À Londres, la "Tate Modern de la musique classique" ne verra jamais le jour

L'épidémie de Covid a raison du projet de "Centre for music", cette salle de concert ambitieuse au cœur de Londres. Un coup de massue pour la capitale, qui souhaitait depuis plusieurs années sa propre "Philharmonie".

À Londres, la "Tate Modern de la musique classique" ne verra jamais le jour
L'agence d'architecture new-yorkaise Diller Scofidio + Renfro avait déjà révélé ses conceptions pour le centre., © Diller Scofidio + Renfro

C'est un projet à 288 millions de livres sterling qui part en fumée. Le "Centre for music", "Tate Modern de la musique classique", qui devait être érigé au cœur de Londres, ne se fera pas à cause de l'épidémie de Covid-19. "Au vu des circonstances, le projet du 'Centre for music' s'arrête là",a indiqué ce jeudi un porte-parole de la City of London Corporation. "Des propositions alternatives pour le site, occupé actuellement par le Musée de Londres, seront avancées dans les prochains mois."

Un coup de massue pour la ville de Londres, qui souhaitait ardemment depuis plusieurs années sa propre "Philharmonie", au rayonnement mondial, qui rivaliserait avec celles d'Hambourg ou de Paris. Une salle de concert à l'"acoustique parfaite", pouvant accueillir 2 000 spectateurs, avec tout autour des restaurants, des boutiques et un lieu réservé aux artistes de jazz. L'agence d'architecture new-yorkaise Diller Scofidio + Renfro avait d'ailleurs déjà révélé ses conceptions pour le centre. Une création audacieuse, qui n'aboutira donc jamais.

Premiers doutes avec le départ de Simon Rattle

Des doutes sur le projet avaient commencé à naître en janvier, quand le plus célèbre des chefs d'orchestre britanniques, Simon Rattle, avait annoncé quitter l'orchestre symphonique de Londres pour l'Allemagne, en signant un contrat de cinq ans avec l'Orchestre symphonique de la radiodiffusion bavaroise (BRSO). "Pour des raisons personnelles", disait alors le maestro, farouchement opposé au Brexit, et dont la femme, la mezzo-soprano tchèque Magdalena Kozena, vit depuis plusieurs années à Berlin avec leurs enfants. 

Or, Simon Rattle était l'un des plus fervents défenseurs du projet, qu'il décrivait comme une "formidable et moderne salle de concert internationale". En 2017, il estimait que le Barbican Center, qui accueille actuellement le LSO, avait été "magnifiquement conçu pour accueillir un certain type d’orchestre", mais qu’il ne "pouvait pas accueillir de très grands ensembles, avec un chœur." 

Un projet vivement critiqué

Le financement du projet a toujours été controversé - France Musique vous en parlait déjà en 2015 - les critiques et les personnalités du gouvernement affirment qu’une salle de concert de cette envergure et de ce coût n’est pas nécessaire. En novembre 2016, le gouvernement anglais avait décidé de ne plus financer l’étude préalable à sa construction, qui avait été finalement prise en charge par la City of London Corporation. Cette dernière met donc ce jeudi brusquement un terme à ce projet pharaonique. Au grand dam des amateurs de classique mais aussi des musiciens anglais, en grande difficulté en ce moment face à la crise sanitaire.