Cergy-Pontoise veut fermer ses classes Cham à la rentrée 2018

L’agglomération de Cergy-Pontoise a annoncé son intention de supprimer les classes à horaires aménagés pour la musique en école élémentaire à la rentrée 2018. Les parents d’élèves sont en colère et ont lancé une pétition.

Cergy-Pontoise veut fermer ses classes Cham à la rentrée 2018
Photo d'illustration , © Getty / Carlos Osorio

Élèves et parents étaient réunis mardi 30 mai devant l’hôtel de l’agglomération de Cergy-Pontoise. Alors que se tenait un conseil communautaire, ils sont venus clamer leur désaccord avec la décision du président de l’agglo, Dominique Lefevbre (PS). Celui-ci entend fermer les classes à horaires aménagés pour la musique (Cham) dès la rentrée 2018. Une décision qui a suscité une vive contestation de la part des parents d’élèves mais aussi de la part des enseignants.

Une parent d’élève et membre du collectif « Sauvons les classes Cham à Cergy-Pontoise » est dans l’incompréhension totale depuis qu’elle a appris la nouvelle. « Nous avons été mis au courant le 15 mai dernier au cours d’une commission réunissant des directeurs des collèges proposant des Cham, des directeurs de conservatoires et des professeurs de musique. Sans aucune concertation. Il est inadmissible que le président de l’agglomération ne nous ait pas mis au courant. Certains élus communautaires n’étaient pas au courant non plus ».

La nouvelle a fait l'effet d'une douche froide concernant ce dispositif de classes musique implanté dans l'école primaire Le Chemin Dupuis, la seule du département du Val d'Oise. Organisé par l'Education nationale, le conservatoire à rayonnement régional et la communauté d'agglomération, les Cham permettent à tous les enfants, musiciens ou non, de se présenter aux tests d'entrée. Dès le CE1, les élèves bénéficient d'un enseignement musical pendant le temps scolaire. Mais voilà, Dominique Lefevbre ne voit pas l'intérêt de poursuivre le dispositif puisque cela ne concerne que 25 nouveaux élèves par an et que cela coûte 260 000 euros par an à la communauté d'agglomération.

« Il y a environ 3 000 élèves de cette classe d'âge à Cergy-Pontoise, 50 tentent d'entrer en Cham et 25 d'entre eux sont retenus. C'est totalement disproportionné et inégalitaire. De plus, je n'ai en ma possession aucun indicateur qui prouve que les classes Cham forment mieux les élèves à la musique que d'autres dispositifs. J'en veux pour preuve qu'il n'y a pas d'élèves passés par les Cham ayant obtenu une médaille d'or au conservatoire. Je n'ai pas les preuves de l'intérêt vital de ce dispositif » explique le président de l'agglomération qui confirme que les élèves déjà inscrits en Cham pourront terminer leur cursus normalement.

Une vision que conteste cette parent d'élève : « c'est totalement faux ! Un professeur du conservatoire m'a certifié que 7 anciens élèves des Cham de Cergy-Pontoise avaient par la suite intégré de prestigieuses écoles comme le CNSM de Paris et avaient obtenu des premiers prix ». Dominique Lefevbre explique que son objectif est de renforcer l'attractivité du conservatoire à rayonnement régional et d'ouvrir son accès à des milieux sociaux très différents. Il souhaite faire passer le nombre d'inscrits de 1500 à 2500 dans un futur proche. « Les tarifs d'inscription ont baissé et nous allons renforcer les liens entre le conservatoire et toutes les écoles primaires de Cergy-Pontoise et avec l'argent économisé par le coût de fonctionnement des Cham nous allons pouvoir ouvrir de nouvelles classes orchestres au collège ». Ce dispositif instauré en 2000 pour la première fois en France pour permettre aux élèves issus de milieux où les chances de pratiquer un instrument étaient réduites, de pouvoir participer à un orchestre. Dès la 5e, les élèves recrutés se voient prêter des instruments et pratiquent la musique par pupitre et en orchestre à raison de deux par semaine.

Selon Dominique Lefevbre, les 260 000 euros qui ne serviront plus au fonctionnement des Cham permettront d'ouvrir 5 nouvelles classes orchestres et de bénéficier à 500 enfants. Argument que conteste le collectif opposé à la fermeture des Cham. « Nous ne sommes pas opposés aux classes orchestres, au contraire. Mais nous pensons que c'est une offre complémentaire aux Cham. Les classes orchestres relèvent plus de l'initiation que de l'enseignement musical. C'est un travail très superficiel » explique une parent d'élève.

« Nous n’agissons pas pour nos enfants puisqu’ils finiront leur cursus, nous agissons pour tous les enfants de l’agglomération qui ne pourront pas bénéficier de cette richesse » explique cette mère de 4 enfants tous passés par les Cham. « C’est une chance incroyable pour des enfants venant de tous les milieux de pouvoir recevoir un tel apprentissage de la musique. C’est une véritable source d’épanouissement. Et nous sommes prêts à ouvrir des discussions pour améliorer les conditions d'accès mais surtout pas à fermer les Cham».

Dominique Lefevbre, lui, y voit surtout un manque de mixité. Selon lui, les Cham permettent aux parents « d'échapper à la carte scolaire » et revête un caractère « presqueségrégatif » étant donné que de nombreux enfants d'élus sont actuellement inscrits en Cham. De son côté, le collectif a lancé une pétition qui a réuni 2 850 signatures.