Décès de Zizi Jeanmaire, la reine du music-hall

Zizi Jeanmaire, célèbre chanteuse de music-hall est morte ce vendredi 17 juillet à l'âge de 96 ans. "Petit rat" de l'Opéra puis acclamée pour son Truc en plumes, Zizi Jeanmaire a fait bouger les lignes entre danse classique et music-hall au cours d'une carrière d'une remarquable longévité.

Décès de Zizi Jeanmaire, la reine du music-hall
Zizi Jeanmaire, célèbre danseuse et chanteuse de music-hall, est mort vendredi 17 juillet à l'âge de 96 ans, © Getty / Stephane Cardinale

On la connaissait surtout pour son Truc en plumes, mais elle était bien plus que ce célébrissime numéro de music-hall. Zizi Jeanmaire, la reine des cabarets, est morte ce vendredi 17 juillet à son domicile en Suisse.  Elle avait 96 ans. "Ma maman s'est éteinte paisiblement cette nuit à son domicile de Tolochenaz dans le canton de Vaud", en Suisse, a indiqué à l'AFP sa fille Valentine Petit.

France Musique rediffuse ce vendredi 17 juillet à 13h,Etonnez-moi Benoît,une émission que Benoît Duteurtre avait consacré à Zizi Jeanmaire en 2001.

Zizi Jeanmaire, la plus atypique des ballerines françaises, a promené ses jambes gainées de noir, ses plumes et ses paillettes sur les scènes du monde entier, bouleversant les frontières traditionnelles de la danse, de la chanson et du music-hall. Malicieuse, enthousiaste et travailleuse acharnée, elle a tout exploré : ballet, comédie musicale, théâtre, récital, télévision, revue, mêlant les genres avec jubilation, sans jamais perdre sa rigueur de danseuse de formation classique, chevillée au corps.

L'annonce de son décès a suscité de nombreuses réactions émues dans le monde de la danse. "Une femme et une artiste exceptionnelle nous quitte. Zizi Jeanmaire restera à jamais dans nos mémoires, unique et inimitable. Zizi on t'aime", a écrit sur Instagram Manuel Legris, ancien danseur étoile de l'Opéra de Paris.  "Jamais nous t'oublierons chère Zizi", a commenté l'ancienne étoile Marie-Agnès Gillot.   

Sa carrière est étroitement liée à celle de Roland Petit, l'un des plus grands chorégraphes français et l'homme de sa vie, décédé en 2011. Ils se sont rencontrés la première fois en 1933, quand ils avaient 9 ans chacun, à l'école de danse de l'Opéra de Paris. Ils se marient en 1954 et ont une fille. Zizi sera au coeur de toutes ses créations.

Née Renée Jeanmaire le 29 avril 1924, elle devient Petit rat à l'Opéra puis intègre le corps de ballet. Elle en claque la porte sur un coup de tête, à 19 ans : "on rêvait d'aller voir le monde... j'avais envie de gloire, d'être reconnue avec autre chose que Giselle", l'héroïne d'un grand ballet romantique. "Sans fausse pudeur ni modestie, je dois avouer que jamais je n'ai eu de doute sur ma carrière". 

Au sein de la toute nouvelle compagnie de Roland Petit, les Ballets de Paris, Zizi s'illustre dans Carmen en 1949, à la chorégraphie étonnamment moderne et audacieuse. Cette Carmen aux cheveux à la garçonne - coiffure que Zizi ne quittera plus -, brûlera les planches à Paris, à Londres, à Broadway (sept mois à l'affiche). Elle se révèle aussi dans La Croqueuse de diamant en 1950, dans un genre alors inconnu : le ballet sur pointes avec chansons. 

Elle travaille un temps à Hollywood et à New York. Le grand producteur Sam Goldwyn lui conseille de garder comme prénom de scène "Zizi", le mot qu'elle répétait ("Mon zizi") quand sa mère l'appelait "Mon Jésus".  Dans les années 1950, elle apparaît au cinéma dans des films, souvent de danse, comme Hans Christian Andersen de Charles Vidor, Folies-Bergère et Charmants garçons d'Henri Decoin, Guinguette de Jean Delannoy.

Raymond Queneau, Serge Gainsbourg ou Barbara vont se mettre à écrire ou à composer pour "Mademoiselle Jeanmaire". Boris Vian disait qu'elle avait "des yeux à vider un couvent de trappistes en cinq minutes" ou encore "une voix comme on n'en fait qu'à Paris". Yves Saint Laurent, qui l'habilla durant quarante ans, estimait qu'"il lui suffisait d'entrer en scène pour que tout prenne vie, feu et flammes". "Sans elle, Paris ne serait pas Paris", s'émerveillait Louis Aragon. 

A l'Alhambra, en 1961, elle triomphe avec la chanson Mon truc en plumes de Bernard Dimey et Jean Constantin : "Plumes de zoiseaux, De z'animaux/Mon truc en plumes, C'est très malin/Rien dans les mains, Tout dans l'coup d'reins", chante-t-elle. "C'est un superbe numéro de music-hall que j'ai présenté dans le monde entier et qui est probablement l'un des plus beaux du genre", notait-elle. Elle monte sur les planches notamment dans La dame de chez Maxim, donné plusieurs centaines de fois en 1965/66. "Quand je jouais cette pièce, on ne comprenait pas que j'aille tous les matins au cours de danse: mais pour moi, c'était la base, je savais que je serais en pleine forme le soir", assurait-elle.  

La danseuse interprète en 1966 Le jeune homme et la mort aux côtés de Rudolf Noureev pour une version filmée puis continue à se produire dans des revues flamboyantes, comme La Revue et Zizi je t'aime au Casino de Paris, repris par le couple Petit-Jeanmaire en 1970.  A 85 ans passés, son "port d'attache" demeurait l'Opéra de Paris : "je connais tous les danseurs, tout ce qui s'y passe. Et je continue à vivre, maintenant que je ne monte plus sur scène, à travers ça".

Avec AFP