Alain Altinoglu dirige un concert pour les 100 ans du génocide arménien

Le chef français d'origine arménienne Alain Altinoglu dirige ce mardi 21 avril au Théâtre du Châtelet, un concert en mémoire du génocide de 1915. Pour l'occasion, un orchestre éphémère a été formé par des musiciens de la diaspora arménienne venant du monde entier.

Alain Altinoglu dirige un concert pour les 100 ans du génocide arménien
Alain Altinoglu à la tête de l'Armenian world orchestra, en arrière-plan le violoniste Jean-Marc Phillips-Varjabédian. © Victor Tribot Laspière

Ce soir-là au Châtelet, tous les musiciens arboreront un badge représentant une fleur de myosotis qui dans de nombreuses langues signifie "Ne m'oubliez pas". Car c'est bien cela qui est au coeur des nombreuses commémorations du centenaire du génocide arménien : un devoir de mémoire. Organisé à l'initiative de l'Union générale arménienne de bienfaisance (UGAB France), ce concert exceptionnel fera date, que ce soit par son aspect symbolique ou par sa qualité artistique.

Une soixantaine de musiciens, tous d'origine arménienne et provenant du monde entier se sont réunis à Paris pour former l'Armenian world orchestra, une formation éphémère. Le Choeur de la Fondation Gulbenkian basé au Portugal et dirigé par Michel Corboz s'est également joint aux célébrations. Tous seront dirigés par le talentueux chef d'orchestre Alain Altinoglu, lui aussi d'origine arménienne. Né en France, le musicien confie avoir appris à parler l'arménien avant le français grâce à ses parents, arméniens de Turquie arrivés dans l'hexagone en 1971. Pourtant, ce n'est qu'il y a deux semaines qu'Altinoglu, sa femme la mezzo-soprano Nora Gubisch et leur fils, se sont rendus en Arménie pour la première fois.

"J'ai découvert un pays magnifique, tant géographiquement qu'humainement. Les arméniens sont généreux et accueillants, comme je pouvais l'imaginer. Le plus étrange était certainement d'entendre les gens parler en arménien dans la rue, jusqu'à présent, c'était la langue du cercle familial intime." Le chef d'orchestre s'est rendu à l'impressionnant mémorial du génocide à Erevan, la capitale. "Un instant très fort en émotion ".

Alain Altinoglu, le violoniste Jean-Marc Phillips-Varjabédian et son frère, le violoncelliste Xavier Phillips. © Victor Tribot Laspière
Alain Altinoglu, le violoniste Jean-Marc Phillips-Varjabédian et son frère, le violoncelliste Xavier Phillips. © Victor Tribot Laspière

Et c'est cette émotion que les musiciens veulent retranscrire ce soir au Châtelet. Au programme, Khatchatourian, des pièces traditionnelles arméniennes de Komitas, le Requiem de Mozart et une oeuvre commandée par l'UGAB France, Ciel à vif de Michel Petrossian. Cette création pour choeur, orchestre et trio concertant (piano, violon et violoncelle) est constituée de références denses, comme un panorama de l'âme arménienne. Le texte reprend diverses sources allant de chants traditionnels arméniens, des passages de la Bible ou encore des dialogues d'un film de Jean-Luc Godard.

Michel Petrossian a voulu pointer du doigt l'absence de Dieu dans ce drame qu'est le génocide. L'oeuvre se termine par le bruit de feuilles qui se déchirent, de grandes feuilles de papier sur lesquelles sont inscrits les noms des villes et des villages où les massacres ont été particulièrement intenses. "C'est ma manière d'incorporer dans l'oeuvre la commémoration du génocide. Les noms seront aussi chuchotés, criés par le choeur et par les musiciens. La déchirure du papier symbolise une ligne de non-retour "', explique le compositeur, lauréat du Concours Reine-Elisabeth en 2012.

Pour Alain Altinoglu, la non-reconnaissance du génocide arménien est une "blessure ouverte extrêmement douloureuse. Les nombreuses célébrations du centenaire de cette tragédie vont jouer un rôle pour ce devoir de mémoire. On sent aussi que parmi la jeunesse turque par exemple, il y a une volonté de vouloir regarder le passé droit dans les yeux. Grâce à internet, ils peuvent échapper au carcan d'une éducation qui depuis des années leur apprend le négationnisme".

Le chef conclut en insistant sur le caractère rassembleur de ce concert. "Même si c'est évidemment un événement politique, c'est aussi un acte symbolique de rassemblement. La musique a cet incroyable pouvoir de rapprocher les Hommes".

Concert Génocide arménien 100 ans de mémoire, mardi 21 avril à 20h, Théâtre du Châtelet

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