Conservatoires : pourquoi les « nouveaux pactes » ne seraient pas une solution ?

En dépit du réengagement de l’Etat annoncé par la Ministre de la culture Fleur Pellerin, les enseignants de musique et de danse restent mobilisés. Les « nouveaux pactes » ne pourraient pas endiguer le démantèlement programmé du réseau des conservatoires en France. Eléments d’analyse avec François Frémeau, président de l’Association Nationale des enseignants des disciplines artistiques (ANEDA).

Conservatoires : pourquoi les « nouveaux pactes » ne seraient pas une solution ?
© Spaces Images/Blend Images/Corbis

Alors que la Ministre de la Culture Fleur Pellerin a annoncé un réengagement de l’Etat dans la subvention des conservatoires de musique et de danse, les professionnels de l’enseignement lancent l’alerte : dans une lettre adressée à la Ministre de la culture le 23 juin dernier, ils dénoncent « les conséquences désastreuses » de la suppression de la subvention de l’Etat : selon la récente enquête de l’ANEDA, qui évolue au jour le jour, « plus de 300 heures d’enseignement de musique, de danse ou d’art dramatique ont été supprimées » et « des dizaines de professeurs se retrouvent au chômage ».

« Les répercussions sont multiples, et affectent à la fois les enseignants et les élèves », nous a expliqué dans une interview téléphonique François Frémeau, président de l’Association Nationale des Enseignants de Disciplines Artistiques (ANEDA).

« Premier cas de figure, les enseignants embauchés en CDD non titulaires, en attente de passer le concours (qui a lieu tous les trois ans). Pour des raisons de restrictions budgétaires, ils seront les premiers à être remerciés, alors qu’ils représentent en moyenne 1/3 des effectifs des conservatoires. Ensuite, les départs à la retraite qui ne sont pas remplacés et qui entrainent la suppression pure et simple de la discipline enseignée, et qui laissent les élèves à la porte. Tant pis s’ils se sont investis pendant plusieurs années, aucune solution ne leur est proposée. Même si la subvention de l’Etat ne représente ‘que’ 7% à 10% du budget, il s’agit des montants pouvant aller jusqu’à 500 000 euros en moins, soit le salaire d’un bon nombre de professeurs », précise François Frémeau.

Autre conséquence qui va à l’encontre de la volonté affichée par la Ministre de rendre les conservatoires ‘moins élitistes et plus accessibles’ : pour palier le trou budgétaire, certains conservatoires seront obligés d’augmenter leur tarif d’inscription, parfois jusqu’à 600%. « Autant dire qu’avec cette mesure, l’enseignement musical restera le privilège des plus aisés ».

D’autant plus que les conservatoires les plus menacés, sont ceux situés en région, et notamment en zones rurales. « C’est ce précieux maillage sur tout le territoire qui est remis en question, et les exemples criants de ces derniers mois le confirment : le conservatoire de Châteauroux annonce la suppression de six disciplines sur quatorze, 80 heures de moins pour Caen (basson, musique de chambre, danse classique, violoncelle, composition, formation musicale), 40 heures en moins pour Montpellier (piano, déchiffrage), ou encore Toulouse, qui fermerait à la rentrée ses classes de harpe, luth et cordes pincées, serpent, musette et flûte traversière. »

« Une action progressive étalée sur trois ans n’est pas adaptée »

Pourtant, la Ministre s’est prononcée en faveur d’un réengagement de l’Etat auprès des conservatoires. Les « nouveaux pactes » signés avec les municipalités visent à ‘maintenir les subventions contre un projet plus au diapason avec les besoins et les souhaits de la population, un projet élaboré entre les collectivités locales et les présidents des conservatoires dans le but d’y démocratiser l’accès’.

« Une action progressive étalée sur trois ans, n’est pas adaptée et risque de laisser des conservatoires à l’abandon et des professeurs au chômage pour une très longue durée, » explique François Frémeau. « Dans un premier temps, un tiers du budget serait versé, mais il ne suffirait pas pour endiguer la grande précarité dans laquelle est plongé l’ensemble du corps enseignant. Et en plus, pour l’instant aucun chiffre ne nous a été communiqué. »

Ce qui fait le plus mal, renchérit François Frémeux, c’est que la Ministre souhaite ‘faire évoluer les pratiques pédagogiques’, alors que les conservatoires se sont modernisés il y a des années déjà. « Limoges, Poitiers, Nantes, Valenciennes, Evry, Toulouse, pour n’en citer que quelques-uns, font un travail exemplaire en matière de la diversité de genres enseignés ou des approches pédagogiques les plus novatrices. Au jour d’aujourd’hui l’on ne trouve plus de conservatoire en France qui ne propose pas des pratiques collectives ou des cycles pour adultes…Depuis 2008 nous avons tous adopté le schéma national d’orientation pédagogique en musique, qui stipule entre autres de mettre l'accent sur les pratiques collectives et l’accompagnement, favoriser les démarches d’invention, renforcer les liens avec les établissements scolaires ou renforcer les liens avec les pratiques en amateur’. Par conséquent, nous avons devancé les mesures préconisées par notre Ministère. Par cette lettre, nous souhaiterions que la Ministre en prenne conscience en venant nous rendre visite sur le terrain. »

A bon entendeur, salut !

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