C’était il y a 30 ans : l’inauguration de l’Opéra Bastille

Le 13 juillet 1989, l’Opéra Bastille était inauguré en grande pompe par le président François Mitterrand, en présence de 32 chefs d’États et de gouvernements invités. L’événement marquait le coup d’envoi des cérémonies du bicentenaire de la Révolution française.

C’était il y a 30 ans : l’inauguration de l’Opéra Bastille
L'inauguration de l'Opéra Bastille, le 13 juillet 1989, avec de gauche à droite : Barbara et George Bush, François et Danielle Mitterrand, © AFP

Il y a 30 ans, l’un des plus grands travaux de François Mitterrand prenait vie. Après de longues années de travaux, de nombreuses critiques politiques et architecturales, les portes de l’Opéra Bastille s’ouvraient pour la première fois. Dans la salle, ce 13 juillet 1989, 32 chefs d’États et de gouvernements du monde entier prenaient place, en compagnie de 2 000 invités triés sur le volet par le président.

Cette inauguration marque le début des commémorations du bicentenaire de la Révolution de 1789. Elle fait la Une des journaux et des médias audiovisuels en France et en Europe. La scène gigantesque de ce nouvel édifice et la somptueuse distribution de cette première représentation font de l’Opéra Bastille une institution incontournable dès l’inauguration.

La puissance des images

Le jeudi 13 juillet 1989, la place de la Bastille est étonnamment vide, sur les images de télévisions. La foule, pourtant bien présente, est tenue à l’écart. Seul le ballet des cortèges présidentiels vient animer le parvis du tout nouvel opéra. À 19h, les plus grands chefs d’États du monde se réunissaient à la Bastille. Margaret Thatcher, George Bush, les Premiers ministres canadien - Brian Mulroney - et indien - Rajiv Gandhi -, la présidente des Philippines Cory Aquino : tous sont d’abord invités à attendre dans une salle aux plâtres encore frais avant de prendre place au premier balcon de la grande salle. 

François Mitterrand, lui, a fait le vœu d’entrer seul dans « son » opéra. Seul et en dernier, par l’escalier extérieur. Mais cet escalier monumental, surplombé par une arche toute aussi imposante, est coupé par une balustrade. Le président a ordonné que celle-ci soit retirée, pour qu’il n’ait pas à se positionner à droite ou à gauche de l’escalier. Le quatrième président de la Ve République veut une image symbolique. Dans la lignée de celle créée huit ans plus tôt, à son entrée dans le Panthéon, le 21 mai 1981. Pour les photos, le chef de l’État fait même enlever un arrêt de bus et un réverbère. Le diable est dans les détails.

En termes de communication, c’est une réussite pour François Mitterrand. En quelques minutes, par une arrivée solennelle et une ovation de plus de 2 000 personnes, dans la plus grande salle d’opéra d’Europe, le président a réussi à faire oublier sept ans de travaux et de polémiques. Retards, rivalités entre architectes, budget débordé, projet inachevé : l’Opéra Bastille a longtemps fait grincer des dents. François Mitterrand lui-même dira par la suite qu’il « contestait » toujours l’édifice, notamment son extérieur, qu’il surnommait tout simplement la « porte de garage ».

Une inauguration officialisée très discrètement

Ce soir-là pas de ruban tricolore découpé, pas de plaque dévoilée : le protocole est ailleurs. Installée sur un mur de l’établissement, personne ne prête attention à la plaque d’inauguration de l’Opéra Bastille. Aucun officiel n’est venu découvrir cette inscription de toute la soirée. Ce qui lasse le secrétaire général de l’Opéra de Paris, Jean-François Brégy, qui décide finalement de se charger de ce cérémonial tout seul, dans son coin.

Pièce maîtresse du bicentenaire de la Révolution

Sur scène, la soirée d’inauguration est là aussi à la hauteur de l’événement. Le rideau s’ouvre sur La Marseillaise, dans sa version instrumentale. Au programme ensuite : La Nuit d’avant le jour, mis en scène par Robert « Bob » Wilson et dirigée par Georges Prêtre. De grands airs d’opéra français sont ensuite donnés par les plus grands artistes lyriques de l’époque : Placido Domingo, Barbara Hendricks, Ruggero Raimondi, June Anderson ou encore Theresa Berganza. Côté danseurs, les Étoiles du Ballet de l’Opéra de Paris Elisabeth Platel et Manuel Legris dansent la Bacchanale extraite de Samson et Dalila de Saint-Saëns.

Après une heure vingt de spectacle, le rideau se referme comme il s’est ouvert, avec l’hymne national. Cette fois-ci, les solistes et le chœur de l’Opéra de Paris prêtent leur voix en renfort de l’orchestre de Georges Prêtre. L’ovation finale dure ensuite de longues minutes.

Une salle jamais aussi VIP

Au soir du 13 juillet 1989, les portes de l’Opéra Bastille se ferment à nouveau pour plusieurs mois. Il faut attendre le 17 mars de l’année suivante pour assister à la première saison, qui s’ouvre sur Les Troyens d’Hector Berlioz. Depuis, l’établissement ne désemplit pas mais les présidents de la République en sont moins friands. François Mitterrand n’y reviendra qu’une seule fois, pour le spectacle des 80 ans de Charles Trenet, le 19 mai 1993. 

Le rang 15 de la grande salle – réservé aux invités prestigieux - n’a plus accueilli de président de la République. Et les 42 places réservées au protocole, de l’Élysée aux ministères, en passant par les présidences des grands médias et les hautes fonctions institutionnelles, sont souvent revendues quelques minutes avant le début des représentations, faute d’être occupées