Didier Lockwood, disparition d’un immense violoniste et d’un « grand frère » pédagogue

En plus d’avoir été l’un des plus grands violonistes de jazz, Didier Lockwood était également passionné par l’enseignement de la musique. Au point d’avoir créé sa propre école et d’avoir œuvré sans cesse à la démocratisation de l’apprentissage de la musique.

Didier Lockwood, disparition d’un immense violoniste et d’un « grand frère » pédagogue
Didier Lockwood pendant un cours de violon au Centre des musiques Didier Lockwood de Dammarie-les-Lys (Seine-et-Marne), © CMDL

Le choc est énorme en ce lundi matin, au lendemain du décès soudain de Didier Lockwood. Le grand violoniste de jazz est décédé ce dimanche 18 février à Paris d’une crise cardiaque à l’âge de 62 ans. Figure incontournable du violon jazz, fils spirituel de Stéphane Grappelli, sa disparition laisse un grand vide sur la scène musicale, bien au-delà des frontières françaises. De très nombreux hommages du monde la musique et de la culture viennent saluer sa mémoire.

Didier Lockwood était un passionné, vivant à cent à l’heure. Sa carrière fut rythmée de près de 4 500 concerts et plus de 35 enregistrements. Une passion qu’il avait à cœur de partager puisque son autre cheval de bataille était l’éducation musicale. Toute sa vie, il a œuvré à transmettre sa passion, à éduquer les oreilles des enfants et des plus grands. Auteur d’une méthode d’apprentissage du violon jazz, il avait également créé sa propre école, le Centre des musiques Didier Lockwood (CMDL), en 2001 à Dammarie-les-Lys, en Seine-et-Marne.

Une école pour musiciens confirmés et qui a placé l’improvisation au cœur de son projet. « Cela faisait vraiment partie de sa vie, relate Benoît Sourisse, pianiste et organiste de jazz, collaborateur de longue date de Didier Lockwood et cofondateur du CMDL. Il aimait tant partager, il avait une générosité sans faille. Malgré son emploi du temps très chargé de concerts, il organisait sans cesse des masterclasses ».

Didier Lockwood plaidait pour la création de ponts entre la musique classique et le jazz. Le ministère de la Culture lui avait commandé plusieurs rapports sur l’apprentissage de la musique dans lesquels il prônait l’enseignement de la culture classique tout en accordant une place primordiale à l’improvisation. Lockwood s’inquiétait d’une enfance « formatée » par la technologie moderne et en « panne de sens ». Il privilégiait un apprentissage de la musique fondé sur plus d’oralité et moins de solfège. Des prises de position qui n’étaient pas du goût de tout le monde mais qui avaient toujours le mérite de déclencher des débats.

Une école comme une grande famille de musiciens

Au CMDL, sa volonté était de créer une formation supérieure s'adressant aux musiciens professionnels ou en voie de professionnalisation. « Son idée était de mettre en contact les élèves avec des musiciens toujours en activité, des musiciens qui se confrontaient à la scène, explique André Charlier, batteur et lui aussi proche collaborateur de Didier Lockwood et cofondateur du CMDL. Il était présent toutes les semaines et avait réussi à former une grande famille composée des élèves et des professeurs ».

L’école accueille 65 étudiants par année au sein de différents cursus. Les deux principaux étant sous la forme d’une licence ou d’une formation professionnelle. Etienne Bouyer, saxophoniste et professeur au Conservatoire à rayonnement régional d'Amiens, y a fait une partie de ses classes de 2004 à 2006. S'il ne suivait pas ses cours, il a participé à des ateliers de groupe ainsi qu'à des leçons de violon de Didier Lockwood. « Il était extrêmement attentif à ce qui se passait, très à l'écoute. Didier Lockwood était un professeur exigeant, mais toujours bienveillant. Le simple fait de le voir donner un cours à quelqu'un d'autre était déjà une grande leçon ».

Etienne Bouyer reconnaît l'impact fondamental qu'a eu le CMDL sur sa carrière : « Ca a changé ma vie. C'est grâce à cette école que j'ai pu améliorer ma formation musicale et aussi le réseau professionnel. Plus de 10 après mon diplôme du CMDL, je joue toujours avec des musiciens que j'ai rencontré durant ces années-là ». Le saxophoniste reconnaît être un peu inquiet pour l'avenir de l'école, tant Didier Lockwood usait de « son aura et de son réseau pour trouver des financements ou convaincre des musiciens prestigieux de venir donner des masterclasses ».

Benoît Sourisse, actuel co-directeur pédagogique et en charge de la classe de piano estime que si la disparition de Didier Lockwood est un « vrai choc », l'école va tout faire pour perdurer et se développer : « En sa mémoire, nous allons plus que jamais faire vivre cette école, qui plus est porte déjà son nom, et c’est une vraie fierté ».