Conservatoires : subventions supprimées, mort annoncée

Mercredi, plus d’une centaine de conservatoires de musique se sont mobilisés à l’échelle nationale, suite à l'appel des syndicats à la grève, pour dénoncer une situation devenue critique : entre la suppression de la subvention de l’Etat et la baisse de la dotation des collectivités territoriales, de nombreux établissements craignent une mise à mort programmée. Reportage à Lyon.

Conservatoires : subventions supprimées, mort annoncée
Conservatoires : la mobilisation contre la baisse des subventions, une

Avec plus d’une centaine d’établissements engagés mercredi dans différentes actions partout en France, la mobilisation des personnels des conservatoires a été à la hauteur de leurs inquiétudes. En effet, depuis 2012, l’Etat diminue son soutient à quelques 140 conservatoires à rayonnement régional ou départemental, et cette année, pour des raisons de rigueur budgétaire, la subvention de l’Etat, qui représentait en moyenne 6% du budget, a été tout simplement supprimée. Une mesure qui pour certains établissements signe un arrêt de mort, d’autant qu’avec la baisse des dotations de l’Etat aux collectivités, les autres financeurs -villes, départements, régions - ont eux aussi tendance à revoir les subventions à la baisse. Comme dans l’exemple du Conservatoire à rayonnement régional (CRR) de Lyon : 440 000 euros alloués par l’Etat en 2012, rien cette année, et la dotation de la région diminuée de 50 000 euros.

Parmi les manifestants habillés en noir et affichant les slogans dénnoncant la mort prochaine de leur établissement, Christophe Truand, professeur de harpe au CRR de Lyon. Pour lui, la suppression de la subvention de l'Etat est avant tout un signal très négatif :

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Conservatoires : la mobilisation contre la baisse des subventions, Truand

Suppressions de postes, fragilisation de la profession, mais aussi une mise en danger du projet pédagogique, les conséquences du désengagement des pouvoirs publics sont réelles et immédiates, comme l’explique Alain Jacquon, directeur du CRR de Lyon :

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Conservatoires : la mobilisation contre la baisse des subventions, directeur

Le réengagement de l'Etat en 2016 : une fausse bonne nouvelle ?

Mardi, la veille de cette mobilisation, la ministre de la culture Fleur Pellerin a fait savoir aux syndicats qu’elle souhaitait un réengagement d’Etat en 2016. Un premier pas vers la sortie de crise ? Pour Corinne Casez, professeur de violoncelle et de musique de chambre et déléguée du Snam Cgt, la question se pose quant aux conditions de ce réengagement :

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Conservatoires : la mobilisation contre la baisse des subventions, Corine

Or, la ministre de la culture Fleur Pellerin a souhaité que ce réengagement soit conditionné par un projet élaboré entre les collectivités locales et les présidents des conservatoires dans le but d’y démocratiser l’accès :« Faire évoluer les pratiques pédagogiques, mettre l'accent sur les pratiques collectives, ouvrir les conservatoires aux adultes ou faire rentrer dans les conservatoires le hip-hop ou des danses indiennes et asiatiques ...» Et pourtant, les conservatoires ne sont plus, et depuis longtemps, les pépinières réservées à l'élite, selon Nathalie Leverrier , directirce adjointe à Lyon et membre du syndicat des directeurs de conservatoires , le Spedic :

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Conservatoires : la mobilisation contre la baisse des subventions, adjointe

Le soutien alloué au conservatoire - un choix politique

Dans d’autres villes, la situation n’est pas la même. Certaines mairies, comme Grenoble ou Villeurbanne, ont décidé de compenser le retrait de l’Etat, d’autres ne compensent pas, mais maintiennent le niveau de leur engagement (comme Lyon), d’autres encore revoient leur contribution à la baisse. C’est l’exemple de Châteauroux, dont le maire a décidé de diminuer de 20% sur 3 ans le budget alloué au conservatoire.

Les conséquences sont radicales : 6 enseignants contractuels ne sont pas reconduits (chant choral, violon ... ) et le professeur d'orgue et de clavecin , qui part à la retraite, ne sera pas remplacé. Un démantèlement pur et simple à conséquences dramatiques, parce que le conservatoire est un poumon culturel de la région, comme l’explique Virginie Joffe, élève, parent d'élève et membre du Collectif pour la sauvegarde du conservatoire de Châteauroux :

« C'est une catastrophe. Les gens se privent pour acheter un instrument de musique parce que ça coute cher, et d’un coup, on vous dit-c’est fini, allez voir ailleurs… »

Des disciplines qui disparaissent et des tarifs qui explosent : une hausse de 190 % est annoncée pour ceux qui habitent en dehors de l'agglomération de Châteauroux l'an prochain, soit 600 euros par élève. Le maire les Républicains Gil Avérous assume : il y voit une façon d'interpeller l'Etat sur la baisse des dotations.

Chloé Cambreling et Suzana Kubik

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