Démos, miroir des inégalités d’accès aux écoles de musique

Depuis son lancement en 2010, le projet Démos a pour vocation de proposer un apprentissage de la musique aux enfants ne disposant pas d’un accès facile à cette pratique. Un objectif qui souligne les inégalités d’accès aux conservatoires.

Démos, miroir des inégalités d’accès aux écoles de musique
Enfants, musiciens du projet Démos, © Julien Mignot, avec l'autorisation de Démos

Il y a bientôt dix ans naissait le projet Démos, un « Dispositif d’éducation musicale et orchestrale à vocation sociale » pour les enfants de 7 à 12 ans issus de territoires en difficultés et ne bénéficiant pas d’un accès facile aux pratiques musicales pour des raisons économiques, sociales ou culturelles. Depuis, trente orchestres ont vu le jour, réunissant à travers la France 3 000 enfants sous la houlette de la Philharmonie de Paris, dont l’objectif est de doubler ces chiffres d’ici 2022.

Qui bénéficie de ce dispositif ? Dans une étude commandée par Démos, la sociologue Myrtille Picaud note que les familles dont les enfants participent au projet ont « une répartition sociale relativement semblable à celle de la société française ». Certains parents ont un emploi, sont diplômés, d’autres non. Certains sont ouvriers, d’autres employés, ils ont « plus ou moins de difficultés économiques », à l’image de bon nombre de Français. Loin de l’image que Démos pourrait donner, les enfants ne sont pas tous issus de milieux défavorisés. Et si le prêt - gratuit - d’un instrument est un facteur primordial pour bon nombre de familles, d’autres ont une situation tout à fait comparable à celles des élèves d'écoles de musique, dont les tarifs sont indexés aux revenus des parents.   

Des enfants pas si éloignés de la musique...

Si Démos cherche aujourd’hui à mieux connaître les profils des familles qui participent à son dispositif, c’est précisément parce qu’il ne les connaît pas. L’organisation repose intégralement sur les structures sociales de proximité pour composer ses orchestres, et n’impose aucun critère particulier aux jeunes musiciens. Ainsi, pour la coordinatrice de l’orchestre Démos Paris, Maëlly Largen, ces structures sont choisies parce qu’elles travaillent sur des territoires prioritaires et créent le lien entre le social et le musical. 

Pour savoir comment les enfants sont sélectionnés, il faut donc se tourner vers les acteurs sociaux, comme l’association Quartier Libre XI. Malha Dussollier travaille pour cette association parisienne et fait le pont avec le projet Démos depuis 2010. Pour elle, il est moins question de choisir les enfants qui vont participer que d’accompagner ceux qui en manifestent déjà l’envie, quel que soit leur milieu social ou leur accès à la musique.         

La sociologue Myrtille Picaud souligne en effet que les familles ne sont pas toutes si éloignées que ça de la musique :  « il y en a beaucoup qui écoutent de la musique, qui eux-mêmes jouent ou chantent, etc. Finalement, quand on regarde l’étude sur les pratiques culturelles des Français, de 2008, on voit qu’ils ne sont pas si éloignés que ça de la musique, par rapport à la moyenne des Français. D’où l’intérêt de se demander pourquoi on vise spécialement ces familles avec ce type de projet de démocratisation de la musique classique ? ».  

Le conservatoire, un endroit « pas vraiment pour nous »

Pourquoi certains enfants qui ne semblent pas éloignés de la musique et disposent d’écoles financièrement accessibles, intègrent-ils le projet Démos ? Pour Aline, mère d’une petite altiste de l’orchestre Démos parisien, il y avait un blocage psychologique : « on n’avait jamais envisagé de la mettre au conservatoire parce qu’on s’était dit qu’il fallait faire du solfège, passer des tests, et il y a un tirage au sort. On s’est dit que ce n’était pas vraiment pour nous ». A contrario, Démos, découvert grâce à une association du XIIIe arrondissement, a paru à la mère d'élève, « simple et accessible ». 

Même constat du côté des musiciens qui encadrent les enfants. Le clarinettiste Guillaume Demougeot intervient dans l’orchestre Démos parisien, ainsi que sur les territoires en difficulté, et décrit lui aussi des « réticences et des préjugés » vis-à-vis des institutions musicales traditionnelles :  « on sent que la musique en général, et le conservatoire en particulier, sontdes lieux pour des personnes privilégiées, pas pour tout le monde ». Pour lui, Démos casse les clivages, non seulement pour les familles qui se rendent compte que les écoles de musiques ne sont pas inaccessibles, mais aussi dans les conservatoires où « certaines familles ne sont pas habituées à voir des personnes issues des couches populaires ». 

Démos, un tremplin vers le conservatoire ? Pour Malha Dussollier de l’association Quartier Libre XI, c’est tout à fait ça : « il y a deux ans, cinq enfants sont allés au conservatoire régional, et quatre se sont orientés vers des classes CHAM [classe à horaires aménagés]. Tous les ans, entre six et neuf enfants manifestent l’envie de continuer à jouer ». 

Rendez-vous les 21, 22 et 23 juin 2019 à la Philharmonie de Paris pour le week-end Démos : cinq concerts organisés avec les orchestres de toute la France.