Comment réinventer les avant-concerts ?

Mis à jour le jeudi 23 juillet 2015 à 18h16

Pendant toute la durée du festival de Radio France et Montpellier Languedoc-Roussillon, 9 étudiants du CNSMD de Lyon s'occupent de présenter les avant-concerts. Conférences, rencontres et débats avec des artistes ou des spécialistes pour tenter d'inventer la médiation culturelle de demain.

Comment réinventer les avant-concerts ?
micol étudiants cnsmd lyon

Pour la deuxième année consécutive, le festival de Radio France et Montpellier Languedoc-Roussillon propose un dépoussiérage de la figure imposée de l'avant-concert. Grâce à un partenariat avec le *Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Lyon * (CNSMD), les conférences et rencontres sont présentées par des étudiants en cursus Culture musicale.

L'usage veut que ce soient des spécialistes ayant une longue expérience derrière eux qui s'occupent de ces éclairages sur une oeuvre ou un compositeur. A Montpellier, c'est un regard neuf et jeune qu'on cherche à proposer. Neuf étudiants de moins de trente ans sont en charge des Rencontres de Berlioz , une série de conférences, de rencontres avec des spécialistes pour aborder un thème autour du concert proposé le soir même.

salle de travail montpellier
salle de travail montpellier

Une expérience pour ces étudiants de niveau licence ou master 2 qui se frottent à la réalité d'un festival, comme lors d'un stage en entreprise. Depuis le mois de janvier dernier, les neufs conférenciers en devenir préparent ces rencontres sous la houlette d'une équipe d'enseignants du CNSM. Parmi eux, Charlotte Ginot-Slacik qui est à l'origine de ce partenariat avec le festival montpelliérain.

"L'idée était de permettre aux étudiants de découvrir la réalité des métiers de la culture musicale. Le cadre de ce festival est idéal en raison de la programmation variée. Les étudiants ont écrit les notes de programmes et s'occupent des rencontres qui peuvent prendre différentes formes " explique la professeur d'histoire de la musique au CNSM de Lyon.

Un conférence sur Mahler et septième art, une rencontre en forme d'interview avec René Koering, compositeur et créateur du festival de Montpellier ou la projection d'un film sur Offenbach... les jeunes conférenciers touchent à plusieurs formes, appuient leur propos par la diffusion de vidéos, de sons, d'exemples musicaux joués directement sur scène, etc.

"Ils n'ont pas encore d'habitudes dans le métier, ils peuvent être donc être force de proposition et proposer de nouvelles façons de faire " remarque Charlotte Ginot-Slacik.

laplace cnsmd lyon
laplace cnsmd lyon

L'expérience leur permet de découvrir les différents aspects du fonctionnement d'un festival : accueil des artistes, logistique, budget, etc. Un avant-goût du métier qu'ils seront amener à exercer une fois leur diplôme en poche.

"Le but est de leur faire comprendre qu'il existe une multitude de métiers liés à leurs études. Il y a bien sûr l'enseignement et la recherche, les deux grandes voies historiques de la musicologie, mais il y aussi le journalisme, la programmation, la production, l'écriture de notes de programmes, etc. Ici, ils sont plongés dans le grand bain et peuvent tout observer " note Charlotte Ginot-Slacik.

Problème de légitimité

La seule difficulté reconnaît François Micol, étudiant en master 2 Culture musicale au CNSMD de Lyon, c'est la sensation de ne pas être "légitime ". Le public qui assiste généralement à ces avant-concerts sont pour la plupart des amateurs éclairés, voire pour certains des spécialistes, qui parfois en savent plus que les conférenciers eux-mêmes.

"Nous avons conscience que nous n'avons pas l'érudition d'un chercheur qui a consacré 30 ans de sa carrière sur un sujet précis. Nous devons donc trouver des angles originaux pour parler d'un sujet et pour intéresser le public " admet le jeune homme de 30 ans.

C'est ainsi que les étudiants choisissent, pour parler de la 5e symphonie de Mahler donnée le soir-même, d'aborder la carrière de chef d'orchestre du compositeur autrichien ainsi que l'utilisation de sa musique au cinéma.

"Nous devons devenir des youtubers"

Les étudiants deviendront enseignants, médiateurs culturel ou journalistes spécialisés. Tous sont animés par cette envie de transmettre une passion, d’aller toucher un nouveau public pour que la musique classique ne s’éteigne pas lentement. Ils auront à inventer la médiation culturelle du futur pour s’adresser aux nouvelles générations.

micol portrait
micol portrait

François Micol a déjà sa petite idée : "nous devons devenir des youtubers !" A l'image de ces personnes qui postent des vidéos sur Youtube dans des formats très courts, très rythmés et qui parlent de divers domaines : le cinéma, la musique pop, etc.

"Pourquoi ne pas nous mettre en scène nous-mêmes dans des vidéos humoristiques mais très travaillées sur le fond. Certains le font pour d'autres styles de musique, pourquoi pas pour le classique ?"

De son côté, Claire Laplace, étudiante de 24 ans qui s'apprête à débuter son master, estime qu'internet est évidemment un formidable moyen de toucher le plus de monde possible mais que "l'interaction entre un conférencier et le public dans une salle de concert " reste le meilleur moyen de faire passer des messages.

Les Rencontres de Berlioz, une série de conférences, rencontres et débats pendant toute la durée du festival de Radio France et Montpellier Languedoc-Roussillon du 9 au 25 juillet 2015.

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