Brexit : l'annonce d'un nouveau visa inquiète les artistes européens et britanniques

Le Home Office britannique a annoncé mardi 18 février l'instauration dès 2021 d'un système de visa pour tout visiteur européen souhaitant se rendre sur le territoire britannique : une décision qui pourrait compliquer la circulation des musiciens et des orchestres européens et britanniques.

Brexit : l'annonce d'un nouveau visa inquiète les artistes européens et britanniques
Brexit - la liberté de circulation menacée, © Getty / Richard Baker

« À partir du 1er janvier 2020, les citoyens européens et non-européens seront traités de manière égale » : une annonce simple avec un impact considérable. Le Home Office, équivalent britannique du ministère de l'Intérieur, a annoncé ce mardi 18 février l'instauration d'un nouveau système de visa dès janvier 2021, après la fin de la période de transition du Brexit. Ce nouveau dispositif nécessitera une demande de visa auprès des voyageurs européens et non-européens souhaitant travailler au Royaume-Uni. Ce changement inquiète de nombreux musiciens européens souhaitant se rendre au Royaume-Uni de manière ponctuelle ou y effectuer une tournée.

Actuellement, les artistes et musiciens des pays membres de l'Union européenne peuvent travailler librement au Royaume-Uni sans visa, ni permis de travail pour une durée maximale de 6 mois. A partir de janvier 2021, cette liberté de circulation prendra fin : les citoyens européens seront alors soumis aux mêmes restrictions de voyage que celles appliquées aux citoyens non-européens.

Face aux nombreuses réactions de la part de l'industrie musicale britannique, qui critique la suppression de la liberté de mouvement des musiciens, le Home Office a bien assuré dans un deuxième communiqué que « le Royaume-Uni s'est engagé à maintenir les dispositions généreuses pour les visiteurs, qui incluent les dispositions pour les artistes et musiciens », en précisant qu'ils « pourront participer à des événements, des concours et des auditions pendant une période pouvant aller jusqu'à six mois ». L'annonce semblerait désamorcer les nombreuses craintes, mais le Home Office manque de préciser que ces participations ne peuvent pas être rémunérées.

Visa ou pas visa ?

Sera-t-il donc nécessaire pour un musicien souhaitant travailler au Royaume-Uni à partir de janvier 2021 de faire une demande de visa ? Oui et non : la situation n'est pas aussi simple et la réponse du Home Office semble semer la confusion. Un visa de 244 livres sterling sera effectivement nécessaire pour chaque artiste souhaitant travailler de manière rémunérée au Royaume-Uni dès janvier 2021, mais seulement lorsque le contrat dépasse une durée de trois mois. Pour ceux dont la durée du contrat est inférieure à trois mois, un visa ne sera pas requis mais il sera cependant nécessaire d'obtenir un document officiel d'engagement à l'avance de la part de l'employeur pour les contrats rémunérés.

L'impact d'un tel changement serait donc considérable : ce manque de liberté de mouvement pourrait limiter le déplacement de dernière minute d'artistes et de musiciens entre l'Europe et le Royaume-Uni, un besoin particulièrement prononcé pendant l'été et la période des festivals. Cela pourrait potentiellement éliminer le Royaume-Uni comme destination de tournée en raison de contraintes financières et administratives.

Après l'annonce du Home Office, la présidente du Incorporated Society of MusiciansDeborah Annetts a partagé son inquiétude dans une interview pour The New European : « Nous sommes profondément déçus que la libre circulation des musiciens et autres artistes de l'Union Européenne ait été rejetée et nous demandons au gouvernement britannique de reconsidérer notre demande pour un visa de deux ans à entrées multiples ». La Musician's Union a lancé une pétition pour la création d'un Passeport de Musiciens d'une durée de 2 ans permettant la circulation libre des musiciens au Royaume-Uni et en Europe.

La décision arrive seulement quelques semaines après que le ministre de la Culture britannique (pro-Brexit) Nigel Adams a alerté des dangers d'une telle restriction lors d'une interview avec MusicWeek, affirmant qu'« il est absolument essentiel que la liberté de circulation pour les artistes soit protégée après 2020 ». Cette décision menace non seulement les industries culturelles britanniques, qui génèrent près de 111 milliards de livres par an, mais qui pèse également sur les artistes britanniques qui craignent une réaction réciproque de la part de l'Union européenne. Autre impact à considérer : ces frais administratifs supplémentaires entraîneront une inévitable augmentation des budgets d'organisation pour les institutions, ce qui pourrait se répercuter sur le prix des billets.