Chanter moins fort pour moins propager le Covid-19

Chanter doucement et ne pas crier réduirait le risque de propagation du virus responsable du Covid-19. Voilà ce que suggèrent de récents travaux et qui devrait apporter un peu d’espoir à tous les musiciens privés de public depuis des mois, mais aussi aux adeptes des chorales.

Chanter moins fort pour moins propager le Covid-19
Un chanteur expulse près de trente fois le volume d'aérosols expirés par une personne qui respire., © AFP / Pedro Pardo

Et si baisser le volume permettait de réduire la propagation du coronavirus ? C’est en tout cas ce qu’assurent des chercheurs dans une étude relayée par plusieurs médias britanniques dont The Guardian et la BBC. Selon les premières conclusions de ce projet scientifique nommée Perform, diminuer le volume sonore de sa voix permettrait de facto de réduire la quantité de particules émises. Ainsi, le risque d’infection par transmission de gouttelettes est lui aussi réduit. Logique.

Pour arriver à ces résultats d’étude, les scientifiques ont fait appel à 25 chanteurs professionnels. Les artistes ont été invités à respirer, parler, chanter à différents niveaux de volumes, et tousser dans des entonnoirs remplis de capteurs. Ceux-ci ont permis de mesurer la quantité d’aérosols (les petites gouttelettes) en suspension dans l’air. Et qu’ils soient chanteurs de théâtre musical, d’opéra, de gospel, de jazz ou de pop, les résultats sont quasiment les mêmes chez les artistes.

Des résultats étonnants

D’ailleurs l’étude se base en premier lieu sur une chanson « Happy Birthday », le fameux Joyeux anniversaire connu de tous. Chanté fort, entre 90 et 100 décibels, le volume moyen d’aérosols expulsés est 24 à 36 fois plus important que ce qu’engendre la respiration. 

Declan Costello, chirurgien ORL à l’hôpital Wexham Park, coauteur de l’étude, précise cependant que d’autres facteurs, comme la taille de l’espace où se produisent ces vocalisations au volume sonore élevé, la ventilation mais aussi leur durée, jouaient également un rôle important.

« C’est une étude intéressante mais elle n’est pas vraiment représentative de la dynamique d’un vrai chœur. Il faudrait d’autres études plus approfondies pour vraiment évaluer les risques représentés par un tel volume d’inspirations et d’expirations en même temps », estime de son côté Julian Tang, professeur agrégé honoraire à l’université de Leicester, qui n’a pas participé aux travaux.

Vers une réouverture des salles ?

En revanche, cette étude, qui n’a toujours pas été évaluée par le comité de lecture d’une revue scientifique, pourrait bien donner de l’espoir aux musiciens et chanteurs en manque de scène. 

Jonathan Reid, professeur de chimie physique à l'université de Bristol, est l'un des auteurs de l'article. Selon lui, ces recherches « ont fourni une base scientifique rigoureuse pour les recommandations de Covid-19 afin que les salles de spectacles fonctionnent en toute sécurité, tant pour les artistes que pour le public, en veillant à ce que les espaces soient correctement ventilés pour réduire le risque de transmission par voie aérienne. »

Le gouvernement attendait ces résultats de pied ferme

Le secrétaire d'État britannique à la Culture, Oliver Dowden, a suivi de très près les résultats de cette étude. « Nous avons travaillé en étroite collaboration avec des experts médicaux tout au long de cette crise pour développer notre compréhension du Covid-19, a-t-il indiqué à la BBC, et nous avons maintenant mis à jour nos conseils à la lumière de ces conclusions afin que les gens puissent recommencer à chanter ensemble en toute sécurité. »

Il aura donc fallu attendre de longues semaines une étude scientifique aux résultats plus que logiques, pour relancer le débat de l’ouverture des salles outre-Manche. Ne plus hurler était en réalité le remède pour de nouveau jouer des concerts. Heureusement que les scientifiques britanniques sont des êtres de solution…