Centenaire Yehudi Menuhin : les complicités musicales en vidéo

"C’est pour moi l’occasion de rencontrer et partager la scène avec de merveilleux artistes", répondit Yehudi Menuhin quand on lui demanda si la célébrité lui pesait. A l’occasion de son centenaire, voici les témoignages en vidéo de quelques-unes de ses nombreuses rencontres avec de grands musiciens de notre époque.

Immensément populaire, artiste engagé, Yehudi Menuhin était aussi très aimé par les médias. Alors que France Musique consacre sa journée du mercredi 6 avril au violoniste, voici quelques vidéos de belles rencontres artistiques filmées.

*1. Deux géants du violon

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"Je ne parlais pas le russe, il ne parlait pas l'anglais, mais nous avons communiqué dans une sorte de dialecte allemand", dira Yehudi Menuhin de sa première rencontre avec David Oistrakh, rencontre qui a eu lieu en 1945, lorsque Menuhin est invité par le gouvernement soviétique à jouer à Moscow. Il devait donner trois concerts au profit de l'Armée rouge, dont un avec Oistrakh, avec au programme le Concerto pour deux violons en ré-mineur BWV 1043 de Bach. "A partir de ce premier concert et jusqu'à sa mort en 1974, nous n'avons jamais cessé de jouer ensemble."

Ici, les deux complices sont filmés à la Salle Pleyel à Paris, avec l'Orchestre de Chambre de la RTF sous la direction de Pierre Capdeville en 1958.

*2. Le chef suprême et l'apprenti

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En 1965 Henri Georges Clouzot filme Yehudi Menuhin devant l'Orchestre symphonique de Vienne dirigé par Herbert von Karajan, dans le cadre du projet de treize captations autour du chef consacrées à l'art de la direction d'orchestre. Avant d'enregistrer le Concerto de Mozart K. 219, Karajan et Menuhin échangent sur leur conception respective de l'art de diriger.

"Karajan était un poseur. Il se pavanait comme ces splendides chevaux autrichiens, frémissait des narines... Et puis il devint humain quand les premiers maux physiques le touchèrent. Il priait pour rester jeune. L'âge qui venait fit ressortir les choses qu'il avait enfouies au fond de lui." (Menuhin, documentaire de Bruno Monsaigeon, 1994)

*3. L'Ouest rencontre l'Est

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Yehudi Menuhin a rencontré Ravi Shankar pour la première fois en Inde en 1952 lorsqu'il était en tournée humanitaire contre la faim dans le pays. Il laisse un témoignage bouleversé sur cette première rencontre avec la musique indienne.

"Assister au 'récital de chambre' de Ravi Shankar et Ali Akbar Khan, l'un inspirant l'autre à atteindre toujours de nouveaux sommets de l'invention, était pour moi une des expériences les plus magiques du monde."

La complicité musicale et spirituelle de deux musiciens les a unis pour la vie, et ils ont souvent joué ensemble, et notamment lors de la célébration de la Journée des Droits de l'homme à l'Assemblée générale des Nations Unies le 10 Décembre 1967.

*4. Les complices dans l'engagement

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Avec Mstislav Rostropovitch, que Yehudi Menuhin a soutenu pendant ses années d'exil, le violoniste a partagé l'engagement politique et humanitaire. Comme Rostropovitch, qui a joué Bach devant le mur de Berlin peu après sa chute, Menuhin a dirigé Le Messie de Haendel au Kremlin pour marquer la fin du régime communiste. Les deux hommes ont souvent partagés la scène. Comme lors du concert à l'occasion du 25e anniversaire du Conseil International de la Musique (UNESCO), dont Yehudi Menuhin a assuré la présidence de 1969 à 1975, accompagnés par le pianiste Wilhelm Kempf.

*5. L'étoile rencontre l'hermite

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Tout oppose Yehudi Menuhin et Glenn Gould : le premier est parmi les musiciens les plus médiatisés qui a parcouru le monde entier à défendre la musique et à lutter pour l'humanité. Le deuxième y a renoncé après une brève carrière publique, et a passé le restant de ses jours en huit clos dans son studio d'enregistrement, lui-même assurant jusqu'à la prise du son et le montage de ses disques. Pourtant, les deux musiciens se sont rencontrés sur le terrain commun : celui de la musique. Bruno Monsaigeon, le biographe de deux musiciens, raconte leur complicité :

"J'ai été très étonné d'apprendre que Yehudi connaissait personnellement Glenn Gould, et que les deux hommes ont en effet joué ensemble. 'Cela date de 1965, Glenn Gould m'a invité à participer dans une de ses apparitions à la télévision et m'a demandé de jouer avec lui les sonates de Bach, Beethoven et...la Fantaisie de Schoenberg. Comme vous le savez, Schoenberg ne figure pas parmi les compositeurs du XXe siècle dont la musique m'attire irrésistiblement. Lorsque je suis arrivé chez Glenn Gould à Toronto pour une première répétition, je me suis trouvé face à un génie pour qui l'idiome et les structures de Schoenberg étaient l'élément naturel. Nous avons travaillé la Fantaisie ensemble, et il a réussi à m'amener à veritablement comprendre et aimer cette musique. C'était une révélation." (Bruno Monsaigeon, Introduction to The Last Puritan, 1973)

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