Bayreuth : petit guide de survie à l’usage du festivalier

Depuis le 25 juillet et jusqu’au 28 août, les wagnériens du monde entier ont tous les yeux et les oreilles tournés vers la colline verte en Bavière. Le festival de Bayreuth célèbre le 200e anniversaire de la naissance de Richard Wagner. Un prestigieux rendez-vous qui se mérite.

Bayreuth : petit guide de survie à l’usage du festivalier
Festival bayreuth

Si l’envie vous prenait en lisant ces quelques lignes de prendre un billet pour Bayreuth d’ici à la fin du mois d’août, sachez que c’est peine perdue. Le festival des opéras de Wagner sait se faire désirer. Comptez entre 5 et 12 ans pour obtenir le précieux sésame vous permettant d'entrer dans le Festspielhaus, la salle dessinée par le compositeur en personne.
Une longue attente qui peut en décourager plus d'un, mais Jean-Luc Testu a tenu bon. Ce quinquagénaire mélomane se rend pour la première fois à Bayreuth après huit ans d’attente, il assistera à Tannhäuser ce jeudi 1er août:

Mais attendre une dizaine d’années pour obtenir un billet n’est pas suffisant pour se rendre à Bayreuth, à cela s’ajoute une étiquette stricte qui le distingue des autres évènements musicaux prestigieux. Pour éviter tout impair, voici six règles à respecter lorsque vous gravirez pour la première fois avec quelques 2000 heureux élus la fameuse colline verte sur laquelle trône le Festspielhaus :

Bien connaître ses opéras

Le public présent pendant le mois que dure le festival connaît Wagner sur le bout des doigts et n'a pas besoin qu'on lui explique ce qui se passe sur scène. Les programmes ne proposent pas de résumé de l'oeuvre et il n'y a pas de surtitres. Si vous ignorez tout de l'intrigue, vous pouvez toujours vous faufiler dans la librairie à côté du théâtre pour vous renseigner. A l'inverse, il est tout à fait acceptable - et même recommandé - d'assister aux conférences introductives qui se tiennent les jours de représentation. Le festival organise lui-même des présentations des oeuvres mises en scène chaque saison. Mais les vrais connaisseurs se précipiteront chez Stefan Mickish, un pianiste, qui explore les structures musicales et harmoniques de chaque opéra dans ses conférences. Il est toutefois devenu l'objet d'un tel culte au fil des ans, que trouver un billet est très difficile, d'autant que même ceux qui n'iront pas à la représentation à la Festspielhaus aiment se faufiler dans son public.

Se mettre sur son 31

Il fut un temps où l'on ne vous laissait pas rentrer à une représentation si vous n'étiez pas en tenue de soirée. Ce genre de code vestimentaire strict est devenu impossible à faire observer, mais si vous portez autre chose qu'une tenue très formelle, vous vous exposez aux regards condescendants voire méprisants des autres spectateurs. Et n'allez pas croire que la chaleur accablante vous servira d'excuse ! Vous aurez
tout loisir de faire admirer vos plus beaux atours en déambulant parmi les riches et célèbrités lors des entractes d'une heure.

Profiter des entractes pour se rafraîchir

Le Festspielhaus n'est pas climatisée. L'une des façons de faire redescendre la température pendant les entractes est de se rendre derrière le théâtre. Enlevez vos chaussures et trempez vous les pieds dans la «kneippanlage », un petit bassin en plein air baptisé du nom d'un prêtre bavarois du XIXe siècle qui croyait aux pouvoirs de l'hydrothérapie. Vous pourrez également profiter de la fraîcheur en cherchant les quelques 500 nains de jardin à l'effigie de Richard Wagner disseminés dans le parc.

wagner nain
wagner nain

Etre ponctuel

De tout temps Bayreuth n'a pas seulement été un lieu où l'on vient écouter de la musique, mais aussi où l'on vient pour être vu. Les premiers invités arrivent parfois au théâtre 90 minutes avant le lever de rideau. Les retardataires ne sont pas admis. Mais 15 minutes avant le début de chaque acte, des trompettistes jouent sur le porche une phrase-clé de l'acte à venir - sonnerie qui se répète 10 minutes puis 5 minutes avant la reprise. Quelques curieux aiment se rassembler devant le porche pour y assister.

Ménager son séant

Les sièges du Festspielhaus, en bois et sans accoudoirs, sont d'un inconfort total. On parlerait de «strapontin» dans n'importe quelle autre salle. Les rembourrer dégraderait irrémédiablement l'acoustique de la salle, assure-t-on. Mais apporter son propre petit coussin vous permettra de supporter des spectacles de six heures ou plus.

Renoncer à la voiture

Les alentours du théâtre offrent évidemment de nombreuses places de parking. Mais pour éviter les embouteillages avant et après la représentation, montez donc la colline verte à pied. La pente est certes raide, mais la lente marche vers le saint des saints de la musique wagnérienne peut se révéler propice à la méditation. Après le spectacle, la descente à pied vous permettra en outre de devancer pour votre dîner en ville tous les autres spectateurs qui auront fait le choix du transport motorisé.