Aurélien Gignoux, révélation des Victoires de la musique classique 2021

Le percussionniste Aurélien Gignoux est nommé dans la catégorie “Soliste instrumental” des Victoires de la musique classique 2021. Rencontre et portrait en sept questions.

Aurélien Gignoux, révélation des Victoires de la musique classique 2021
Aurélien Gignoux, © Nathalie Guyon - FTV

Aurélien Gignoux est percussionniste de 23 ans nommé dans la catégorie “Soliste instrumental” des Victoires de la musique classique 2021. Actuellement en dernière année de master au CNSM de Paris, Aurélien a fait un court séjour en Erasmus à la Hochschule de Muzik de Munich. Il est entre autres membre du trio KDM qui se consacre majoritairement au répertoire contemporain. Nous l'avons rencontré lors de ses répétitions à la salle Gaveau à Paris, juste avant le Concert des Révélations du mercredi 13 janvier .

Pourquoi avez-vous choisi la percussion? 

Je ne sais pas. En réalité, je ne pense pas vraiment l'avoir choisie. Mes parents étaient musiciens dans l'orchestre du Capitole de Toulouse. Ils m'ont emmené au concert alors que j'avais peut-être à peine six mois ou un an. Et dès qu'il y avait une intervention de percussions ou de timbales, mes parents me racontent que mes yeux s'écarquillaient de peur et de fascination. 

Vers trois ans, j'ai demandé à faire de la percussion. J'ai commencé en réalité à 4 ans, avec des coussins et des casseroles. Et puis la batterie, le tambour, et ensuite on découvre au fur et à mesure de l'âge, tous les instruments de percussion. La famille est tellement grande. 

Par quoi commence-t-on quand on est tout petit ? 

Tout simplement par le tambour. On refait un peu l'histoire de la percussion occidentale : tambour et ensuite, les claviers, le marimba, le vibraphone, le xylophone, les timbales, puis on élargit jusqu'à jouer des gongs, des crotales, comme je le fais au concert. 

Qu'est ce qui fait un bon percussionniste? 

Il faut être le plus polyvalent possible parce qu'il s'agit une famille d'instruments. Et à l'intérieur de cette grande famille, il y a la famille des métaux, des bois, des peaux. Chaque instrument requiert une technique assez particulière. Il faut savoir s'adapter et jongler entre les instruments, entre les matériaux et les timbres. Et puis ensuite, il y a aussi le mouvement dans l'espace. Dès fois on se retrouve avec de très grands set-up [installations, ndlr] et on doit naviguer partout. Donc, il y a tout un aspect chorégraphique assez important. 

Et puis, si on en a marre de jouer d'un instrument, on peut facilement passer à un autre. C'est une chance. Ce qui me plaît par dessus tout, c'est de chercher des timbres, de chercher des sons, de créer des alliages, et de profiter de la richesse de chacun.

Auriez-vous aimé rencontrer un compositeur en particulier, qui et pourquoi ?

En fait, la majorité des compositeurs qui écrivent pour la percussion sont vivants et donc ça, c'est une chance immense parce qu'on peut travailler avec eux. Après, si j'avais pu rencontrer un compositeur et travailler avec lui, par exemple, ça aurait été Stravinsky qui a déjà fait beaucoup avancer la percussion, notamment dans Le Sacre du printemps où il y a beaucoup de timbres, etc. C'était au début du XXe siècle, au moment où l'on voit arriver les premières pièces pour percussions solo. Donc en rencontrant Stravinsky, il y aurait peut-être eu possibilité de créer des pièces solos avec lui. Mais finalement, on est très heureux de pouvoir travailler avec les compositeurs d'aujourd'hui et à faire avancer l'instrument ensemble. 

Avez-vous un jardin secret, quelque chose qui vous nourrit particulièrement ?

Ce qui me nourrit tout le temps dans tous les projets que je fais, c'est d'improviser. C'est peut être ça mon jardin secret. C'est ce qui me permet de continuer d'explorer et de ne pas me laisser enfermer. Si je fais que de l'orchestre ou de la création contemporaine, je vais aussi prendre un temps toujours pour improviser, pour me libérer et continuer de créer. Ça va être ma soupape pour moi pour continuer de faire tout ce que j'aime.  C'est assez nécessaire. 

Votre instrument c'est d'abord le rythme. Était-ce difficile de coordonner les gestes et d'intégrer les rythmes ? Quel souvenir gardez-vous de vos débuts ?

Je pense que tout le monde peut apprendre le rythme si c'est bien enseigné, même si ce n'est pas une chose aisée. Mais quand on est enfant, on a un rapport très naturel avec le monde qui nous entoure. Et si on commence à parler de danse et de mouvement, il n'y aura aucun souci de rythme. Ça va être naturel. Par contre, si on a tendance à se concentrer sur les poignées et les baguettes, on va perdre ce sentiment naturel. C'est un travail que même moi je continue à faire. Toujours retourner à l'essentiel, aux basiques du mouvement, du ressenti dans le corps. Il faut être très à l'écoute de son corps et le rythme qui le traverse. Il y a vraiment un aspect où il faut lâcher prise dans la tête, il ne faut pas essayer de contrôler et en même temps il faut transmettre ce qu'on ressent dans nos baguettes, se laisser traverser. 

Comment vivez-vous la crise sanitaire actuelle ? Qu'est-ce qu'elle vous inspire ?

C'est vraiment une période très compliquée. Ce qui est important à savoir, c'est que nous devons jouer devant un public. Les solutions que l'on a trouvées pour jouer sans public en visioconférence sont bonnes parce qu'elles nous permettent de continuer à travailler, à se produire, ce qui n'est pas rien. Mais on a cruellement besoin du public. Sa présence fait tout. Si on crée une pièce devant personne, cela perd tout son intérêt. On a besoin de cette énergie, de cette vibration. Ça relève de l'ineffable. On a besoin du public pour partager vraiment dans les deux sens. C'est la limite du virtuel.

Les vidéos d'Aurélien Gignoux

Couperin, Les Barricades Mystérieuses (Marimba)

Maresz, Etude d’impact

Ravel, Ma mère l'oye, "Laideronnette, impératrice des Pagode"