Covid-19 : des propositions pour soutenir la filière des instruments de musique

La Chambre syndicale de la facture instrumentale, qui regroupe luthiers, réparateurs, magasins et grands groupes de France, vient de publier une liste de préconisations concrètes pour soutenir la filière française des instruments de musique et envisager une sortie de crise.

Covid-19 : des propositions pour soutenir la filière des instruments de musique
Un étudiant de l'école nationale de lutherie à Mirecourt dans les Vosges, © AFP / JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN

« Le retour à la normale n’est pas à envisager avant longtemps, très longtemps », estiment, unanimement, plusieurs luthiers français. Le secteur de la fabrication et de la vente d’instruments ne retrouvera une activité normale que lorsque la vie musicale et le spectacle vivant dans son ensemble auront repris leurs cours. Une échéance plus qu’incertaine. La Chambre syndicale de la facture instrumentale (CSFI) veut prendre les devants et vient d'annoncer onze préconisations pour soutenir la filière pour sortir de la crise économique liée à l'épidémie de coronavirus.

Protocoles sanitaires et mise en place de « drive »

Les premières mesures concernent le déconfinement progressif : la CSFI envisage de s’associer au Pôle innovation de la facture instrumentale de l’Institut technologique européen des métiers de la musique (Itemm), école basée au Mans et reconnue dans le monde entier dans la formation des futurs facteurs d’instruments, pour proposer des solutions concrètes à appliquer dans les ateliers de fabrication, de réparation et dans les magasins : comment bien manipuler, bien stocker, bien désinfecter les instruments de musique. 

Le but sera de mettre en place des protocoles validés scientifiquement sur les mesures urgentes à déployer. Des protocoles qui seront ensuite diffusés auprès de tous les acteurs de la filière instrumentale. La CSFI demande ensuite que tous les ateliers de lutherie et les magasins de musique puissent rouvrir sur un système de rendez-vous à l’instar des « drive » des grandes surfaces, que ce soit pour l’achat d’instruments et d’accessoires, ou pour le dépôt et la reprise d’instruments qui doivent être réparés. 

Le syndicat n'oublie pas non plus les facteurs de piano, qui se déplacent à domicile pour accorder les instruments. La CSFI demande qu’ils soient au plus vite équipés du matériel de protection nécessaire – gants, masques, blouses jetables, gel hydroalcoolique – pour pouvoir reprendre leurs rendez-vous.

Prime de 1000 euros pour acheter un instrument

Autre inquiétude de la part des luthiers et des magasins : la baisse du pouvoir d’achat des musiciens, leurs premiers clients. Avec l’annulation des concerts, les revenus des musiciens professionnels auront fondu en 2020. Même constat chez les amateurs, qui auront d’autres postes de dépense prioritaires. Conséquence ? Les ventes d’instruments made in France seront pénalisées au bénéfice, sans doute, d’instruments importés de Chine, moins chers mais souvent moins fiables. 

Outre un soutien aux salons spécialisés, en France et à l’internationale - rendez-vous indispensables et véritables vitrines pour les fabricants, qui y font souvent une partie de leur chiffre d’affaire annuel - la CSFI demande la mise en place d’une prime de 1000 euros pour soutenir directement l’achat d’instruments de musique. 

Elle prend modèle sur l’Italie qui avait mis en place, il y a quelques années, la bien-nommée prime Stradivari, sous forme d’un crédit d’impôt ou de TVA pour le revendeur à hauteur de 1 000 euros. L’appel est aussi lancé du côté des collectivités, pour qu’elles investissent dans l’entretien et le renouvellement des parcs instrumentaux de leurs écoles de musique en faisant travailler les artisans de proximité.

Pass culture et rapprochement avec Pôle emploi

La CSFI souhaite également l’extension et la diffusion à échelle nationale du Pass Culture. Cette enveloppe de 500 euros permet aux jeunes de 18 ans d’acheter des places de concert, disques et livres, mais aussi, des partitions et des instruments de musique. Le Pass Culture n'est pour l'instant disponible que dans 14 départements. 

L’accent est également mis sur la reprise, encore incertaine, des ventes à l’export. Buffet-Crampon, Henri-Selmer, les hautbois Margaux, les harpes Camac, les becs et anches Vandoren… Ces entreprises françaises réalisent entre 70 et 90% de leur chiffre d’affaire à l’étranger, en Asie notamment. Ces productions haut de gamme vont devoir, dans les prochains mois, retrouver leur place sur les marchés internationaux. 

La CSFI attire l’attention donc du gouvernement sur la nécessité, pressante, de soutenir la reprise des exportations. Plus largement, la CSFI appelle à une prolongation des aides aux entreprises au-delà du temps du confinement et à la mise en place de modules professionnels, avec le concours de Pôle emploi, pour aider ces professionnels à gérer leur trésorerie, à réaliser les démarches nécessaires pour demander les aides, à repenser leur politique de tarification et à booster leur visibilité, notamment sur internet.