Au Royal Opera House, l’argent du pétrole embarrasse

Une manifestation écologiste a eu lieu ce mardi devant l’institution londonienne, avec un mot d’ordre : stop au partenariat entre l’établissement et le géant pétrolier BP. Des actions qui sont de plus en plus récurrentes dans le monde culturel.

Au Royal Opera House, l’argent du pétrole embarrasse
Au Royal Opera House, l’argent du pétrole embarrasse, © Getty

Le collectif Extinction Rebellion a pris d’assaut le parvis du Royal Opera House de Londres, mardi 2 juillet en fin de journée. Le groupe d’action militante veut dénoncer les partenariats de l’institution lyrique avec la société BP (anciennement British Petroleum). La représentation de Carmen, de Georges Bizet, était diffusée sur 13 écrans géants appartenant au groupe pétrolier, dans des lieux publics du Royaume-Uni.

Lola Perrin, coordinatrice de l'action militante, également musicienne et compositrice, a déclaré : « Dans cet opéra, le personnage central, Carmen, est tué, ce qui présente donc un scénario de scène de crime semblable à notre action. »

En effet, la manifestation s’est terminée par un « die-in », comprenez une scène de mort. Cela pour mettre en évidence le risque d’extinction de l’Homme, accéléré par le changement climatique, dans lequel les entreprises comme BP sont accusées de jouer un rôle important.

Un partenariat qui met de l'huile sur le feu

L’entrée a été perturbée par les militants, mais a tout de même eu lieu. Sur les marches de l’établissement, une version repensée de la Habanera a été jouée par des musiciens et chantée par la mezzo-soprano Simone Ibbet-Brown. Visuellement, le rouge sang de Carmen faisait écho à la destruction causée par l’exploration des combustibles fossiles des compagnies pétrolières.

C’est d’ailleurs la deuxième fois que le groupe organise une telle manifestation lors d’un opéra. Le 11 juin dernier, la projection de Roméo et Juliette, là aussi sur plusieurs écrans géants sponsorisés par BP, avait été perturbée par les militants écologistes.

Les organisations écologistes veulent presser les institutions culturelles pour qu’elles reconnaissent leur rôle dans la légitimation des activités des groupes pétroliers. Selon elles, cette visibilité dans le monde culturel permet aux groupes de laver leur image au vert. Et tout cela ne s’arrête pas au Royal Opera House.

De l'argent sale sur les scènes britanniques

Le mécénat artistique est délicat outre-manche. En quelques mois, la plupart des établissements londoniens de renom ont été touchés par ces actions. Comme l’opéra de Covent Garden, la Royal Shakespeare Company est pointée du doigt pour ses liens avec le géant BP. 

Un de ses acteurs vedettes, Mark Rylance, associé à cette scène depuis 30 ans, a annoncé le 21 juin dernier sa démission. Selon l’acteur, l'accord de la Royal Shakespeare Company (RSC) aide la compagnie pétrolière à nuancer «la réalité destructrice de ses activités ».

« Je ne souhaite pas être associé à BP plus qu'à un marchand d'armes, un vendeur de tabac ou toute personne qui détruit délibérément la vie d'autres personnes vivantes et à naître. William Shakespeare non plus, je crois. »

L'opposition au parrainage de BP est maintenant tellement sous les projecteurs qu'elle s’étend à toutes les institutions culturelles britanniques. Toujours en juin, un juge et plusieurs artistes de renom ont écrit au directeur de la National Portrait Gallery à la veille de ses récompenses annuelles pour lui demander de mettre fin à ses liens avec BP. Même message quand des centaines de personnes ont occupé le British Museum, en début d’année.B

Jess Worth, co-fondatrice du groupe d’action engagé contre le mécénat culturel par les combustibles fossiles en Grande-Bretagne, conclut : « Alors que les acteurs, les musiciens, les artistes et les amateurs de culture s'unissent dans un chœur de désapprobation, la RSC, la National Portrait Gallery, le Royal Opera House et le British Museum doivent agir rapidement pour mettre fin à ces partenariats, sinon leur réputation va continuer à se détériorer. »