Disparition de Charles Burles, « ténor de grâce »

Le chanteur de 85 ans s’est éteint. Il était l’un des derniers représentants de la voix de ténor léger à la française.

Disparition de Charles Burles, « ténor de grâce »
Mort de Charles Burles l’un des derniers représentants de la voix de ténor léger à la française, © Avec l'aimable autorisation de l'Opéra de Marseille

Profonde tristesse à l’opéra de Marseille qui perd un de ses plus grands chanteurs. Charles Burles l’un des derniers représentants de la voix de ténor léger à la française s’est éteint à l’âge de 85 ans.

Né à Marseille le 21 juin 1936, son père travaille au tram mais joue aussi de plusieurs instruments et fait des spectacles de clowns. Il emmène toutes les semaines le jeune Charles à l’opéra de Marseille, maison dans laquelle il fera la plus grande partie de sa carrière. Par la suite il travaille le chant et la technique italienne avec Léon Cazauran puis fait ses débuts en 1958 à l’opéra de Toulon. Il y est le comte Almaviva dans Le Barbier de Séville de Rossini, rôle qu’il chantera très souvent par la suite et qu’il enregistrera, en français, avec Mady Mesplé.

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Appelé pour faire son service militaire en Algérie, il doit déjà interrompre sa carrière. De retour dans la cité phocéenne, il est engagé par Louis Ducreux en 1963 pour faire partie de la troupe de l’opéra de Marseille.

« A l’opéra de Marseille, il était chez lui »

« Il faisait partie des meubles. A l’opéra de Marseille, il était chez lui, il avait les clés », témoigne Maurice Xiberras, directeur de l’opéra de Marseille, qui explique qu’on le voyait régulièrement dans la salle lors des spectacles ou des répétitions. « Personnage très attachant et bon vivant, il était toujours en voix à son âge. Il appartenait à une autre époque, celle des troupes et de leur artisanat. Avec Gabriel Bacquier, Mady Mesplé et d’autres ils formaient une bande de copains heureuse de travailler ensemble. »

Les troupes, ce sont celles de Marseille, de l’Opéra Comique en 1969 puis de Garnier en 1977. Il y chante quelques grands rôles parmi lesquels Léopold dans La Juive de Halevy, le rôle-titre du Postillon de Longjumeau d'Adam, celui du Jongleur de Notre Dame de Massenet ou encore Georges dans La Dame Blanche pour le bicentenaire de Boieldieu à Rouen en 1975.

Entre 1984 et 1996, pour des raisons personnelles, il arrête de chanter. Au cours de cette période, il devient entre autres magnétiseur avant finalement de revenir sur scène. Ses adieux définitifs, il les faits sur la scène phocéenne en 2006 en Altoum dans Turandot de Puccini. Il se consacre ensuite à l’enseignement. En 2012, le ténor revenait sur sa carrière au micro de Benoît Duteurtre, sur France Musique, on pouvait y entendre son humour et sa sensibilité.

Ténor léger ou ténor de grâce

Charles Burles était l’un des derniers représentants du ténor léger à la française ou aussi « ténor de grâce », comme il le disait lui-même. Sa  voix facile, légère et souple ressemblait à celles de certaines vedettes de l’époque comme Reda Caire. Ses aigus presque en voix de tête, son sens du phrasé et sa diction faisaient des merveilles dans l’opéra-comique avec des rôles comme celui de Gérald dans Lakmé qu’il a enregistré pour EMI à nouveau avec Mady Mesplé. Son medium sonore lui a permis de s’aventurer aussi dans le répertoire italien : Rossini, Bellini avec Arturo dans I Puritani et quelques rôles plus dramatiques chez Verdi. Son nom reste indissociable de l’opérette française, qu’il a beaucoup enregistrée, Offenbach bien sûr mais également des œuvres un peu oubliées aujourd’hui comme Les Cloches de Corneville  de Planquette ou La Mascotte d’Audran. Avec lui disparaît un certain art du chant français.