20 ans de l’Académie du Festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence : les anciens racontent

Cette année, l’Académie du Festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence célèbre ses 20 ans. Deux jeunes talents passés par l’institution racontent leurs souvenirs et expériences.

20 ans de l’Académie du Festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence : les anciens racontent
Fleur Barron, chanteuse et ancienne de l'Académie. , © A.deLaleu

Le Festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence célèbre en 2018 ses 70 ans, et son Académie souffle ses 20 bougies. Chaque année, elle accueille de nombreux jeunes artistes venus suivre une formation en résidence (voix, musique de chambre, création, orchestre, médiation…). 

Les anciens de l’Académie sont fréquemment appelés par le festival, parfois quelques semaines seulement après leur passage à Aix. C’est le cas de la chanteuse Fleur Barron, académicienne de la résidence Mozart en 2017, qui chante cet été dans la production de Didon et Enée de Purcell

En 2017, deux formations étaient proposées : l'une sur Mozart et l’autre sur l'opéra Pinocchio, création de Philippe Boesmans. « J’avais très peu chanté Mozart, et beaucoup plus d’œuvres contemporaines, donc j’ai auditionné pour Pinocchio, témoigne Fleur Barron. Quelques jours plus tard, je reçois un mail qui commence ainsi : “Nous sommes désolés, nous ne pouvons vous accepter dans la résidence Pinocchio mais vous êtes la bienvenue dans la résidence Mozart” ».

J’avais besoin de courage et de confiance en moi pour chanter Mozart, l’Académie me l’a apporté. 

La chanteuse a vécu cette expérience comme la chance d’explorer un répertoire dont elle se méfiait : « Chanter Mozart requiert beaucoup de vulnérabilité. On ne peut pas se cacher derrière un jeu d’actrice. C’est pur. » Après l’Académie, Fleur Barron reçoit de nouvelles propositions liées à ce nouveau répertoire qu’elle avait mis de côté pendant de longues années. « J’avais besoin de courage et de confiance en moi pour chanter Mozart, l’Académie me l’a apporté », conclut la mezzo. 

L'Académie, un lien de rencontres décisives 

L’Académie ne reçoit pas uniquement des artistes lyriques. Le metteur en scène de Didon et Enée, Vincent Huguet, y a aussi fait ses armes avant de débuter à l’opéra. « Un an après avoir fait l’académie, je suis revenu assister Patrice Chéreau pour sa production d’Elektra. Cette expérience a été un tournant dans ma vie professionnelle et affective », témoigne le metteur en scène. 

Le Festival d’Aix-en-Provence est devenu pour lui le lieu de toutes les rencontres décisives : « Dans tous les parcours, il y a une école, une famille, un lieu. De mon côté, c’est Aix-en-Provence. Parce que j’y ai été heureux, et que j’y ai rencontré des gens qui comptent pour moi. » La convivialité et les rencontres sont deux éléments qui reviennent dans la bouche de la plupart des anciens de l’Académie. Les artistes s’y retrouvent sans jugement et sont traités comme tout le monde. « Je réalise cette année que tous les gens que je fréquente au festival, toutes catégories confondues, se sont toujours adressés à moi de la même manière, que je sois académicien, assistant ou metteur en scène », raconte Vincent Huguet.  

Un constat partagé par la chanteuse Fleur Barron : « Quand il y a beaucoup de talents comme à l’Académie, on peut imaginer qu’il y ait de la compétition, or ce n’est pas du tout ce qu’on ressent. Avoir cette ambiance où on se sent en sécurité, soutenu, c’est très important quand on doit prendre des risques (comme chanter Mozart !) Tu sais que tu ne seras ni jugée, ni critiquée. » 

Les relations créées à l’Académie passent du personnel au professionnel rapidement. Vincent Huguet, qui a rencontré là-bas la costumière de Seven Stones (création du festival) Clémence Pernoud, continue de travailler avec elle sur de nouvelles productions. Un exemple parmi tant d’autres, mais qui illustre bien pourquoi, chaque année, les productions du festival d’Aix voient revenir autant d’anciens.