Coronavirus : les artistes lyriques lancent un "cri du coeur"

Dans une lettre ouverte, un collectif d’artistes lyriques lancent un « cri du cœur » pour alerter sur leur situation dans ce contexte de fermeture de toutes les salles d'opéra pour cause de l’épidémie de coronavirus.

Coronavirus : les artistes lyriques lancent un "cri du coeur"
La salle de l'Opéra Garnier à Paris, © AFP / Joël Saget

« Si nous prenons collectivement la parole aujourd’hui c’est que la crise sanitaire actuelle accentue dramatiquement un état de précarité́ et d’isolement dans lequel nous sommes déjà ». Voilà comment résumer en une phrase la raison de cette lettre ouverte du collectif des chanteurs lyriques de France. Un « cri du cœur » face aux fermetures de tous les opéras de France signé par les plus grands artistes : Roberto Alagna, Karine Deshayes, Philippe Jarrousky, Stéphane Degout, Julie Fuchs ou encore Sabine Devieilhe 

Cette lettre ouverte alors que des mesures ont été prises pour lutter contre la propagation du coronavirus et ont causé l’annulation de tous les contrats des chanteuses et chanteurs d’opéra. Des artistes qui sont embauchés au « cachet », sous la forme d’un CDD d’usage, ce qui leur permet de bénéficier régime d’indemnisation chômage de l’intermittence du spectacle. 

Le collectif des artistes lyriques pose des questions et veut des réponses. Vont-ils être payés pour les engagements qui étaient prévus mais annulés ? Dans une prise de parole vendredi 13 mars, le ministre de l’économie Bruno Le Maire déclarait : « aucun salarié ne perdra un centime ». Un engagement pris pour les entreprises qui ont recours au chômage partiel dans ce contexte particulier.

Mais cela concernera-t-il les artistes ? Dans cette lettre, le collectif tient à mettre en avant les "_plus jeunes d'entre nou_s" et à inclure l’intégralité des personnes qui travaillent dans le milieu de l’opéra : instrumentistes, chefs d’orchestre, techniciens, agents d’artistes, etc. Les signataires de la lettre lancent un appel au ministère de la Culture, à celui de l’économie ainsi qu’au Premier ministre et font savoir leur besoin d’avoir des « réponses claires face à la gravité d'une crise qui menace l’avenir d’un grand nombre d’artistes et accentue fortement la précarité́ dans laquelle se trouvent déjà certains d’entre eux ».

Contrairement à l’Allemagne, où la ministre de la Culture a d’ores et déjà annoncé un fonds d’aide d’urgence pour le secteur du spectacle vivant, le gouvernement français n’a pas encore précisé les mesures qui seront prises. 

La lettre du collectif dans son intégralité : 

FERMETURE DES SALLES DE SPECTACLES: LE CRI DU CŒUR DES CHANTEURS LYRIQUES!

Dans le contexte sanitaire difficile que connaît actuellement le pays, les artistes lyriques réunis en collectif souhaitent, dès aujourd’hui, attirer l’attention des pouvoirs publics sur la gravité des situations professionnelles et personnelles qu’entraîne la crise actuelle.

Nous avons bien conscience que l’urgence est aujourd'hui de s'occuper des personnes les plus fragiles face à ce fléau dont il faut impérativement stopper la propagation mais il est important de réfléchir à ses conséquences sociales.

La totalité des institutions du milieu de la musique classique, maisons d’opéras et salles de concerts, ont décidé d’annuler l’intégralité de leurs représentations.

Si nous prenons collectivement la parole aujourd’hui c’est que la crise sanitaire actuelle accentue dramatiquement un état de précarité́ et d’isolement dans lequel nous sommes déjà. De plus en plus de théâtres annoncent désormais leur fermeture complète et nous assistons à une accumulation inédite de ruptures unilatérales de contrats dans toute notre filière : notamment chez les solistes, les artistes du chœur, instrumentistes, chefs d'orchestres, metteurs en scène, danseurs, techniciens, figurants, chefs de chant, agents artistiques que nous aimerions tous associer à notre démarche. Notre métier est une passion mais cela ne doit pas nous faire oublier la réalité: la rupture sèche d’un ou de plusieurs contrats concernant les prochains mois signifie l’arrêt total de notre activité professionnelle ainsi qu’une perte immense d’opportunités artistiques, en particulier pour les plus jeunes d’entre nous.

