Amoureux des mots et de la musique, Jacques Drillon s’en est allé

Il était journaliste, écrivain, critique. Mais il était surtout un grand serviteur de la beauté de notre langue et de la culture de la grande musique. Jacques Drillon avait aussi officié sur l’antenne de France Musique. Emporté par la maladie, il nous a quittés à l’âge de 67 ans.

Amoureux des mots et de la musique, Jacques Drillon s’en est allé
Jacques Drillon était essayiste, transcripteur et musicien. Il a signé de nombreux ouvrages, dont “Schubert et l'infini” et “La Musique comme paradis”., © Getty / Eric Fougere

La signature de Jacques Drillon restera longtemps associée à de grands ouvrages, comme son Traité de la ponctuation française (1991) ou Cadence (2020). Elle sonnera aussi comme un bon souvenir à tous les lecteurs de L’Obs (ancien Nouvel Observateur), où Jacques Drillon a collaboré durant vingt ans. Plume derrière de nombreuses critiques, essais, mais aussi les célèbres mots-croisés du magazine.

Depuis son enfance, c’est pourtant bien la musique qui occupait le quotidien de Drillon. Durant toute sa vie, il a vécu avec elle. Tout fait, ou presque. Il l’a d’abord enseignée, dans un collège lorrain. Il dirigeait de leçons d’instruments (flûte et piano). Portait la voix, dans un ensemble vocal de Gérard Caillet. À 20 ans, il a même rejoint l’antenne de France Musique, grâce à Louis Dandrel, avant de se consacrer à la direction d’enregistrements intégraux chez Harmonia Mundi, notamment. À la radio, il se joue avec brio de formules et de critiques sur Bach, Gould, Liszt et Stockhausen.

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À l’annonce de la disparition de Jacques Drillon, dans la nuit de Noël, Jérôme Garcin a signé pour L’Obs un hommage dans lequel il raconte les moments « hors du commun » vécus avec son ami : « Il nous fit découvrir davantage Liszt dans ses transcriptions que dans ses œuvres et entendre, comme s’il les achevait lui-même, les compositions abandonnées de Schubert. »

« La musique est un paradis », répète-t-il

Boulimique de musique, il passait des heures, seul, devant son piano. Récitait du Mozart, pour qui il éprouvait un « amour inconditionnel ». Dans ses articles, ses critiques, et même ses nombreux livres, Jacques Drillon couchait sur le papier ses sentiments musicaux, ses souvenirs, ses émotions à l’instrument ou ceux du travailleur acharné des transcriptions musicales.

« Comme tout ce qui est sous nos yeux quotidiennement, la musique n’est plus regardée. On ne voit plus sa singularité. Et pourtant, elle est, entre tous les arts, la seule à pouvoir être « reçue » (écoutée) et « pratiquée » (l’interprète crée lui-même, chez lui, pour lui, une œuvre déjà créée par le compositeur), la seule qui ne contienne aucun autre message qu’elle-même, elle est le seul élément du monde à n’être pas divisé en « apparence » et « réalité », la seule activité qui mobilise en même temps la totalité des facultés intellectuelles, physiques et affectives. Elle est absolument dégagée des lois du monde réel, comme si elle était un « autre réel » à elle toute seule,  une « plénitude sans contenu » (Cioran).  Elle est un paradis, auquel trop peu d’êtres humains, de moins en moins d’êtres humains, ont accès. Hélas. » - Jacques Drillon, en 2019, sur France Musique

Touché par une tumeur au cerveau depuis plusieurs années, la maladie l’avait rattrapé ces derniers mois. Contraint de poser sa plume, d’abandonner ses collaborations pour les différents médias, il ne restait ces dernières semaines à Jacques Drillon que la musique pour se libérer. Disparu dans la nuit du 24 au 25 décembre 2021, à l’âge de 67 ans, cet auteur et musicographe laisse derrière lui de très nombreux écrits et un travail remarquable sur la musique.