Disparition de « Coco Schumann », guitariste de jazz et survivant des camps de concentration

Heinz Jakob « Coco » Schumann s'est éteint à l'âge de 93 ans à Berlin. Survivant des camps nazis, il a mené une longue carrière de guitariste de jazz.

Disparition de « Coco Schumann », guitariste de jazz et survivant des camps de concentration
Le guitariste Coco Schumann, survivant des camps nazis, s'est éteint à Berlin à l'âge de 93 ans, © Getty / Johannes Simon

Il était de ceux dont la vie ressemblait à un personnage de romans. Coco Schumann, de son vrai nom Heinz Jakob, vient de s'éteindre à Berlin à l'âge de 93 ans. Il est l'un des premiers musiciens à avoir joué de la guitare électrique en Allemagne et à s'être passionné pour le swing, style musical qu'il entend pour la première fois pendant les Jeux Olympiques de Berlin en 1936. Il fait partie de la toute première scène jazz outre-Rhin dans les années 1930 et donne une multitude de concerts avec son Quartet Coco Schumann.

Fils d'un allemand chrétien converti au judaïsme et d'une mère allemande juive, il est arrêté sur dénonciation en 1943 et envoyé dans le camp de concentration de Terezin. Il a pour ordre de jouer de la musique pour les SS et se produit avec plusieurs musiciens dans un groupe portant le nom de Ghetto Swingers. En septembre 1944, il est transféré à Auschwitz pour y jouer là aussi de la musique. Il devait se produire à l'arrivée des nouveaux déportés, pour les kapos et lors du départ des détenus du camp au travail.

« Quand je jouais, j'oubliais tout, déclarait-il dans un portrait du quotidien Le Monde en 2005. J'oubliais l'étoile jaune cousue sur ma poitrine, les murs du ghetto, la faim, la menace des transports vers Auschwitz.» Il est libéré par les troupes américaines et survit de justesse à la maladie. Il retrouve une partie de sa famille en Allemagne mais décide de s'exiler en Australie et tente de percer en jouant sur des bateaux de croisières. Faute de succès, il rentre en Allemagne quatre ans plus tard. Pendant longtemps, Coco Schumann a très peu parlé de la déportation.

« De toute façon, personne n'aurait compris. J'étais un peu gêné d'avoir survécu. Et puis, je voulais être reconnu comme musicien, pas comme rescapé d'Auschwitz » a t-il aussi déclaré au Monde. Ulcéré par les négationnistes, il finira par publier un livre de souvenirs en 1997, Le Ghetto Swinger, qui sera mis en scène dans un spectacle musical très remarqué en Allemagne à Hambourg en 2012.

Avec AFP