Démissions en série sur fond de conflit politique au Maggio Musicale de Florence

Depuis plusieurs semaines, les musiciens et les dirigeants du théâtre florentin crient au scandale. Ils ne veulent pas de Salvatore Nastasi, un proche de Matteo Renzi, à la tête de la Fondation Maggio Musicale. Deux responsables de l’institution ont déjà démissionné.

Démissions en série sur fond de conflit politique au Maggio Musicale de Florence
Fabio Luisi a annoncé sa démission. Il était directeur musical du Maggio Musicale depuis 2018., © Getty / John Phillips

L’inquiétude monte dans les rangs du Maggio Musicale de Florence. En quelques jours, deux personnes clef de l’institution ont annoncé leur intention de quitter leur fonction : le surintendant Cristiano Chiarot et le directeur musical Fabio Luisi. Le premier s’oppose à  la nomination de son successeur, Salvo Nardella, par le maire de Florence Dario Nardella, également président de la Fondation Maggio Musicale. 

Quant à  Fabio Luisi, le maestro italien, nommé directeur musical du Maggio Musicale de Florence pour cinq ans à partir de 2018, a lui aussi décidé de se retirer en raison des « choix stratégiques incompréhensibles », et du  « tournant de nature politique qui se répercutera nécessairement sur la programmation artistique ». L’heure est donc au malaise, au sein de l’orchestre et de la direction. 

« Les choix stratégiques incompréhensibles de ces derniers jours m'ont convaincu que Florence n'a pas la volonté de poursuivre le  programme commencé, partagé depuis le début avec le surintendant Chiarot, le coordinateur artistique Conte et avec mes collaborateurs et collègues du Maggio Fiorentino. La volonté est de marquer un tournant politique à la gestion du Maggio. Malheureusement pour moi, il n'est donc plus possible de continuer dans cette direction ».

Accusation d’ingérence de la part du maire

En interne comme ailleurs, la manœuvre du maire Dario Nardella, qui confie la présidence de la Fondation à Salvo Nastasi, ancien chef de cabinet du ministre du Patrimoine culturel et ancien commissaire extraordinaire du Maggio, soulève beaucoup de critiques. Chiarot et Luisi, qui ont contribué à redonner ses lettres de noblesse à l’orchestre et à faire rayonner un programme de qualité, quittent le navire en criant à l’ingérence politique. Il n’en fallait pas plus pour que l’opposition se saisisse de l’affaire pour elle aussi parler de scandale.

Dans un communiqué, la gauche  critique le maire de la ville. « En quelques jours, nous avons perdu un surintendant qui luttait pour reconstruire les budgets, qui essayait de donner de la stabilité au personnel, qui essayait d'ouvrir le théâtre à la ville et un directeur de réputation internationale claire. » De son côté, le conseiller régional du parti Forza Italia, Marco Stella, a déclaré que Dario Nardella « fait payer ses conseillers personnels avec de l’argent public ».

Échauffourées sur fond politique 

Des accusations qui ont fait bondir le premier élu de la commune. Toujours président pour l’heure de la Fondation, Nardella s’en est pris directement à Fabio Luisi, via une lettre ouverte. « Je trouve cela très grave, les allusions à une possible ingérence politique. Je n'ai jamais indiqué à qui que ce soit la manière de guider la fondation de manière artistique. » Sans plus d’arguments ni de précisions, l’édile finit par attaquer le désormais ex-directeur musical. Estimant qu’il avait envisagé le départ de celui-ci avant de prendre ses décisions, et « qu’il ne fallait pas être surpris d’une telle réaction ». 

Avec cette nouvelle nomination à la présidence de la Fondation du Maggio Musicale, et avec celles qui vont suivre en remplacement des démissionnaires, la situation risque de mettre un temps à se pacifier.