7 films sublimés par la musique de Beethoven

Mis à jour le jeudi 13 octobre 2016 à 17h34

Orange mécanique de Stanley Kubrick, Irréversible de Gaspar Noé, ou encore Elephant de Gus Van Sant, tous ces films ont un point commun : l’utilisation mémorable d’oeuvres de Ludwig van Beethoven.

7 films sublimés par la musique de Beethoven
Orange mécanique version Beethoven - mea

Beethoven au cinéma, c’est un chien, des navets romantico-biographiques - dont certains bien gratinés - quelques biopics mieux sentis, mais aussi, et surtout, des scènes parfois mythiques sublimées par le mouvement d’une symphonie, ou quelques notes d’une pièce pour piano…

« Nos compositeurs de musique de film, aussi bons soient-ils, ne sont pas Beethoven, Mozart, ou Brahms » Stanley Kubrick

Difficile, pour un réalisateur, de ne pas être tenté de puiser dans l’infinie richesse de la musique classique pour illustrer, voire sublimer son propos. Stanley Kubrick en fit d’ailleurs l’expérience sur 2001, l’Odyssée de l’Espace. Hostile aux propositions d’Alex North, retenu pour signer la bande originale du film, le réalisateur américain se tourna vers Strauss, Khatchatourian et Ligeti. Ludwig van Beethoven, pour sa part, est éternellement associé à un autre de ses chefs-d’oeuvre : Orange Mécanique.

Quintessence du drame dans Le Discours d’un Roi, fil directeur fragmentaire dans Une femme mariée, contraste entre douceur et violence dans Elephant, ironie d’une culture qui ne protège pas de la violence dans Orange mécanique... la musique de Beethoven fut très rarement utilisée dans un but de pure illustration, mais bien plus pour souligner le propos d’une scène, et l'enrichir.

Orange Mécanique, Stanley Kubrick (1971)

