Destruction du grand orgue de la Cathédrale de Nantes : le témoignage de Michel Bourcier, organiste titulaire

Michel Bourcier, organiste cotitulaire de la cathédrale de Nantes depuis 2007 et le dernier à avoir joué son grand orgue, a accepté de s’exprimer sur le drame.

Destruction du grand orgue de la Cathédrale de Nantes : le témoignage de Michel Bourcier, organiste titulaire
Destruction du grand orgue de la Cathédrale de Nantes : le témoignage de Michel Bourcier, organiste titulaire, © AFP

Au micro de Classique Info, Le musicien évoque avec ferveur l’histoire remarquable de cet instrument qui, quatre siècles durant, aura échappé de justesse à la destruction : l’épreuve de la Révolution Française, l'explosion de la poudrière château des Ducs sous le règne de Napoléon, la Grande Guerre et les bombardements alliés de 1943-1944. Aussi a-t-il exprimé sa « consternation », deux jours après le feu qui s’est déclaré samedi 18 juillet au matin en trois points de l’édifice. « Après l’incendie de 1972, on s’est dit qu’il était absolument impossible d’avoir un nouvel incendie, toutes les précautions avaient été prises, une charpente en béton, les installations électriques sont refaites régulièrement, on était en totale confiance » explique-t-il. « C’est donc l’incompréhension qui régnait samedi matin »

« C’est un orgue qui a été construit à partir de 1619, sur une tribune magnifique en tuffeau destinée à cet usage, un instrument du facteur Jacques Girardet. Initialement doté de trois claviers, le facteur du roi Henri Clicquot le porte à cinq claviers peu avant la révolution, ce qui en a fait l’un des instruments les plus importants du royaume à l’époque » rappelle-t-il.  Sur le plan patrimonial, la perte semble colossale. « Les jeux de cornets étaient absolument sublimes ». Rappelons que les derniers travaux sur le grand orgue datent de 1971, l’orgue avait été néo-classicisé par la Maison Beuchet-Debierre. « Depuis, l’orgue fonctionnait parfaitement, même s’il pouvait montrer des signes de fatigue. On pensait déjà à la perspective d’une future restauration ».

Concernant la perspective d’une reconstruction du grand orgue à la suite de l’incendie, Michel Bourcier s’en tient pour l’heure aux paroles du premier ministre Jean Castex. « Les mots ont été dits, maintenant il faut que les actes suivent » estime-t-il. « J’ai grand espoir dans une reconstruction que le premier ministre a dit être rapide ».

Questionné sur le type de reconstruction attendu, le musicien a estimé qu’il était possible de reconstruire l’instrument à l’identique. « On a des facteurs pour ça qui sont extrêmement habiles, pensons à Sainte-Croix de Bordeaux où l’on a maintenant un orgue français classique splendide. Tous les projets sont imaginables, mais la mémoire est importante : il faudrait que le futur orgue se souvienne de ce qu’il a été. »