Congrès de l’alto : trois jours pour célébrer un instrument longtemps sous-estimé

Avec son congrès qui se tient tous les deux ans, l’association franco-européenne de l’alto veut réunir le public et les professionnels autour d’un instrument qui occupe aujourd’hui une place centrale dans le monde de la musique.

Congrès de l’alto : trois jours pour célébrer un instrument longtemps sous-estimé
Dans un atelier de lutherie de violons et altos... , © Getty / James MacDonald

Longtemps considéré comme le mal-aimé de l’orchestre, l’alto retrouve aujourd’hui ses lettres de noblesse. Les blagues sur les altistes ne sont plus qu’une vieille tradition et la réputation des classes d’alto remplies de mauvais violonistes, un mythe. La nouvelle génération choisit cet instrument pour son timbre particulier, son rôle essentiel dans l'orchestre, le quatuor à cordes, ou même en tant que soliste, et les compositeurs et compositrices nourrissent le maigre répertoire qui lui était jusqu’alors attribué. 

Et pour s’en convaincre, l’association franco-européenne de l’alto organise tous les deux ans un congrès qui célèbre cet instrument à travers des concerts, master class et tout un programme construit autour de la lutherie. « Le prix des altos a longtemps été très élevé avant de passer par la lutherie moderne, constate Jacques Borsarello, atliste et l’un des organisateurs de l’événement. Ce passage a été un vrai appel d'air, notamment grâce aux concours de lutherie qui ont fait entrer l’alto dans une nouvelle ère ».

Être altiste : un état d’esprit ? 

Le congrès va donc perpétuer cette tradition et proposer un défis : créer un petit alto en trois jours seulement, avec quatre luthiers venus d’Angleterre. « L’instrument sera ensuite offert au CRR [conservatoire à rayonnement régional de Paris] de Paris qui nous accueille à titre gracieux », complète Jacques Borsarello

Toute l’organisation du congrès est bénévole, et « personne ne réclame rien », indique l’organisateur. Un état d’esprit qu’il explique par la personnalité des altistes : « On s’aperçoit qu’à la base de beaucoup d’actions musicales, les altistes sont là. Pourquoi ? Parce qu’ils sont une minorité ! Et comme toute minorité, les gens ont un peu soufferts donc ils se battent et se serrent les coudes », conclut Jacques Borsarello.

Pour être altiste, il faut accepter de se dire qu’on va être dans l’ombre, qu’on ne va pas jouer la partie qui sera écoutée, et qu’on vous demandera toujours si c’est un violon.

Les altistes ont-ils une personnalité à part ? Pour Mathieu Rolland, co-soliste à l’Orchestre Colonne, il n’y a pas de doute : « Pour être altiste, il faut accepter de se dire qu’on va être dans l’ombre, qu’on ne va pas jouer la partie qui sera écoutée, et qu’on vous demandera toujours si c’est un violon… Et pour jouer ce rôle-là, il faut avoir une personnalité qui accepte ces conditions ». C’est aussi ce qui a convaincu Mathieu Rolland de passer du violon à l’alto, au-delà de l’aspect pratique de pouvoir jouer de cet instrument : il manque souvent des altistes, tandis que les violonistes se disputent plus facilement les rares places dans les orchestres et ensembles… 

L'amour du son 

Pour Julia Macarez, jeune étudiante au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, le choix a tout de suite été porté sur l’alto. A 8 ans, elle voit dans le fosse d’orchestre les mouvements d’un altiste et tombe sous le charme de cet instrument. « C’est parti d’un coup de foudre visuel qui s’est concrétisé par un amour de l’alto », témoigne la jeune musicienne. Elle apprécie le timbre, « feutré, suave et en même temps avec beaucoup de caractère », et ce rôle particulier de parfois devoir expliquer son instrument : « Quand on explique sa singularité, les gens perçoivent tout de suite l’intérêt, le son, les couleurs particulières de l’alto ».

Même son de cloche du côté de Mathieu Rolland, qui a un peu plus d’expérience mais ressent chez ses interlocuteurs moins initiés au monde de l’orchestre, cet intérêt pour le son : « Il y a quelque chose de très spécifique par rapport au violoncelle ou au violon, très chargés en harmonies aiguës, avec des sons très présents. L'alto est beaucoup plus large, beaucoup plus chaleureux, beaucoup plus enveloppant, moins dur peut-être aussi. Et j'ai l'impression que les gens sont touchés par cette sonorité et qu'ils retiennent plus ça que le fait que l'alto soit moins virtuose. »