Coronavirus : au Royaume-Uni, les musiciens indépendants sont inquiets pour leur avenir

Exclus des mesures de soutien annoncées par le gouvernement, les musiciens indépendants, comme de nombreux autres travailleurs "freelance" au Royaume-Uni, s'inquiètent des conséquences économiques de l’épidémie de coronavirus.

Coronavirus : au Royaume-Uni, les musiciens indépendants sont inquiets pour leur avenir
Les musiciens britanniques s'inquiètent face à l'annulation des concerts et des leçons, © Getty / Mike Kemp

A son tour, la Grande-Bretagne est confinée et ce, pour au moins trois semaines. Lundi 23 mars, le premier Ministre, Boris Johnson a annoncé que chacun devait rester impérativement chez soi, sauf nécessité.

Trois jours auparavant, vendredi 20 mars, le ministre britannique des Finances, Rishi Sunak, avait dévoilé des mesures pour protéger les salariés et les entreprises de l'impact économique du Covid-19, qui a fait, selon un dernier bilan publié lundi, 335 morts et contaminé 6 650 personnes au Royaume-Uni. 

Les employeurs, quels qu'ils soient, peuvent désormais demander la prise en charge de 80% des salaires, à hauteur de 2.500 livres (2.700 euros) par mois maximum, afin qu'ils gardent leurs salariés plutôt que de les licencier pendant la pandémie. Mais cela ne s'applique pas aux  travailleurs indépendants.

« On est extrêmement déçus, pour être honnêtes », témoigne Horace Trubridge, secrétaire général du syndicat des musiciens. « Je ne comprends pas pourquoi ils peuvent faire une proposition aussi généreuse pour les travailleurs salariés d'un côté, et de l'autre espérer que les travailleurs indépendants vivent avec le dixième de ça, c'est fou, ça n'a aucun sens », déclare-t-il à l’AFP.

Plusieurs députés se sont alarmés de l'absence de mesures en faveur des travailleurs indépendants et des auto-entrepreneurs. Pour l'ancien ministre conservateur Steve Barclay, il est « absolument nécessaire » de les faire bénéficier des mêmes aides. « Sans cela, l'ensemble de l'économie britannique subira une crise - presque une crise fatale en termes économiques », a-t-il déclaré à la BBC. La secrétaire générale du puissant syndicat TUC, Frances O'Grady, a assuré que son organisation « exercera beaucoup de pression » sur cette question. « Nous avons des membres appartenant au secteur de la construction comme à celui des industries créatives et cela sera vraiment une épreuve pour eux », a-t-elle dit à la BBC.

Concerts et leçons annulés 

Clare Hoskins, joueuse de hautbois, explique à l'AFP avoir essuyé plusieurs annulations de concerts ces derniers jours. « Et puis on a appris que l'Eglise anglicane n'organiserait plus de cérémonies publiques, ce qui signifie que j'ai aussi perdu mon travail en tant que choriste professionnelle », témoigne la musicienne. « C'est déjà difficile d'en vivre, alors si on ne peut pas donner des leçons ou des concerts, on va vite être à court d’argent », s’inquiète-t-elle.

Parmi les mesures de soutien annoncées par le gouvernement, les ménages en difficulté financière seront dispensés de rembourser leurs emprunts  immobiliers pendant trois mois. Un programme « qui va aider les gens qui ont un crédit, comme nous », explique Clare Hoskins. Mais pas ceux qui louent, souligne-t-elle. « C'est une grande source d'inquiétude, si vous avez perdu tous vos revenus, que vous ne savez pas quand ça va reprendre et que vous ne pouvez pas payer votre loyer », explique-t-elle.

En attendant de savoir quand elle pourra reprendre les concerts, la musicienne s'entraîne, répétant un morceau de Benjamin Britten. Ce qui lui « manque le plus », confie-t-elle, c'est de « ne pas être avec d'autres gens, de chanter dans la chorale ». L'avenir reste incertain mais « j'imagine qu'il y aura plein de musiciens au top niveau quand nous reviendrons car on aura tous eu plein de temps pour pratiquer! », s'amuse-t-elle.