Berlin, capitale de la création contemporaine, par Matthias Osterwold

A l'occasion du festival Présences 2014, placé sous la thématique "Paris-Berlin", Matthias Osterwold, directeur artistique du MaerzMusik (le plus grand festival berlinois de musique contemporaine) nous livre un panorama de cette ville en constante transformation.

Berlin, capitale de la création contemporaine, par Matthias Osterwold
Matthias Osterwold, directeur artistique de MaerzMusik Berlin © Kai Bienert

Le Festival MaerzMusik de Berlin, rendez-vous annuel incontournable pour la musique contemporaine, sera inauguré le 14 mars prochain sous le slogan Let's go to Berlin ! En écho au Festival Présences de Radio France, dont l'édition 2014 était placée sous la thématique Paris-Berlin, le directeur artistique du MaerzMusik, Matthias Osterwold, revient sur les raisons qui font que Berlin est aujourd'hui la capitale mondiale de la création contemporaine.

Le Festival MaerzMusik a une place centrale dans le domaine de la musique contemporaine à Berlin. Vous avez une vue d'ensemble sur la scène contemporaine ; quelles sont ses particularités? Y a-t-il des tendances, des courants qui dominent ?

Le paysage contemporain à Berlin et en Allemagne en général n’est pas uniforme, différents courants et formes d’expression coexistent à un niveau artistique très élevé, et c'est la tendance prédominante depuis une vingtaine d'années.

C'est d'ailleurs l'objectif principal du festival MaerzMusik : d'être aussi représentatif que possible de cette diversité : musique instrumentale, expérimentale, improvisation, multimédia, soundart, le discours sur les esthétiques est entièrement ouvert, et tant que les projets sont artistiquement exigeants, aucune hiérarchie n'entre en ligne de compte. Et comme cette diversité reflète bien l'esprit de Berlin, la thématique de notre festival cette année est Let's go to Berlin!

Quelle est la raison pour laquelle Berlin est aujourd'hui la ville d'adoption de si nombreux artistes ?

Cette ville a une identité artistique protéiforme : internationale, interdisciplinaire et interculturelle, cette dernière non pas seulement dans sa dimension topographique. L'exemple en est la cohabitation des institutions et des initiatives parallèles, alternatives, qui permet un brassage de cultures de consommation de musique également : les salles de concert, mais aussi des usines, des boîtes de nuit, des galeries, des friches industrielles qui forment un vrai réseau parallèle extrêmement créatif et vivant.

Le Festival MaerzMusik a lieu dans des salles de concert classiques, mais investit aussi des lieux inattendus, parfois en programmant des œuvres créées en fonction de l’architecture qui les accueillie.

J’aime découvrir les lieux qui ne sont parfois pas du tout pensés pour la musique. L’architecture peut être stimulante dans la rencontre de différentes disciplines : les gares, les musées, ou bien, concrètement cette année, le Fahrbereitschaft. S itué tout à l'est de la ville, c'est un ancien garage où les chauffeurs des hauts fonctionnaires de la RDA préparaient les voitures pour les sorties officielles.

Laissé complétement à l’abandon pendant des années, le lieu a été racheté récemment par les collectionneurs d’art avec pour objectif d’en faire un pôle de création. Ou bien le Berghain, qui est un des plus célèbres clubs de nuit le week-end, et où nous avons programmé de la musique de chambre. On obtient des croisements de milieux et de publics très stimulants de cette façon-là.

Pourquoi dit-on que Berlin concentre aujourd'hui tout ce qui est le plus innovant en matière de création?

Une des vertus de Berlin est que la ville s’est complètement internationalisée depuis vingt ans. La scène locale est le reflet de la scène mondiale en matière de musique contemporaine.

La richesse du milieu musical doit beaucoup à cette « immigration artistique massive », qui est un réel phénomène depuis la chute du Mur.

Comparée à Paris, ville beaucoup plus figée sous la tutelle de grandes institutions, et beaucoup plus compétitive, Berlin est très démocratique et tient peu compte de l'hiérarchie.

Le nombre de festivals dédiés à la création contemporaine en est un bon exemple : il y a ici deux « grands » festivals de musique contemporaine, dont MaerzMusik, mais il y en a pléthore qui présentent la création contemporaine, annuels ou ponctuels, à une moindre échelle, avec la même exigence artistique et le même sérieux que nous. Et qui sont pour moi aussi importants pour faire vivre cette diversité et ce foisonnement.

Du coup, avec tant d'artistes présents sur le marché, cela doit être compliqué de se faire une place, surtout si l'on vient d'ailleurs ?

Non, justement. Ce qui attire les artistes du monde entier, c’est qu’à Berlin, toutes les portes et les fenêtres sont toujours grand ouvertes : il y a un public nombreux qui est curieux et ouvert, par exemple le festival Maerz Musik peut rassembler de 10 000 à 12 000 spectateurs en dix jours, ce qui est quand même assez impressionnant pour la musique contemporaine. Mais c'est notamment au niveau de l'accueil, des opportunités qui sont données aux artistes installés ici qu'il n’y a aucune distinction, nous sommes tous d’ailleurs, en quelque sorte.

A Paris, il est très important d’appartenir à un milieu, d’avoir un label accordé par une institution (l'Ircam ou la Cité de la Musique, par exemple) qui ouvre toutes les portes. A Berlin, cela doit exister, mais ce n'est pas un critère pour faire avancer la création.

Berlin dispose-t-elle d'un budget important pour soutenir la jeune création ?

Berlin est une ville pauvre, mais le budget qu'elle alloue à la création, même s'il n'a pas évolué ces dernières années, est toujours important. La politique d'attribution des bourses est simple : chacun peut s'y présenter, quelles que soient ses origines ou sa nationalité, tant qu'il est résident de Berlin et qu'il contribue au paysage artistique berlinois. J'ai fait partie des jurys et continue de le faire, et je n'ai jamais entendu la moindre allusion à la nationalité ou provenance d'un candidat.

Le Festival MaerzMusik se tient du 14 au 23 mars 2014

Quelques sites de référence pour les amateurs de musique contemporaine à Berlin :

Festivals :Ultraschall Berlin
Klangwerkstatt Berlin
Randspiele
Unerhörte Musik

Retrouvez la thématique Berlin cette semaine sur France Musique :

Concerts

lundi 24 février : L'ensemble Cairn et le KNM (Kammerensemble Neue Musik Berlin)

mardi 25 février : Festival Présences : Widmann, Borowski et Boulez

mercredi 26 février : Festival Présences 2014 : André, Bianchi, Matalon, Stahnke, Cendo, Combier

Portrait du compositeur Fabien Lévy par Victor Tribot-Laspière

Berlin dans Sérénade à trois

Sur le même thème