Chick Corea, légende du jazz fusion et pianiste de génie, nous a quittés

L'artiste prodige est mort d'une forme rare de cancer, à 79 ans. Il laisse derrière lui une œuvre novatrice, pleine de vitalité, qui influence le jazz encore aujourd'hui.

Chick Corea, légende du jazz fusion et pianiste de génie, nous a quittés
Chick Corea n'a jamais cessé de jouer de la musique tout au long de sa vie., © AFP / Beata Zawrzel / NurPhoto

Il était, avec Herbie Hancock et Keith Jarrett, l'un des pianistes les plus influents du XXe  siècle. Chick Corea est mort à 79 ans ce jeudi 11 février, emporté par une forme rare de cancer. Légende américaine du jazz, du piano-jazz, partenaire un temps de Miles Davis.... Du jazz rock au solo, en passant par la fusion électrique, Chick Corea faisait partie de la cour des grands.

Armando Corea, de son vrai nom, est né en 1941 dans le Massachussetts, aux États-Unis. À 4 ans, le petit garçon s’assied sur un tabouret de piano, à l'initiative de son père trompettiste, et n’en décollera plus jamais. Des cursus à la Julliard School, conservatoire new-yorkais réputé mondialement, et à l'université Columbia. Chick Corea débute en parallèle sa carrière en jouant avec Blue Mitchell, Cab Calloway, mais aussi des musiciens de latin-jazz comme Herbie Mann, Willie Bobo ou Mongo Santamaria.

Rencontre avec le grand Miles

Puis, un soir de 1968, une rencontre. Chick Corea se rend au club de jazz Birdland où il voit le trompettiste Miles Davis et le saxophoniste John Coltrane interpréter Les feuilles mortes. C'est un choc. "Après ça, (...) pourquoi voudrais-je étudier l'histoire de la civilisation occidentale?", dira-t-il, dans un sourire, dans le podcast Prestige 70, en 2019. Chick Corea participera à l’enregistrement de trois albums de Miles Davis. L'album Bitches Brew, notamment, disque de rupture, révolutionnaire, libéré des canons stricts du jazz. Ou encore le bijou In a silent way :

En 1972, le pianiste frêle, aux cheveux frisés, fonde son propre groupe, Return to Forever :  un jazz fusion mâtiné de classique, de musiques brésiliennes, puis de jazz-rock. La formation connaît un vrai succès public jusqu'à la fin des années 70. En 1992, l'artiste crée son propre label , Stretch Records, puis à la fin des années 90 travaille avec le sextette Origin, des musiciens de la nouvelle scène new-yorkaise. Vient ensuite une myriade d'albums au piano solo, dans les années 2000.

"Toute sa carrière était traversée par la vitalité"

Bref : la musique ne s'arrêtait jamais, avec Chick Corea. Une envie insatiable de jouer, de créer, se renouveler, confiait ce vendredi sur France Musique le producteur et critique musical Alex Dutilh, interrogé par Jean-Baptiste Urbain : "Toute sa carrière était traversée par la vitalité. La dernière fois où il est apparu sur scène en France c'était un jeune homme qui s'exprimait. Il y a eu un souci de renouvellement dans toute sa carrière. Chick Corea apportait la joie, une façon de faire de la musique avec un énorme sourire et un énorme rire, parfois."

"Je veux remercier tous ceux qui, tout au long du voyage, ont aidé à faire briller les feux de la musique", a indiqué Chick Corea dans un message rédigé avant sa mort, selon le communiqué préparé par son équipe. "J'ai l'espoir que ceux qui ressentent l'envie de jouer, d'écrire, de se produire en spectacle, puissent le faire. Si ce n'est pour eux-mêmes, alors pour nous autres. Pas seulement parce que le monde a besoin de plus d'artistes, mais parce que c'est plus amusant", a-t-il ajouté.

Plusieurs musiciens ont tenu à rendre hommage à Chick Corea. Quincy Jones, notamment, qui confie avoir le cœur "brisé" : "Repose en paix, mon cher frère d'armes", "l'un des plus grands pianistes de jazz et êtres humains qui ait marché sur cette planète."

Le vocaliste Bobby McFerrin a aussi multiplié les hommages, en saluant "une merveille musicale", "un vrai camarade de jeu", qui l'emmenait "jusque dans des contrées où il ne serait jamais allé par lui-même".

Chick Corea emporte avec lui des récompenses comme s’il en pleuvait : nommé 51 fois aux Grammy Awards, 18 fois récompensé. Le jazz pleure aujourd'hui son enfant prodige, qui nous quitte brusquement mais qui laisse derrière lui une vie remplie de musique, de rythme effrénés et de compositions de génie.