Au musée du Louvre-Lens, le festival Muse & piano fait dialoguer musique et art

Le festival Muse & piano revient pour la troisième année consécutive entre les murs du musée Louvre-Lens. Récitals de piano, concerts surprises au milieu des œuvres et du public, le festival poursuit son objectif de faire dialoguer musique et art.

Au musée du Louvre-Lens, le festival Muse & piano fait dialoguer musique et art
Le festival Muse & piano organise des concerts surprise au milieu des oeuvres d'art du musée Louvre Lens, © Maxppp / Séverine Courbe

Voilà maintenant cinq ans que le Louvre-Lens a ouvert. Cinq années pendant lesquelles il a été permis de croire que le musée apporterait un dynamisme économique et culturel à cet ancien bassin minier fortement ébranlé par la crise. Si le volet économique n'est clairement pas au rendez-vous pour l'instant, le volet culturel semble, lui, commencer à s'installer. En cinq ans, le Louvre Lens est devenu le troisième musée de province le plus visité avec 450 000 personnes en moyenne par an.  

Ce dynamisme a permis la création d'une offre culturelle complémentaire, dont fait partie Muse & piano. Le festival créé en 2016 a su innover en proposant un modèle d'un nouveau genre. Les concerts de piano se déroulent entre les murs du musée : des récitals, le soir, dans la Scène (salle de concert du musée) et surtout, des concerts surprises d'une quinzaine de minutes au milieu des œuvres d'art. Du vendredi 28 au dimanche 30 septembre, les pianistes de cette troisième édition surprendront le public en jouant des courtes pièces dans la Galerie du temps, cette pièce maîtresse du Louvre-Lens qui déroule 4 millénaires de l'histoire de l'art.  

C'est lors de ces happenings que le festival, cofondé par Rodolphe Bruneau-Boulmier, prend tout son sens. « La musique a des choses à dire à la peinture, et inversement. Cela permet aux gens de dire : "Vous avez aimé, maintenant vous pouvez venir au concert ce soir" » déclare celui qui présente également En Pistes ! avec Emilie Munera, tous les jours de 9h à 11h sur France Musique. « Les artistes du festival viennent tous en amont visiter le musée pour s'inspirer des œuvres et bâtir un programme. C'est assez incroyable qu'ils prennent le temps de faire cela quand on connaît l'emploi du temps de pianistes comme Bertrand Chamayou ou Francesco Tristano ».   

Rodolphe Bruneau-Boulmier reconnaît l'influence qu'a pu avoir la Galerie du temps sur la conception du festival. Cette grande frise chronologique qui représente toutes les époques dans une même salle lui a fait comprendre l'importance de décloisonner les époques et les esthétiques. « Généralement, les musées ont tendance à séparer les époques. La salle du XVIIe, puis celle du XVIIIe, etc. Quelque part, les musiciens font la même chose avec le répertoire : un jour une sonate de Schubert, un autre jour une pièce de Boulez. L'idée est de proposer des récitals qui regroupent plusieurs esthétiques », explique le directeur artistique de Muse & piano. 

« Ce sont souvent ces moments qui sont les plus touchants dans la vie d'un musicien »

Cette année, les pianistes Francesco Tristano et Bertrand Chamayou sont les têtes d'affiche. Ils sont rejoints par Nathanaël Gouin et Clément Lefebvre qui joueront dimanche 30 septembre un récital commun, puis termineront à quatre mains. Pour Clément Lefebvre, jouer au Louvre-Lens représente tout un symbole. Le pianiste de 28 ans est né et a grandi dans le Pas-de-Calais. Il se réjouit donc que son département natal puisse bénéficier d'une offre culturelle comme celle-ci. 

« Il est vrai que nous ne possédons pas de grande salle de concerts. C'est donc un vraie chance d'avoir ce musée et ce festival. Il permet de pouvoir aller à la rencontre de publics différents. Il y a des actions avec des lycées, j'irai ensuite jouer dans une maison de retraite. Ce sont souvent ces moments qui sont les plus touchants dans la vie d'un musicien », explique-t-il.   

Lors de sa visite préparatoire du Louvre-Lens qui a servi à élaborer son programme de récital, Clément Lefebvre s'est particulièrement attaché à un oeuvre en particulier. « C'était un moment très spécial puisque nous avions la Galerie du temps pour nous seuls. J'ai été touché par un buste romain représentant Pompée, d'après un original grec. Cela m'a tout de suite inspiré pour choisir la Nouvelle suite en la de Rameau, ainsi que les Variations sérieuses de Mendelssohn. J'y ai vu un moyen de parler au public de la perception. Ici entre le marbre et le bronze d'un côté, puis entre le piano et le clavecin de l'autre ».   

Rodolphe Bruneau-Boulmier y tient vraiment à cœur. Les artistes doivent devenir médiateurs et prendre la parole. « Je leur demande à tous de s'exprimer au sujet du lien entre leur programme et l'oeuvre du musée qui les a inspirés. Le public est demandeur d'assister à une médiation orale. Et cela permet de rassurer certains d'entre eux qui auraient des craintes sur la musique classique et de les faire venir au concert ».   

Le musée du Louvre-Lens inaugure ce mercredi 26 septembre sa nouvelle exposition temporaire consacrée au thème de l'Amour. Un thème qui a inspiré le concert-lecture que donneront la pianiste Marie-Catherine Girod et le comédien Gabriel Dufay (Schumann, Liszt, Wagner…).