Charlie Chaplin, le roi du cinéma muet a beaucoup à dire sur la musique

Si tout le monde connaît Chaplin réalisateur et acteur, on connaît moins Chaplin compositeur et musicien. C'est ce qu'entend réparer la Philharmonie de Paris en présentant "Chaplin, l'homme-orchestre", une exposition consacrée au rapport fort que le Maître du cinéma muet entretenait avec la musique.

Charlie Chaplin, le roi du cinéma muet a beaucoup à dire sur la musique
Charlie Chaplin dans Le Vagabond (1915), © Getty / Time Life Picture

La Philharmonie de Paris, temple parisien dédié à la musique, n'est pas forcément le premier lieu auquel on penserait pour accueillir une exposition sur Charlie Chaplin. Pourtant, le Maître du cinéma muet a beaucoup à dire sur la musique. L'exposition Chaplin l'homme-orchestre, qui débute ce vendredi 11 octobre, révèle ainsi l'importante influence de la musique dans l'oeuvre du cinéaste. 

A commencer par ce corps dansant, rythmé, presque sonore, que Chaplin a su incarner dès ses premiers films dans les années 1910. Si le cinéma sonore n'existait pas encore à cette époque, on a presque l'impression d'entendre Chaplin quand il se meut, quand il marche et sautille avec sa gestuelle si particulière. 

Mais si le cinéma n'était pas parlant, les séances, elles, étaient tout sauf silencieuses. Les salles de cinéma projetaient les films accompagnés par un pianiste ou un ensemble de musiciens, parfois même des bruiteurs. Dès ces débuts cinématographiques, Charlie Chaplin tentait de guider les musiciens en donnant des indications. Parce qu'en plus d'écrire, réaliser et jouer dans ses films, il en écrivait aussi la musique. 

« Quand on creuse un peu, on se rend rapidement compte que la musique est présente dans la vie de Chaplin dès sa naissance. Ses deux parents sont chanteurs de music-hall et lui-même apprend à jouer du violon, du violoncelle et du piano. Il est musicien dans l'âme peut-être même avant d'être artiste de cinéma. Sa carrière sur les planches commence en tant que danseur de claquettes, donc le rythme et la musique sont très importantes dans la constitution de son identité d'artiste, avant le cinéma » explique Mathilde Thibault-Starzyk, commissaire associée de l'exposition. 

C'était le rêve du jeune Chaplin, devenir musicien professionnel. Il travaille son violon en autodidacte jusqu'à six heures par jour, mais finit par se faire une raison : il n'aura jamais le talent pour devenir un virtuose. C'est cette déception qui le pousse à se tourner vers le music-hall, puis le cinéma. 

Le cinéma sonore s'impose en 1927 et à partir de 1931, Chaplin compose lui-même les musiques de ses films. Dans l'exposition, plusieurs modules interactifs proposent de comprendre comment il s'y prenait. Une fois le tournage terminé, il s'installait pendant plusieurs semaines dans une salle de projection et improvisait sur un piano en fonction de l'image. Un arrangeur était ensuite chargé de mettre en forme le tout. Chaplin allait jusqu'à intervenir pendant la séance d'enregistrement en studio. Puis tout était millimétré pour que le rapport image-son soit le plus pertinent possible. 

Une autre pièce de l'exposition permet, grâce à la projection d'extraits de films, de prendre conscience des nombreuses citations musicales que Chaplin aimait emprunter à ses compositeurs classiques préférés. Le vol du bourdon de Rimski-Korsakov dans La Ruée ver l'or, le Prélude de Lohengrin de Wagner dans Le Dictateur ou encore la Symphonie n°6 de Tchaïkovski dans Le Kid. Des mélodies très connues que Chaplin aimait utiliser à contre-emploi.

« Il voulait éviter la lourdeur d'une pantomime un peu trop potache. C'est à cette époque que se développe le langage de l'entartage ou de la course-poursuite d'un bout à l'autre de la scène. Pour contrecarrer cela, Chaplin choisissait une musique très raffinée pour à la fois élever le débat et souligner la trivialité de la scène par contraste » poursuit Mathilde Thibault-Starzyk.

En quatre parties, l'exposition montre la passion et l'importance de la musique chez Chaplin. Des photos, dont quelques unes où on le voit poser à côté de musiciens comme Arnold Schönberg, Leonard Bernstein où le virtuose du violon Yehudi Menuhin âgé de 12 ans, des partitions où l'on peut mesurer la grande part d'improvisation à laquelle se livrait Chaplin pendant le tournage, mais aussi des affiches, des caméras et même un violon pour gaucher lui ayant été offert par son voisin à Beverly Hills en 1917.

Un extrait des Temps modernes (1936) permet de mesurer le talent et la finesse de Chaplin. Lorsqu'il réalise ce film, cela fait maintenant près de 10 ans que le cinéma est parlant mais Charlot fait de la résistance et n'a toujours pas fait entendre sa voix. Contraint de se rallier à la modernité, Chaplin choisit de faire parler son personnage pour la première fois. Dans la scène, Charlot doit chanter une chanson dans un cabaret. Ayant du mal à se rappeler des paroles, il les écrit sur ses manchettes de chemise qu'il perd malheureusement une fois entré en scène. 

Charlot décide alors de chanter dans un charabia mi-français, mi-italien, la fameuse chanson Titine. C'est donc avec sa voix chantée et inintelligible que le public l'entend pour la première fois. Chaplin fait ainsi subtilement passer le message que l'arrivée du cinéma parlant ne saurait contraindre son personnage à s'exprimer et qu'il continuerait à se faire comprendre du monde entier grâce à sa seule gestuelle. 

Exposition Charlie Chaplin, l'homme-orchestre, à la Philharmonie de Paris du 11 octobre 2019 au 26 janvier 2020