Concert classique : abstenez-vous d’emmener vos enfants

Mis à jour le mardi 21 juin 2016 à 14h45

Les enfants ont - ils le droit d'assister à un concert classique qui ne leur est pas spécifiquement destiné, ou leur place est aux concerts jeune public ? Le débat est lancé.

Concert classique : abstenez-vous d’emmener vos enfants
Children Cultural Festival in Harpa Concert Hall and Conference Center, Reykjavik, Iceland © Arctic-Images/Corbis

Entre « Bien fait pour ceux qui insistent à venir au concert avec les enfants mal éduqués... » et « C'est ça, restez entre vous dans votre tour d'ivoire réservée aux happy few, d’où la vie est bannie », un nouveau débat autour du concert classique enflamme la toile anglophone ces derniers jours. Les enfants ont-ils le droit d'assister aux concerts classiques qui ne leur sont pas spécifiquement destinés, c'est la question qui fâche.

A l’origine, deux incidents survenus récemment et à quelques semaines d’intervalle, relatés par le journaliste et bloggueur américain Norman Lebrecht.

Ton enfant ne dormira pas

Premier incident : fin octobre à Miami, lors d’un concert du _New World Symphony, le chef d’orchestre Michael Tilson Thomas interrompt le Deuxième Concerto pour piano de Brahms, irrité par une fillette de neuf ans qui dormait sur les genoux de sa mère installée à proximité de la scène. D'après les témoignages de ses voisins, l’enfant ne faisait aucun bruit. En prétextant que les câlins que faisait la mère à son enfant endormi l’empêchent de se concentrer, Tilson Thomas demande à la mère de changer de place. Après un long moment où la salle entière attend que la femme et l'enfant s'éloignent vers le fond, le concert reprend et la femme finit par quitter la salle.

« Quel con prétentieux. »

What a pompous ass
What a pompous ass

«N'accusez pas le messager, éduquez l'audience !»

MTT citation 1
MTT citation 1

Réputé caractériel, Tilson Thomas a décidé d'argumenter sa réaction dans South Florida Classical Review : « La fillette me semblait agitée et je ne pouvais pas prévoir comment elle allait se comporter pendant l’Adagio. Notre violoncelliste Rosanna Butterfield a travaillé son solo si dur toute la semaine. Je ne voulais tout simplement pas lui gâcher sa performance. »

Ton enfant ne toussera pas

Deuxième incident : le 2 décembre, au Royal Festival Hall de Londres, lors du récital de la violoniste Kyung Wha Chung, sa première apparition sur scène après 12 ans d’absence. Soirée chargée de tension pour l’artiste qui, jadis, fréquentait Itzhak Perlman et Pinchas Zukerman. Exaspérée par les toux du public entre les mouvements de la Sonate en sol majeur K379 de Mozart, la violoniste a interpellé les parents d’un enfant qui assistait à son récital, et qui a, apparemment, eu la malheureuse idée de tousser, lui aussi, en leur suggérant de revenir avec leur progéniture dans quelques années. Ce qui n’a pas manqué de jeter un froid dans la salle et de créer une tension supplémentaire qui a perduré jusqu'à la fin du concert. La réaction de l'artiste a provoqué un tollé à l'échelle internationale. Dans un article intitulé « J’ai toujours été ravie d’accueillir les enfants à mes concerts », Kyung Wha Chung s'est dit étonnée par la violence de certaines réactions et a tenté de s'expliquer :
« La salle de concerts et le théâtre sont aujourd’hui probablement les derniers havres de la paix, lieux où l’audience reste assise en se laissant porter par la musique, où elle peut méditer en silence et sans interruption. Ces situations sont de plus en plus rares dans le monde moderne. (…) » Kyung Wha Chung est convaincue qu'il est impératif « d’encourager l’éducation des jeunes aujourd’hui, afin de leur permettre d’apprendre la vraie écoute. » Et de continuer :
« J’ai toujours accueilli avec joie les enfants à mes concerts, parce que je pense que c’est vital pour leur éducation musicale de ressentir la joie d'assister à un concert. » Mais attention, uniquement dans le cadre adapté, à savoir dans les concerts jeune public, où les enfants peuvent « bouger, chuchoter et réagir spontanément. »

« Elle a raison ! »

Enfants bannis
Enfants bannis

A-t-elle raison ?

Norman Lebrecht est catégorique :
« L’interprète ne devrait pas réagir aux perturbations venues du public, accidentelles ou pas. Il doit rester « dans sa zone », dans un espace séparé, et maintenir l’illusion que son inspiration n’est pas atteignable par le monde extérieur. Intervenir de la scène peut anéantir un concert potentiellement historique. »

En réaction à l'argument de Mme Chung, un internaute propose de continuer à autoriser les concerts classiques aux enfants, mais en prenant la responsabilité en tant que parent de leur faire comprendre qu'il faut qu'il soient irréprochables. Pas un bruit avant les applaudissements...

Capture 3
Capture 3

Certains parmi vous se souviendront de la première fois où ils ont emmené leur enfant à un vrai concert. Des grands yeux qui regardaient la salle, le public, les instruments, le chef sur la scène et la dame qui chante. Et du vrai programme sur les genoux, même s'il ne savait pas encore lire. Et de ce moment si particulier entre l'angoisse et l'excitation avant que le son, impressionnant, ne balaye la salle. Le concert jeune public, c'est bien, mais le vrai concert, c'est mieux !

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