Fil conducteur du film de Stanley Kubrick, la 9e symphonie est un miroir du personnage principal _Alex_, utilisée à plusieurs moments soit dans sa version originale \- celle de Beethoven \- soit dans sa version retravaillée par la compositrice **Wendy Carlos** : _Marche d’Orange Mécanique_ et _Suicide Scherzo_. Soulignant l’irrationalité du lien entre violence et culture, le réalisateur déclarait à un journaliste du _Daily Express_ : « _Des gens ont écrit sur l’échec de la culture au XXe siècle : l’énigme des Nazis qui écoutaient Beethoven et envoyaient des millions de personnes dans les chambres à gaz_ ». ►_A écouter : \* [](http://www.francemusique.fr/emission/le-grand-caleidophone/2013-2014/stanley-kubrick-musique-classique-et-musique-de-film-05-18-2014-18-00)_[Stanley Kubrick, musique classique et musique de film\*](http://www.francemusique.fr/emission/le-grand-caleidophone/2013-2014/stanley-kubrick-musique-classique-et-musique-de-film-05-18-2014-18-00) ## \*Elephant, \* Gus Van Sant (2003)
Deux lettres d’amour de Beethoven, la _Sonate au Clair de Lune_ et la _Lettre à Elise_, jouées comme des refrains obsédants par Alex, un adolescent criminel en devenir, inspiré de la fusillade au lycée Columbine en 1999\. Là où l’Alex d’_Orange mécanique_ déversait sa violence sur des oeuvres jubilatoires, l’Alex d’_Elephant_ trouve refuge dans des compositions calmes, mais révélatrices de la frustration, du non\-dit, et de la mélancolie du personnage qui l’amènent lentement vers le massacre. ## \*Irréversible \*, Gaspar Noé (2002)
Le choix du second mouvement de la _7e Symphonie \* de Beethoven par **Gaspar Noé** dans \*Irréversible_ est à la fois un écho à l’omniprésente référence à Kubrick, mais aussi, et surtout, un absolu contre\-pied narratif. A l'écoeurante violence saccadée \- y compris sonore \- du début du film répond l’_allegretto_ de la 7e symphonie dans une scène finale de paix et d'innocence filmée avec beaucoup de grâce. ## _Une femme mariée_, Jean\-Luc Godard (1964)
« _Il faut_, _il faut \* » dit **Jean\-Paul Belmondo** au début d’_A bout de souffle_, citation du dernier mouvement du Quatuor op.135 et de l’inscription du compositeur « \*Le faut\-il ? Il le faut ! \* ». Beethoven et **Jean\-Luc Godard**, c’est une longue et riche histoire d’amour. Dans \*Une femme mariée_ (1964), « _suite de fragments d’un film tourné en 1964 \* » le réalisateur utilise \- justement \- des \*fragments \* de quatuors de Beethoven, comme des éléments intrusifs et morcelés qui disparaissent comme ils sont arrivés. ► \*Ecouter aussi : \* [](http://www.francemusique.fr/emission/le-matin-des-musiciens-du-mercredi/2013-2014/jean-luc-godard-et-beethoven-05-28-2014-11-02)_[Jean\-Luc Godard et Beethoven\*](http://www.francemusique.fr/emission/le-matin-des-musiciens-du-mercredi/2013-2014/jean-luc-godard-et-beethoven-05-28-2014-11-02) ## _The Barber_, Joel et Ethan Coen (2001)
L’oeuvre de Beethoven, et plus particulièrement ses sonates, constituent un fil directeur du film _The Barber_ des **frères Coen**. Les réalisateurs utilisent dans leur film quatre sonates (opus 13 \- «\* Pathétique\* », 27 n°2 « _Sonate au clair de lune \* », 57 \- l’« \*Appassionata \* » \- et 79), ainsi que le trio avec piano n°7 opus 97\. Comme dans \*Elephant_, c’est bien la mélancolie des sonates de Beethoven que privilégient les frères Coen dans _The Barber_, seul univers sonore du personnage principal, Ed Crane, coiffeur rongé par la mélancolie. ## _Soleil Vert_ , Richard Fleischer (1973)
C’est l’une des scènes les plus mémorables de ce film d’anticipation réalisé par _\*Richard Fleischer \*_ en 1973\. Dans un monde écologiquement dévasté, où la nature n’est plus qu’un lointain souvenir et la nourriture a été remplacée par le _Soylent_, Thorn (Charlton Heston) assiste à l’euthanasie de Sol dans un foyer prévu à cet effet. Sur l’écran défilent des images du monde perdu, accompagnées du premier mouvement de la _Pastorale_, ici présentée telle que Beethoven lui\-même la concevait, un « _éveil d’impressions agréables en arrivant à la campagne_ ». ## _Le discours d’un roi_, Tom Hooper (2010)
Sans parler de polémique, l’utilisation par le réalisateur **Tom Hooper** de la 7ème symphonie de Beethoven \- compositeur allemand particulièrement valorisé par les Nazis \- sur la déclaration de guerre de la Grande\-Bretagne en 1939 déclencha un flot de commentaires. Pourtant, ce mouvement offre une seconde voix au discours du roi Georges VI et en souligne parfaitement le drame. _\* Sur le même thème \*_ * [L’Omniprésence d’un absent... Marie\-Pauline Martin “Ludwig van, le mythe Beethoven” Philharmonie\-de\-Paris](emissions/sous-la-couverture/l-omnipresence-d-un-absent-marie-pauline-martin-ludwig-van-le-mythe-beethoven-philharmonie-de-paris-6035) * [Les 10 (petites) choses que vous ne saviez (peut\-être) pas sur Beethoven](musique-classique/les-10-petites-choses-que-vous-ne-saviez-peut-etre-pas-sur-beethoven-90) * [Ludwig van : Le mythe Beethoven \- L'exposition à la Philharmonie de Paris](emissions/la-matinale/ludwig-van-le-mythe-beethoven-l-exposition-la-philharmonie-de-paris-5330) * [Cédric Tiberghien visite l’exposition consacrée à Beethoven à la Philharmonie de Paris](actualite-musicale/cedric-tiberghien-visite-l-exposition-consacree-beethoven-la-philharmonie-de-paris-85)