Des quotas pour imposer des chanteurs locaux dans les opéras australiens

Les compagnies d'opéra australiennes pourraient être condamnées à payer une amende si elles ne respectent pas un certain quota de chanteurs locaux. En six ans, le nombre de chanteurs australiens engagés pour des premiers rôles dans la plus grande compagnie du pays a chuté de 51%.

Des quotas pour imposer des chanteurs locaux dans les opéras australiens
L'Opéra de Sydney en Australie, lieu de résidence principale d'Opera Australia, plus importante compagnie du pays, © AFP / William West

200 000 dollars australiens, soit 134 000 euros, c'est le montant de l'amende dont pourraient s'acquitter les principales compagnies d'opéra australiennes en cas d'un taux d'engagement de chanteurs locaux trop faible. Voici l'une des 118 recommandations publiées dans un rapport sur les activités des quatre compagnies principales du pays et acceptées par le gouvernement fédéral. A l'état de projet pour l'instant, cette pénalité sera définitivement validée après des négociations entre les différents organismes de financement et les maisons d'opéra.

La principale compagnie concernée est Opera Australia, la plus importante d'Australie dont le lieu de résidence est le célébrissime Opéra de Sydney. Il s'agit également de la compagnie la mieux dotée en termes de subventions publiques. Entre 2010 et 2016, le nombre de représentations de premiers rôles chantés par des australiens est passé de 778 à 383, soit une baisse de 51%. Parallèlement, le nombre de représentations données par des chanteurs étrangers est passé de 60 en 2010 à 251 en 2016. Ce qui signifie que l'année dernière, 39,6% des premiers rôles étaient chantés par des étrangers, un chiffre qui devrait grimper à 49,5% pour cette saison 2017-2018.

Cette augmentation significative et polémique est observée depuis l'arrivée du directeur artistique Lyndon Terracini. C'est notamment à lui que le public australien doit la venue du prestigieux ténor Jonas Kaufmann cet été 2017. Mais ce goût trop prononcé pour les chanteurs superstars étrangers n'est pas partagé par le milieu professionnel australien qui se plaint de ne plus avoir assez d'opportunités de se produire sur scène et contraint certains chanteurs d'arrêter leur carrière. Le gouvernement fédéral a donc décidé de pénaliser les opéras financés en partie par les subventions publiques qui ne respecteraient pas une parité géographique. Un équilibre dont les contours restent à préciser. Les principales compagnies d'opéra seront également encouragées à développer un programme de rémunération et de promotion des jeunes artistes australiens.

D'autres pays dans le monde ont déjà mis en place des systèmes de contrôles similaires. C'est le cas aux Etats-Unis où, officiellement, les scènes nationales doivent engager 80% de chanteurs américains ou sur les scènes italiennes et allemandes où, officieusement, les distributions font la part belle aux artistes locaux. Ce n'est pas le cas en France où un collectif de chanteurs lyriques s'est constitué en 2012 pour pointer le problème du doigt. En 2014, un rapport du ministère de la Culture indiquait que les maisons d'opéra, les festivals d'art lyrique et les salles de concerts n'employaient que 30% de chanteurs lyriques domiciliés fiscalement en France.