Dans le droit du travail français, les artistes du spectacle vivant sont salariés en « CDD d’usage ». Ces contrats, négociés directement avec les entreprises organisatrices sont le fruit de longues années de travail et d’attente. Par ailleurs, ils ouvrent droit au régime d’indemnisation chômage dit de «l’intermittence du spectacle ». Ces contrats sont essentiels pour nous à plus d’un titre. Tout d’abord, ils constituent notre principale et souvent unique source de revenus. D'autre part, il s'agit d'un enjeu de carrière : un contrat peut avoir des conséquences décisives dans le développement d'une carrière artistique. Enfin, ils sont les pièces centrales du calcul de nos heures qui nous permettent de bénéficier du filet de sécurité́ indispensable que constitue l’intermittence.

La rupture de ces contrats est normalement encadrée par le droit du travail mais, la situation actuelle étant sans précédent, nous obtenons une pluralité́ de réponses de la part de nos employeurs. Un certain nombre d'entre eux font leur maximum pour ne pénaliser personne, au risque parfois de mettre en danger leur trésorerie, cependant certains chanteurs semblent devoir renoncer à l’intégralité de leur salaire.

Sommes-nous dans un cas de force majeure ? Si oui, l’épidémie du Covid-19 caractérise-t-elle un « sinistre relevant d’un cas de force majeure » au sens de l’article 1234-4 alinéa 2 du code du travail ? Le cas échéant, cette disposition d’ordre public prohibe une rupture unilatérale du CDD à l’initiative de l’employeur sans indemnité́ au profit du salarié, nonobstant toute clause contractuelle contraire.

- Sommes-nous, en tant que salariés (même en CDD d’usage) éligibles à la procédure de chômage partiel annoncée ? Si ce n’est pas le cas, est-il juste que nous soyons exclus de la promesse de l’État de ne laisser aucun salarié perdre son emploi ?   - Comment seront décomptées les heures perdues dans le calcul de notre statut ?   - Quelles compensations aux pertes d’opportunités sont envisageables ?

Nous avons besoin de réponses claires face à la gravité d'une crise qui menace l’avenir d’un grand nombre d’artistes et accentue fortement la précarité́ dans laquelle se trouvent déjà certains d’entre eux. Nous en appelons à notre Ministère de tutelle, ainsi qu’au Ministère de l’économie et à Monsieur le Premier Ministre. L’art et la culture sont essentiels à notre société et au rayonnement de notre pays dans le monde. Nous en sommes les fiers représentants en France et ailleurs. A ce titre nous méritons de ne pas être traités comme de simples variables d’ajustement soumis aux décisions arbitraires de certains employeurs.

Nous demandons qu’aucune décision relative aux annulations de contrats et au règlement des salaires ne soit prise tant que le cadre légal n’a pas été́ défini. Nous sommes prêts à consentir des efforts dans cette épreuve commune mais, en aucun cas, à en sacrifier notre avenir d'artistes.

Nous espérons tous rapidement retrouver la scène et notre public, notre plus grand soutien.   Une fois cette épreuve surmontée, il sera indispensable, dans le pays de l'exception culturelle, que s'ouvre un débat de fond sur la protection statutaire de nos métiers du spectacle.

