Départ surprise de Ruth Mackenzie du Théâtre du Châtelet

Mis à jour le vendredi 28 août 2020 à 16h20

La célèbre institution parisienne a annoncé vendredi 28 août le départ de sa directrice artistique Ruth Mackenzie.

Départ surprise de Ruth Mackenzie du Théâtre du Châtelet
Le Théâtre du Châtelet a annoncé le départ surprise de sa directrice artistique Ruth Mackenzie., © Maxppp / Alexis Sciard

Pressions sur le personnel, recours à des entreprises extérieures, déficits financiers : cible de lourdes critiques, la directrice artistique du Théâtre du Châtelet, Ruth Mackenzie, a été écartée vendredi 28 août d'une des plus prestigieuses scènes françaises. La Britannique de 63 ans avait été nommée en 2017 à la tête du théâtre historique mais a dû attendre 2019 pour annoncer sa première saison, en raison de deux ans de travaux. 

Son bref mandat a été marqué par des controverses, notamment celle de « DAU », projet immersif - et coûteux - qui avait pour but d'emmener le public dans un « voyage » en Union soviétique sur 30 ans. 

Un départ surprise

Cette crise intervient alors que l'ensemble du milieu du spectacle vivant est encore dans la tourmente de la crise sanitaire. Une source très proche du dossier a affirmé à l'AFP que « l'affaire couvait depuis longtemps et c'est le conseil d'administration du Châtelet qui a demandé à Ruth Mackenzie de partir à la suite d'un audit mené par un cabinet indépendant ».

Dans un courrier électronique adressé à des journalistes, le théâtre a annoncé laconiquement que la Britannique quittait ses fonctions, sans explications. « Ce sont des problèmes multiformes : il y avait une difficulté globale dans son travail depuis le départ », a indiqué la source, sous couvert d'anonymat. « La partie visible de l'iceberg, ce sont les accusations dirigées contre elle par son équipe », qui a porté plainte auprès du comité social et économique (CSE) du théâtre, mobilisant le conseil d'administration. 

« Souffrance au travail »

« L'audit a montré de sérieux déficits managériaux ; il y avait une souffrance au travail du fait de la pression exercée sur les salariés et surtout un manque de reconnaissance de leur travail », explique la source. D'après elle, il y avait en outre « une tendance à recourir à des boîtes extérieures pour faire le boulot ; ça a provoqué des crispations tout à fait compréhensibles et c'est ça qui a mis le feu aux poudres ».

Le Châtelet est un théâtre municipal et la Ville de Paris, qui n'a pas réagi dans l'immédiat, le subventionne à hauteur de 15,8 millions d'euros, sans compter les 35 millions déjà déboursés sur la rénovation et trois millions d'euros pour l'achat de matériel en 2019. « Depuis sa prise de fonctions, le Châtelet a accusé trois millions d'euros de déficit. Il y a eu une première saison très onéreuse avec un résultat très mitigé et une absence de pilotage financier », poursuit la même source. Un projet comme le très contesté « DAU » a « dépassé très largement les 150.000 euros investis par le Châtelet ».

Des productions trop chères

Si quelques productions ont eu du succès, notamment la production décalée de Saül,  oratorio d’Haendel mis en scène par Barrie Kosky, il y a eu finalement très peu de créations. La première saison avait été assez éclectique, de la comédie musicale à l'oratorio baroque, en passant par des performances de rue. La création du rappeur Abd Al Malik, Les Justes, présenté comme un Hamilton à la française sur un texte de Camus, n'a pas eu l'effet escompté.

Ruth Mackenzie, qui n'a pas réagi dans l'immédiat, avait clamé à plusieurs reprises son intention d'attirer un public qui ne fréquente pas généralement le Châtelet, connu pour ses comédies musicales. _« Il y a une promesse de faire la révolution culturelle mais au final avec des productions hyper chères. La reprise d'_Un Américain à Paris a coûté plus cher que sa création », a indiqué la source. Cette comédie musicale, commandée par le prédécesseur de Ruth Mackenzie, Jean-Luc Choplin - actuellement directeur du Théâtre Marigny - a été l'un des plus gros succès du Châtelet ces dernières décennies.

Le directeur général, Thomas Lauriot dit Prévost, restera à son poste. Ruth Mackenzie, ancienne directrice artistique du Holland Festival aux Pays-Bas a également dirigé les Olympiades culturelles de Londres 2012, le Festival international de Manchester (2006-2007) et le Scottish Opéra (1997-1999). Elle a aussi conseillé les institutions culturelles les plus renommées, comme la Tate Modern (le grand musée d'art moderne et contemporain de Londres) en 2013.