Concours de jeunes chefs d'orchestre de Besançon : rencontre avec les trois Français de la compétition

Le concours international de jeunes chefs d’orchestre de Besançon regroupe chaque année 20 candidats du monde entier pour une semaine de compétition. Cette année, trois Français participaient au concours, nous les avons rencontrés.

Concours de jeunes chefs d'orchestre de Besançon : rencontre avec les trois Français de la compétition
orchestre Besançon

Le jury du concours international de jeunes chefs d’orchestre de Besançon est présidé cette année par Dennis Russell Davies. A l’issue de la semaine de compétition, les jurés désigneront un vainqueur parmi les 20 candidats de toutes les nationalités. Du côté de la France, trois jeunes chefs d’orchestre ont participé, dont un en lice pour les ½ finales.

A la fin de la première journée d’épreuve (qui consiste à faire répéter l’orchestre pendant un quart d’heure), Victor Tribot Laspière a rencontré les trois Français de la compétition.

Trois questions à Marc Hajjar (arrivé jusqu'aux ½ finales)

Marc Hajjar
Marc Hajjar

France Musique : Comment se prépare-t-on pour cette première journée, est-ce comme une répétition normale ?

Marc Hajjar : C’est court, en 15 minutes, il faut établir une stratégie de temps. L’idée est d’intéresser les musiciens et le jury sur quelque chose en particulier, quelque chose que l’on a envie de faire ressortir. Ensuite il faut être à l’écoute de ce qu’ils font, les faire jouer tout en les mettant à l’aise. C’est une répétition un peu particulière, et surtout très condensée.

Qu’est ce que vous venez chercher dans ce concours ?

Je pense que tout le monde cherche à gagner ! C’est un tremplin formidable si l’on gagne. Il y a beaucoup de chemins possibles pour arriver à diriger de grands orchestres, et les concours en font partie. Et celui de Besançon est censé être plus égalitaire puisqu’il n’y a pas de dossier, ni de vidéo au préalable. On vient, on dirige, et si ça passe tant mieux, sinon tant pis ! Je rajouterais aussi que ce concours permet de rencontrer d’autres chefs talentueux.

Une question banale mais importante : qu’est ce qu’un chef d’orchestre ?

Une chef d’orchestre a sa vision de l’œuvre et va la communiquer aux musiciens. Ensuite l’orchestre, grâce au chef, doit être capable de redonner cette vision au chef et au public. L’important c’est de pouvoir communiquer cette vision, ce qu’on a envie de faire entendre, et puis que le public apprécie… Etre chef d’orchestre c’est d’arriver à créer toute cette communion.

Trois questions à Alexandre Jung (sorti au premier tour)

Alexandre Jung
Alexandre Jung

France Musique : Comment fait-on dans ce concours pour, en 15 minutes, arriver devant l’orchestre et devenir le chef ?

Alexandre Jung : Déjà il faut connaître un minimum la partition. Avoir des idées très claires, très précises et être réactif. Ensuite il faut profiter du moment, écouter et proposer des solutions quand parfois l’orchestre ne sonne pas comme on le voudrait. Enfin il faut savoir transmettre ce que l’on souhaite avec la baguette, et aussi avec les mots quand cela est nécessaire.

Comment arriver à trouver une certaine autorité avec des musiciens qui ne vous connaissent pas ?

Le métier de chef et la notion d’autorité sont souvent liés, mais je préfère la version anglo-saxonne de « conductor » : celui qui conduit l’orchestre. Je me sens comme quelqu’un au service de la musique, du compositeur, et qui va accompagner l’orchestre. Finalement, l’orchestre c’est ma voiture que je conduis, musicalement parlant. Je pense que si l’on donne des choses claires, que l’on est respectueux et que les musiciens prennent du plaisir, les choses s’installent naturellement.

Si l’orchestre se fait un avis dès le premier regard, comment vous préparez-vous à ce premier contact ?

Je répète l’entrée et fait un travail de visualisation : dès le premier jour lorsque j’étais dans la salle où le concert avait lieu, j’ai pris des photos que j’ai placardé sur mes murs pour m’entraîner à visualiser. A force de se voir dans cette salle fictive, cette situation, quand je suis arrivé ici pour le concours, physiquement c’était la première fois, mais spirituellement ce n’était pas la première fois. Et puis très vite, nous sommes portés par une sensation de trac. Un poisson est heureux dans l’eau, un chef est heureux devant son orchestre.

3 questions à Victorien Vanoosten (arrivé jusqu'en ¼ de finales)

victorien
victorien

France Musique : Quelle est votre expérience avec l’orchestre et avec les concours ?

Victorien Vanoosten
: J’ai étudié la direction à Paris et à Helsinki. Un jour à l’école finlandaise quelqu’un m’a dit : « Quand tu t’arrêtes tu as le droit à 10 mots et tu as 10 secondes. » Depuis, quand je dirige, je tente davantage de m’exprimer par le regard, le geste et l’expression corporelle. Si je dois parler, c’est pour dire quelque chose d’inexprimable.

Vous avez l’habitude de diriger des opéras, est-ce parce que vous êtes plus à l’aise avec ce genre musical que la musique symphonique ?

J’ai toujours aimé l’opéra. Quand j’étais jeune, je suis allé voir 80 spectacles en 2 ans ! Diriger un opéra ou une symphonie sont deux exercices très différents. Par exemple, à l’opéra il est plus facile d’aller vite, de laisser les détails de côté, mais il faut être plus efficace, plus réactif, et il faut parfois arriver à gérer des plateaux de 200 personnes. L’opéra c’est le théâtre : il peut toujours se passer quelque chose. Et en symphonique on va plus loin dans certains détails comme l’équilibre. Il y a une vraie vision musicale du chef.

Dans un concours, une compétition, est-ce qu’il reste de la musique ?

C’est en tout cas ce que je me suis attaché à faire. Garder la musique au cœur de la direction, c’est ma pensée directrice. J’ai toujours essayé de mener mon orchestre sous l’aspect de la musique, essayé d’avoir une vision des phrasés et de l’œuvre. Finalement c’est aussi ce qu’on attend de nous : avoir une vision et aller quelque part au-delà de la technique.

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