"The Death of Klinghoffer" place le Metropolitan Opera sous haute tension

La vague de protestations contre la nouvelle production de "The Death of Klinghoffer" de John Adams au Metropolitan Opera de New York a culminé le 20 octobre dernier, avant la première représentation, maintenue dans une ambiance d'extrême tension.

"The Death of Klinghoffer" place le Metropolitan Opera sous haute tension
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La controverse dure depuis plusieurs mois : depuis l’annonce de la nouvelle production de The Death of Klinghoffer de John Adams au Metropolitan Opera de New York, la célèbre institution lyrique est la cible d’attaques de la part d'opposants qui jugent l’œuvre antisémite, et qui exigent son annulation.

Quelques heures avant la première représentation le 20 octobre dernier, les manifestants se sont rassemblés sur Columbus Avenue, encadrés par un dispositif de très haute sécurité. Ils brandissaient les slogans « on ne mélange pas ténors et terroristes », « honte à Peter Gelb et au Met » ou encore « Le Met glorifie le terrorisme ». Une dernière tentative d’empêcher la première représentation d’une production qui, depuis juin dernier, divise le monde artistique de New York et provoque des levées de boucliers inédits.

Créé en 1991 (sur un livret signé par Alice Goodman ), l’opéra est inspiré de la prise en otage en 1985 d’un bateau de croisière italien par des membres du Front de libération de la Palestine, exigeant la libération des prisonniers palestiniens détenus par Israel. Leon Klinghoffer, passager juif, fut exécuté par des terroristes et jetté à la mer.

Les détracteurs de l'opéra estiment qu’il divulge un message pro-terroriste et antisémite. Après sa création berlinoise en 1991, The Death of Klinghoffer a eu sa création américaine à la Brooklyn Academy of Music la même année et n’a jamais été repris dans son intégralité à New York.

Le danger de l'instrumentalisation dans un contexte politique tendu

En juin dernier, Peter Gelb, directeur du Met, a été contraint d’annuler la diffusion de la production sur grand écran (2000 cinémas dans 67 pays), suite à une première vague de protestations et de pressions, et notamment suite à la mise en garde de l'influente Anti-Defamation Ligue sur les dangers de « l'instrumentalisation de l'opéra dans le but d'attiser le sentiment anti-israelien ou de promouvoir l'anti-sémitisme » dans un contexte politique autrement très tendu.

Peter Gelb a déclaré à cette occasion qu’il ne jugeait pas l’œuvre antisémite, mais « qu’il était sensible à tout ce qu’il pourrait être interprété ou mésinterprété comme pro-terroriste ». Le compositeur John Adams a jugé cette annulation fort regrettable : « Mon opéra traite la mémoire de Leon et Marilyn Klinghoffer avec dignité et condamne son exécution brutale. Il reconnaît au même titre les rêves et les souffrances des peoples israéliens et palestiniens, et ne tolère ni ne promeut aucune forme de violence, terrorisme ou anti-sémitisme », a-t-il déclaré au Wall Street Journal.

En dépit des pressions et malgré une manifestation organisée la nuit de l’ouverture de la saison du Met en septembre dernier, Peter Gelb a décidé de maintenir les huit représentations prévues pour octobre et novembre. Pour la campagne de communication, il a choisi le slogan « Venez le voir. Vous déciderez après ».

La première sous haute tension

Parmi les personnages publics qui ont pris la parole devant les manifestants avant la première représentation, l’ancien maire emblématique de New York Rudy Giuliania déclaré : « Le Met et ceux qui décident d’assister à cette production ont tous les droits de le faire. Il serait hypocrite et anti-américain d’intervenir pour les en empêcher. Mais nous avons également le droit de souligner les inexactitudes et dommages historiques qu’il aurait contribué à créer ».

Le Met a déclaré que le fait que cet opéra traite d'un sujet d'actualité complexe et violent ne veut aucunement dire qu’il ne devrait pas être représenté : « En tant qu'institution culturelle , nous soutenons résolument la liberté des artistes à créer des œuvres responsables qui abordent des sujets contemporains difficiles. Nous croyons fermement que les sujets politiquement sensibles que s'approprient les artistes doivent être présentés au public sans craindre la censure ».

Comme en témoignent plusieurs médias américains, malgré un dispositif de policiers renforcé à l’extérieur du Lincoln Center et des agents en civil postés un peu partout à l’intérieur du bâtiment, la première représentation de The Death of Klinghoffer s’est déroulée sans incidents majeurs. « L’ambiance à l’intérieur était électrique » raconte Elisabeth Frayer. « Le lever du rideau a été retardé de dix minutes parce que les fouilles détaillées par les agents de sécurité à l’entrée ont considérablement ralenti l’entrée du public. Cela a crée une sorte d’angoisse anticipée dans la foule. En s’installant dans la salle, j’ai regardé autour de moi pour voir qui pourrait interrompre le spectacle ».

Quelques sifflements et huées mis à part, le seul incident perturbateur a eu lieu pendant le premier acte : un spectateur a attendu une pause entre les scènes pour crier plusieurs fois: « L’Assasinat de Klinghoffer ne sera jamais oublié ! », avant qu’il ne lui soit demandé de quitter la salle. A la fin de l'opéra, John Adams a été ovationné, et les spectateurs soulagés et reconnaissants d’avoir pu assister à cet opéra dont ils ont tant entendu parler, comme le rapporte Anthony Tomasini de New York Times.

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