Maurice Ravel devint l'une de ses œuvres de prédilection. Plusieurs compositeurs, comme Leon Kirchner, vont écrire des œuvres spécialement pour lui. 

Après avoir posé un diagnostic sur son handicap, Leon Fleisher subit plusieurs opérations et réussit à progressivement récupérer l'usage de sa main droite. En 2004, il sort un disque intitulé sobrement Two Hands (Deux mains), son premier après 41 ans d'interruption. Si sa technique ne redevint pas aussi complète que dans sa jeunesse, il opéra un retour triomphant lors d'un concert au Carnegie Hall de New York en 2003.