Harcèlement sexuel : le directeur d'un stage de musique visé par plusieurs plaintes

Un organisateur de stages de musique à Bayonne est visé par trois plaintes (dont une classée sans suite) pour harcèlement et agression sexuelle. Depuis quelques semaines, les témoignages se multiplient pour dénoncer son comportement.

Harcèlement sexuel : le directeur d'un stage de musique visé par plusieurs plaintes
Le commissariat de Bayonne où l'équipe pédagogique a voulu porter plainte en 2018 contre le directeur du stage, © AFP / IROZ GAIZKA

L’affaire a débuté par un message posté sur un groupe Facebook qui relaie des offres pour les professeurs de musique. Le 4 mars, un internaute alerte sur une annonce « fantaisiste voire frauduleuse » d’une certaine Académie musicale Biarritz Côte Basque qui recrute une vingtaine de professeurs de musique, mais aussi de danse, de photographie, de cinéma ou encore de mannequinat. Sous la publication, les langues se délient : « Type extrêmement louche et malsain », « un dingue », « quelqu’un de très envahissant », « je n’ai qu’une chose à dire : fuyez », peut-on alors lire.

L’homme en question se présente comme directeur du stage, un événement qu’il organise depuis 2007 à Bayonne. Après un long silence, une équipe de professeurs, qui a participé à ce stage à l’été 2018, a décidé de porter plainte. Le 22 juillet, il sont sept à se rendre au commissariat de Bayonne, mais la plainte n’est pas reçue, malgré la déclaration d’un lieutenant sur place qui avance que la personne incriminée « coche toutes les cases du harcèlement sexuel ». Stéphanie*, professeur recrutée cet été-là, explique la raison pour laquelle la plainte n’est pas reçue : « On venait de différentes régions, ils nous ont dit de faire une lettre au procureur ». 

Quatre lettres au procureur : aucune réponse

Le procureur a reçu quatre lettres, restées sans réponse, et trois plaintes pour harcèlement sexuel ont été déposées dans des commissariats différents, dont une pour « discrimination professionnelle à l'égard d'une personne ayant subi ou refusé un harcèlement sexuel » classée sans suite, celle d’Anastassia Kotzeva. Interrogée par Anaiz Aguirre Olhagaray, journaliste à Mediabask, la victime se dit « déçue, déroutée et bouche bée ». Le tribunal de grande instance de Boulogne-sur-Mer avance que les fait exposés « ne sont pas punis par la loi ». 

Les faits exposés mentionnent du chantage. Le directeur aurait proposé à plusieurs participantes de dormir avec lui. Le premier soir du stage, il aurait dit à Kathleen Hammami, une des plaignantes : « Tu ne vas pas dans ta chambre, tu restes avec moi et on dort ensemble », rapporte le média basque. Anastassia et une jeune encadrante de l’équipe pédagogique auraient reçu la même proposition, ainsi que Stéphanie, mais elle, avant le début du stage. Elle se rend à Paris pour un entretien d’embauche avec lui et le retrouve dans un hôtel à côté de Montparnasse. « Il m’a dit : “Si tu veux, tu peux dormir dans ma chambre”. » La jeune femme a refusé.  

Un salaire variable

Pour convaincre ses victimes, le directeur joue sur le salaire, qui varie en fonction du comportement des professeurs et personnels encadrants. Stéphanie se souvient : « Il faisait beaucoup de chantage sur le salaire avec des commentaires comme : “C’est une bonne idée, tu auras plus 100€”. Et les salaires à la fin du stage étaient différents. » A une jeune animatrice de 18 ans, il faisait miroiter un salaire jusqu’à 1000€ la semaine pour qu’elle obéisse à ses envies : nuit avec lui, massage, bisous… « La rémunération c'était très mal fait et il n'a jamais tenu ses promesses », confirme un professeur qui a participé à un précédent stage. 

Des paroles aux actes, il n’y a qu’une mince frontière que le directeur aurait franchi plus d’une fois, notamment avec les élèves. « Il embrassait beaucoup les enfants, notamment une élève de onze ans qui disait qu’elle n’aimait pas ça et que cela la gênait », confie Kathleen. « Tous les matins je le trouvais au petit déjeuner comme s’il attendait exprès de nous faire la bise, bise que nous évitions de plus en plus au fur et à mesure du stage tant elle était désagréable », se souvient Nathalie*, professeure qui a porté plainte. Un rituel confirmé par Stéphanie* : « Il faisait la bise tous les matins aux élèves et mettait sa main sur la nuque ou écartait les cheveux des jeunes filles. » 

Des « ragots de poubelle »

Des contacts physiques qui seraient allés jusqu’à des « claques sur les cuisses et les fesses » de Kathleen, alors âgée de 24 ans. L’accusé, interrogé par Mediabask, avance des « ragots de poubelle » face à ces propos. Pour lui, la jeune femme est une « aguicheuse » et le problème viendrait de sa tenue vestimentaire : une jupe « au ras du cul » et un décolleté « je ne vous dis pas comment ».

Le Bordelais de 76 ans aurait souvent répété pendant le stage qu’il n’a « jamais touché à une mineure ». Aujourd’hui, il clame son innocence, réclamant des « preuves ». Une enquête est toujours en cours, une autre est revenue entre les mains du procureur, et selon une source proche du dossier, un juge d’instruction a été saisi. Les victimes interrogées veulent principalement une chose : que le stage, qui se déroule à la Maison diocésaine de Bayonne et les cours, au conservatoire, n'ait pas lieu cet été. Pour le moment, selon les informations de Mediabask, la convention pour la mise à disposition des locaux côté conservatoire n'est pas signée, mais du côté de la Maison diocésaine, les chambre sont déjà pré-réservées tant que les accusations à son encontre ne sont pas avérées. 

* les prénoms ont été modifiés