A Aix, la culture arabe célébrée sur scène

Cette année, le festival d’Aix a présenté pour la première fois un opéra en français et en arabe. Une création mondiale du Franco-Palestinien Moneim Adwan, qui met en scène une fable orientale.

A Aix, la culture arabe célébrée sur scène
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Un univers oriental sur la scène du très beau théâtre à l’italienne du Jeu de Paume d’Aix-en-Provence. C’est un pont entre deux cultures que voulait ériger Moneim Adwan en écrivant Kalila Wa Dimna « un opéra avec une véritable identité arabe » explique-t-il, avec des chants en arabe, un texte récité en français, et des artistes qui viennent de Tunisie, de Palestine ou du Liban.

Le compositeur a choisi d’adapter la fable du Lion et du bœuf, issue du recueil de contes Kalila et Dimna, grand classique de la littérature arabe, attribué à Ibn Al-Muqaffa au VIIIe siècle. Elle raconte l’histoire d’un roi tyrannique, isolé du monde, dont la rencontre avec un poète, Chatraba, lui ouvre les yeux sur les souffrances de son peuple. Mais cette amitié est rompue par un conseiller jaloux, Dimna, qui réussit à convaincre le roi de faire exécuter le poète.

« Cet opéra a une vertu éducative », explique Moneim Adwan, « il démontre l’importance de l’éducation et de la culture. Il est facile de faire un dictateur, mais difficile de faire quelqu’un d’instruit ». Un message politique, qui résonne avec l’actualité: « C’était très important pour moi de faire cet opéra maintenant, notamment par rapport aux printemps arabes » raconte le compositeur. L’auteur du livret, le syrien Fady Jomar, fut lui-même prisonnier politique de Bachar-al-Assad, « et sorti de prison, il reste persuadé qu’il peut changer le système dans son pays grâce à l’art, l’amour et la poésie. » Une pensée et un engagement résumés par une phrase chantée à la fin du spectacle : “ Si vous tuez un poète, il renaîtra en mille chansons ”.

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La démarche de l’artiste est également significative. Monter cet opéra, c’est adresser un message à la communauté arabe en France : « C’est une façon de valoriser cette culture, et de montrer que l’on s’intéresse à eux. » Kalila Wa Dimna va ensuite être joué en Tunisie, au Liban, en Algérie et au Barhein. Présenter dans ces pays le “le premier opéra arabe jamais écrit” constitue un acte fort pour Moneim Adwan, qui explique d’ailleurs avoir rencontré des difficultés à dénicher les artistes qui sont aujourd’hui sur scène : “ L’opéra n’existe pas du tout dans la culture arabe, c’était donc compliqué de trouver des artistes capables de chanter et de jouer. Personnellement, j’étais chargé de recruter les chanteurs sur leur voix, en voyageant dans différents pays, et ensuite, par skype, le metteur en scène Olivier Letellier examinait leur jeu d’acteur ”.

C’est donc avec une certaine émotion que l’oeuvre va parcourir le monde arabe : “Cela représente quelque chose de jouer là-bas. Pour moi, mais aussi pour eux. Ils vont pouvoir découvrir un livret arabe, des musiciens et des chanteurs qui partagent leur culture. C’est très important, et peut être que cela va permettre à d’autres compositeurs de composer des opéras orientaux.” Moneim Adwan, lui, réfléchit déjà à sa prochaine oeuvre, un opéra basé sur les contes des Mille et une nuit un livre magnifique, où pour la première fois les femmes retirent leur masque et parlent d’amour en totale liberté.”

Un opéra à écouter ce vendredi 8 juillet sur France Musique

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