Affaire du Boléro : des héritiers réclament une prolongation des droits d’auteur de 20 ans

L’entrée dans le domaine public du Boléro de Ravel le 1er mai 2016 met en lumière des sombres affaires autour des droits d’auteur de l’œuvre. Le dernier rebondissement sort dans la presse mardi 3 mai, soit deux jours après la fin de la protection du Boléro.

Affaire du Boléro : des héritiers réclament une prolongation des droits d’auteur de 20 ans
Les locaux de la Sacem se situent dans l'ouest parisien, face à la Défense ©VincentIsore/Maxppp

L’affaire autour des droits d’auteur du Boléro de Ravel semblait close avec l’entrée de l’œuvre dans le domaine public le 1er mai... Jusqu’à ce que de discrets héritiers se montrent insistants, au point de se rendre au siège de la Sacem (société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique) une semaine avant que l’œuvre ne soit plus protégée.

Ces héritiers souhaitent que le Boléro, à l’origine composé pour un ballet, soit considéré comme une œuvre collaborative. Une stratégie qui permet d’attribuer les droits d’auteur au compositeur, ici Maurice Ravel, et aux collaborateurs, en l'occurrence la chorégraphe Bronislava Nijinska, et le décorateur Alexandre Nikolaïevitch Benois, qui ont participé à la création de l’œuvre au Palais Garnier en 1928.

Le Figaro, dans son édition du 3 mai, avance que sept héritiers du décorateur russe (décédé en 1960) ont pressé la Sacem ces derniers temps pour ajouter au bulletin de déclaration d’origine du Boléro, leur aïeul comme coauteur de l’œuvre. La procédure, engagée en 2005, n’avait pas donné suite. Alors à quelques jours de l’entrée dans le domaine public du Boléro, les héritiers sont passés à la vitesse supérieure en envoyant des lettres par huissier.

Si les héritiers se sont montrés insistants, c’est qu’en associant Alexandre Nikolaïevitch Benois aux droits d’auteur du Boléro, l’œuvre resterait protégée encore 23 ans et 120 jours exactement. Une rallonge estimée à 20 millions d’euros selon les informations du journal.

Pour faire pression auprès de la Sacem, les héritiers Benois s’associent aux héritiers de Ravel. Le compositeur français n’ayant pas de descendants, c’est à travers deux sociétés écran, Arima et Cavonda International Music Promotion BV, que les héritiers de Ravel se manifestent. Ou plutôt à travers quelques avocats et Jean-Manuel de Scarano, un personnage phare dans l’affaire du Boléro.

Jean-Manuel de Scarano est producteur et prend la direction des Editions Durand de 1982 à 2000. La maison édite les partitions de Ravel, dont le Boléro, et touche des droits conséquents sur les œuvres du compositeur, jusqu’à ce qu’elles tombent dans le domaine public.

Pour en savoir plus sur ces société écran, lire l’enquête sur les droits de Ravel.

Lundi 25 avril, les héritiers, longtemps restés discrets et leurs avocats débarquent au siège de la Sacem pour réclamer la prolongation de 23 ans de l’œuvre. Dans l’urgence, la société organise vendredi 29 avril, soit deux jours avant l’entrée du Boléro dans le domaine public, un comité extraordinaire avec le conseil d’administration. La décision d’associer des coauteurs à l’œuvre est refusée à l’unanimité.

Pourtant, la société a récemment accepté d’ajouter le nom de ce même chorégraphe russe, Alexandre Nikolaïevitch Benois, au bulletin de déclaration d’un ballet de Stravinsky. La Sacem est donc en mesure de modifier des bulletins légalement. Maintenant reste à savoir si les héritiers en restent là ou s’ils souhaitent poursuivre leur action en justice.

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