Alexandre Desplat remporte son deuxième Oscar pour la musique de "The Shape of Water"

Le compositeur Alexandre Desplat a décroché son deuxième Oscar dimanche 4 mars pour la bande-originale de « La Forme de l'eau » ("The Shape of Water"), la romance fantastique de Guillermo del Toro.

Alexandre Desplat remporte son deuxième Oscar pour la musique de "The Shape of Water"
Alexandre Desplat a été récompensé d'un Oscar pour la musique de La Forme de l'eau, © Maxppp / Jim Ruymen

Après un Golden Globe, un Bafta Award et de nombreuses autres récompenses, c’est désormais d’un Oscar dont a été décoré Alexandre Desplat pour la musique du film La forme de l’eau (The Shape of Water) de Guillermo del Toro, oscar du meilleur film. 

« Guillermo, merci d'avoir laissé la musique être la voix de tes personnages pour transmettre la belle mélancolie de l'amour », a-t-il déclaré sur la scène du Dolby Theater en recevant sa statuette. 

Lorsqu’il avait reçu son premier Oscar, il y a trois ans, pour la musique de The Grand Budapest Hotel, de Wes Anderson, Alexandre Desplat avait expliqué qu’il était « très difficile de convaincre des metteurs en scène américains de faire appel à vous, ils ont leur réseau et la pression est énorme ». 

Il figure aujourd'hui parmi les valeurs sures d'Hollywood et possède désormais une belle collection de récompenses, du Bafta Award aux Grammys Awards en passant par trois Césars en 2006, 2011 et 2013 pour De battre mon cœur s'est arrêté, The Ghost Writer et De rouille et d'os.

Dans le cercle des français les plus décorés aux oscars, il reste cependant derrière par Michel Legrand, lauréat de trois Oscars, et Maurice Jarre, trois fois oscarisé aussi, notamment pour Lawrence d'Arabie. 

Une carrière internationale 

Encore très française jusqu'au début des années 2000, la carrière d’Alexandre Desplat s’est internationalisée lorsque sont arrivées les premières propositions d'outre-Atlantique, La jeune fille à la perle de Peter Webber en 2003, puis Birth de Jonathan Glazer, sorti l'année suivante.

Ce fut un déclic, « les gens appelaient et réclamaient la personne qui avait composé la musique de Birth », se souvient Laura Engel, son agent.

Dès lors, les projets d'envergure se sont enchaînés avec David Fincher, Roman Polanski, Stephen Frears, Luc Besson, ainsi que de multiples collaborations avec Wes Anderson ou George Clooney, avec lequel il a travaillé à trois reprises pour Les marches du pouvoir (2011), Monuments men (2014) et Bienvenue à Suburbicon (2017).

Alexandre Desplat est l'auteur de plus d'une centaine de bandes originales dont le dernier opus de la saga des Harry Potter, un des temps forts de sa carrière, comme il le raconte aujourd'hui :  « Être devant cent musiciens au pupitre tous les jours, debout pendant 9 heures, avec le staff de la Warner et des producteurs en cabine qui attendent que vous les surpreniez, c'est beaucoup de pression . »

Lorsqu’il revient sur son travail, le compositeur explique faire une proposition stylistique différente pour chaque film « parfois même avec un metteur en scène avec lequel j'ai déjà travaillé ». 

Un tourbillon musical 

Né en 1961 d'un père français fan de la chanteuse égyptienne Oum Kalsoum et d'une mère grecque Alexandre Desplat a grandi « dans un tourbillon musical », du jazz à la bossa nova en passant par les musiques grecque et arabe.

« J'ai pris beaucoup de temps à me construire et à savoir quel était mon univers, j'avais tellement d'influences qu'il a fallu que je les synthétise », note le musicien. Il ajoute que sa passion pour le cinéma est « presque aussi forte que pour la musique ».  Cinéphile, il fut membre du jury du festival de Cannes en 2010 et président de celui de la Mostra de Venise l'an passé, une première pour un musicien.

Interrogé par l'AFP à l'occasion de sa présidence vénitienne, il expliquait la place qu'occupe à ses yeux la musique à l'écran : « Elle a deux rôles primordiaux: la fonction et la fiction. La fonction, c'est la vitesse, le rythme; la fiction, c'est ce qui crée un univers qui n'est pas dans le film mais autour du film. C'est cet équilibre qui m'intéresse ». 

avec AFP