Deuxième vague et reconfinement, le monde musical entre crainte et attente

Mercredi 28 octobre à 20h00, le président Emmanuel Macron annonçait le reconfinement national pour l'instant jusqu’au 1er décembre. Les activités artistiques sont à nouveau stoppées net, ce qui inquiète le monde de la musique.

Deuxième vague et reconfinement, le monde musical entre crainte et attente
A Toulouse, les répétitions du Viol de Lucrèce sont interrompues quelques jours à peine après leur début, © Getty

Les annonces d’Emmanuel Macron infligent un nouveau coup brutal aux musiciens, artistes et producteurs. Dans l’attente des précisions attendues aujourd’hui, tous réagissent avec énergie et désolation. Aujourd’hui dans la matinale de France Musique, Jean-Baptiste Urbain leur donnait la parole pour exprimer leurs craintes, leurs attentes, mais également leurs propositions.

La situation est très claire : « c’est un désastre moral et financier ». Le chef de l’ensemble Correspondances Sébastien Daucé, a manifesté au micro de Jean-Baptiste Urbain « une forme d'incompréhension » face à l’obligation de renoncer aux activités artistiques, après la somme d’efforts développés sans ménagement pour s’adapter, grâce à laquelle aucun cluster n’a été déploré dans les salles de concert…

Un souhait s’impose de manière cruciale aujourd’hui : continuer à répéter, monter des décors… et une attente : celle d’un plus grand discernement par rapport à la mise en œuvre du confinement de mars dernier. « Cette deuxième vague nous pousse vers un ravin » - une situation d’urgence totale pour l’ensemble « si on considère que le confinement se passera dans les mêmes conditions que le précédent », affirme Sébastien Daucé.

Selon le chef, deux questions désormais animeront le débat : quelle place accorder à la culture, dans une société où les conséquences du manque sur le bien-être et la santé mentale sont sous-évaluées, et quel homme politique aura le courage de défendre l’exception culturelle française… qui pourrait conditionner la survie des ensembles.

Christophe Ghristi, directeur artistique du théâtre du Capitale de Toulouse a dû mettre un terme aux répétitions pour Le viol de Lucrèce de Britten, démarrées il y a quelques jours à peine pour une production devant être présentée du 27 au 3 décembre. « On ne lâche jamais l’affaire, mais les solutions sont à peu près impossibles ». Pour autant, « les musiciens sont au garde-à-vous, l’équipe est constituée de personnalités fortes », ajoute Christophe Ghristi, qui insiste sur le besoin des institutions pour les aider et les soutenir.

« Le théâtre vivant est majeur » conclut l’invité, « nous n’avons pas envie de culture en boîte » : en témoigne la ferveur du public depuis la reprise des concerts, et son écoute extrême et concentrée, perceptible par les musiciens et les équipes.

Au Conservatoire, les élèves et professeurs sont organisés « ça n’est pas de gaité de cœur mais on est habitués », commente Jérôme Pernoo, violoncelliste, professeur au CNSMdP et directeur artistique du centre de musique de chambre de Paris. « Les étudiants sont encore protégés, mais pour les jeunes qui sont en pleine insertion professionnelles, c’est terrible : ils perdent quasiment deux saisons. Renouer les contacts sera très difficiles », souligne le musicien qui formule la demande aux producteurs et médias d’y porter une attention toute particulière.

Le Centre de musique de chambre mettra pour sa part en valeur les jeunes compositeurs, en partenariat avec la plateforme de financement pour les artistes Proarti.

De son côté, la chanteuse Léa Desandre a été interrompue dans la préparation de la production d’Hippolyte et Aricie, sous la baguette de Raphaël Pichon à l’Opéra-Comique : « c’est un peu étrange, comme dans un mauvais rêve. Nous faisons tous très attention mais ça n’a pas suffi. » Les répétitions sont maintenues ce jour, dans l’espoir d’une représentation à huis clos retransmise par Arte et France Musique.

En dépit de l’incertitude, le travail ne s’arrête pas non plus pour les projets à venir, notamment une production d’Idoménée à Berlin sous la baguette de Louis Langrée en janvier prochain : « ne pas savoir entame un peu l’espoir mais il faut continuer, je garde cette petite flamme. »