Roberto Alagna   Kévin Amiel   Guillaume Andrieux   Frédéric Antoun   Gaëlle Arquez   Jean-Luc Ballestra   Stanislas de Barbeyrac   Clémence Barrabé-Hamon   Hasnaa Bennani  Cassandre Berthon   Christophe Berry   Julien Behr   Benjamin Bernheim   Thomas Bettinger   Yann Beuron   Jean-Vincent Blot   Antoine Bonelli   Jean-François Borras   Jean-Sebastien Bou   Jérôme Boutillier   Ambroisine Bré   Raphaël Brémard   Rodolphe Briand   Chloé Briot   Sylvie Brunet-Grupposo   Hélène Carpentier   Albane Carrère   Frédéric Caussy   Nicolas Cavallier   Adèle Charvet   Pierre Antoine Chaumien   Julie Cherrier-Hoffmann   Anaïs Constans   Marine Costa   Jennifer Courcier  Nicolas Courjal   Marianne Croux   Marianne Crebassa   Edwin Crossley-Mercer   Jeanne Crousaud   José van Dam   Thibault de Damas   France Dariz   Romain Dayez   François de Carpentries   Stéphane Degout   Camille Delaforge   Mireille Delunsch   Jean-Marie Delpas   Emmanuelle de Negri   Antoinette Dennefeld   Léa Desandre   Karine Deshayes   Charlotte Despaux   Sabine Devieilhe   Jodie Devos    Frederic Diquero   Olivia Doray   Pierre Doyen   Julien Dran   Isabelle Druet   Cyrille Dubois   Yoann Dubruque   Alexandre Duhamel   Christophe Dumaux  Catherine Dune   Sarah Dupont D'Isigny   Anne-Sophie Duprels   Philippe Ermelier   Philippe Estèphe   Mathilde Etienne   Aude Extrémo   Axelle Fanyo   Judith Fa   Loïc Felix   Jean-Paul Fouchécourt   Diane Fourès   Julie Fuchs   Jean-Pierre Furlan   Elena Gabouri   Khatouna Gadelia   Cécile Galois   Lorrie Garcia   Marie-Laure Garnier   Paul Gaugler  Christophe Gay   Paul Gay   Véronique Gens   Anne-Catherne Gillet   Emiliano Gonzales Toro   Olivier Grand   Sébastien Guèze   Mickael Guedj   Hélène Guilmette   Delphine Haidan   André Heijboer   Marie-Adeline Henry   Eric Huchet   Catherine Hunold   Enguerrand de Hys   Philippe Jarrousky   Nona Javakidzhe   Caroline Jesteadt   Marie Kalinine   Marie Karall   Anna Kasyan   Violaine Kiefer   Sophie Koch   Michaël Kon  Marc Labonnet   Florian Laconi   Marc Laho   Elsa Lambert   Doris Lamprecht   Jean-Christophe Lanièce   Marc Larcher   Tomislav Lavoie   Marion Lebègue   Matthieu Lécroart   Aimery Lefèvre   Aurélia Legay   Tomy Leichtweis   Jacques Lemaire  Valentine Lemercier   Vincent Le Texier   Luca Lombardo   Melody Louledjian  Marie Lenormand   Alix Le Saux   Jeanne-Marie Levy Lionel Lhote   François Lis   Philippe-Nicolas Martin   Clémentine Margaine   Héloïse Mas   Rémy Mathieu   Marc Mauillon   Elodie Méchain   Régis Mengus   _Jennifer Michel   Julien Mior   Emmanuelle Monie_r   Anaïk Morel   Julie Morgane   Marie-Eve Munge   Laurent Naouri   Carlos Natale   Juan Antonio Nogueira   Angélique Noldus  Stéphanie d’Oustrac   Eléonore Pancrazi   Julie Pasturaud   Patricia Petibon   Gabrielle Philiponnet   Anthéa Pichanik   François Piolino  Bernard Pisani   Christophe Poncet de Solages   Camille Poul   Marie Perbost   Michael Piccone  Sophie Poulain   Tatiana Probst    Yvan  Rebeyrol   Sabine Revault d'Allonnes   Richard Rittelmann   Julie Robard-Gendre   Lucie Roche   Amélie Robins   François Rougier   Pauline Sabatier   Jean-Gabriel Saint-Martin   Francesco Salvadori   Chantal Santon-Jeffery   Vannina Santoni  Cécile Scheen  Patricia Schnell  Anas Séguin   Jean Fernand Setti   Marie-Bénédicte Souquet   Philippe Talbot   Jean Teitgen   Nicolas Testé   Ludovic Tézier   Fabrice Todaro   Marie-Ange Todorovitch   Margaux Tauqué   Yann Toussaint   Christian Tréguier   Catherine Trottmann   Béatrice Uria Monzon   Serenad Burcu Uyar  Florie Valiquette   Anne-Sophie Vincent   Mathias Vidal   Karen Vourc'h  Malcolm Walker   Guilhelm Worms   Eva Zaïcik   David Zobel