Bruno Philippe, prodige du violoncelle au Festival de Montpellier

Le jeune violoncelliste de 23 ans fait partie des jeunes artistes mis en avant dans la programmation du Festival de Montpellier. Rencontre avec un brillant musicien au parcours impressionnant.

Bruno Philippe, prodige du violoncelle au Festival de Montpellier
Bruno Philippe ©Victor Tribot Laspiere / France Musique

Bruno Philippe est tout sourire à la sortie de son concert de 12h30 au Corum de Montpellier, l’un des cinq concerts où le violoncelliste est programmé pendant le festival de Radio France. Chevelure ondulée, une boucle d’oreille, pantalon et t-shirt noirs, Bruno Philippe pourrait passer pour un rockeur. Les spectateurs le félicitent, on le sent sincèrement touché et il remercie chaleureusement chacun d’entre eux.

Bruno Philippe partage depuis quelques temps la scène avec le pianiste Tanguy de Williencourt, avec lequel il a sorti un disque consacré à Brahms et Schumann. Les deux musiciens font partie des jeunes artistes mis en valeur lors de cette 32e édition du festival de Montpellier, au même titre que le Quatuor Van Kuijk ou le clarinettiste russe Sergei Eletsky.

Né en 1993 à Perpignan, Bruno Philippe a débuté le violoncelle parce que « c’est un instrument qu’on joue assis » plaisante-t-il. Il a rencontré l’instrument par hasard à l’âge de cinq ans alors qu’il attendait que sa sœur sorte de son cours de violon. « Le mercredi après l’école, j’accompagnais ma sœur au conservatoire pour rentrer avec elle après son cours de violon. La classe de violoncelle était juste à côté, un jour j’ai toqué à la porte et j’ai été très impressionné par ce grand instrument » se souvient-il.

Bruno Philippe débute le violoncelle avec Marie-Madeleine Mille. A 13 ans, il part à Paris pour intégrer la classe de Raphaël Pidoux au CRR, il poursuit par la classe de Jérôme Pernoo au CNSM et la classe de musique de chambre de Claire Désert. Le jeune homme estime avoir eu une enfance et une adolescence plutôt normale. « Je n’ai pas l’impression d’avoir sacrifié une partie de ma jeunesse pour travailler mon instrument. J’ai joué au foot, j’ai fait du skate. Le violoncelle était un loisir pour moi, jusqu'à ce que je me rende compte que je voulais en faire mon métier » décare-t-il.

Très vite, il se confronte à plusieurs grands concours internationaux. A son palmarès, le 3e Grand Prix et le Prix du meilleur récital au Concours international André Navarra, le 3e Prix et Prix du public au Concours international de l’ARD de Munich, un Prix spécial au Concours Tchaïkovski en 2015 ou encore un Prix spécial pour sa performance au Concours Feuermann à Berlin.

Bruno Philippe en répétitions avec Tanguy de Williencourt sur la scène de la salle Pasteur du Corum de Montpellier. (© Guillaume Decalf / France Musique)
Bruno Philippe en répétitions avec Tanguy de Williencourt sur la scène de la salle Pasteur du Corum de Montpellier. (© Guillaume Decalf / France Musique)

Bruno Philippe estime s’inscrire dans la continuité de la grande école française du violoncelle du XXe siècle, bien qu’elle ne soit plus réellement spécifique. « On peut toujours parler d’école russe ou allemande, mais aujourd’hui les choses sont très mondialisées. Au siècle dernier, nous avons eu une génération de violoncellistes français extraordinaires : Navarra, Tortellier, Gendron. Et tous étaient aussi des professeurs, nous continuons à bénéficier de leur enseignement. Mais on trouve la même qualité d’enseignement partout dans le monde désormais ».

Bruno Philippe se dit très concerné par la santé du milieu musical. Lorsqu'il était encore étudiant il y a deux ou trois ans, il reconnait s'être souvent posé la question de comment renouveler le public. « Le XXe siècle a été le premier dans l’histoire de la musique à connaître une rupture totale entre musique savante et musique populaire. Désormais, il faut presque être savant également pour apprécier la musique du siècle dernier et d’aujourd’hui. Je crois qu’il faut davantage renforcer l’éducation musicale dès l’école pour donner des clés au grand public. Nous sommes dans une époque où l’accès à la culture n’a jamais été aussi simple mais pourtant on sent un grand désintérêt de nombreux jeunes. Il faut tout simplement leur donner la possibilité de savoir s’ils aiment ça ou pas. Je crois que le problème vient du fait que nombre d’entre eux ne connaissent même pas la musique classique ».

Le violoncelliste a également beaucoup réfléchi au rôle de la musique et à celui de l’artiste dans la société. « Les gens vont avoir besoin de raccrocher au beau. La culture et la musique a un rôle essentiel à jouer, le public reviendra de lui-même quand il aura compris que c’est quelque chose de solide auquel il peut se fier ».

Il se décrit comme quelqu’un d’impatient dans le travail mais serein dans la vie. « Mon objectif est de réussir à servir la musique du mieux que je peux ». Son expérience commence à porter ses fruits puisque Bruno Philippe estime être plus détendu avant ses concerts. « Le trac est toujours là mais je n’ai plus besoin de faire les cent pas dans ma loge pour me concentrer. Je me mets moins la pression qu’avant. C’est pour cela que servir la musique m’aide beaucoup. L’important n’est pas ma personne, les erreurs que je peux commettre en concert. L’essentiel est de rester concentré sur une intention pour ne pas se retrouver déconnecté du souffle continu de la musique ».

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